10 millions $ par année pour les partis

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(Québec) DÉCODAGE / Le scandale du financement des partis politiques, qui a ressurgi dans l'actualité, a laissé plusieurs factures aux Québécois. L'une d'elles provient de la décision prise par l'Assemblée nationale de passer d'un système basé sur le «financement populaire» à un financement presque entièrement étatique.

Comparons des années sans élections générales afin de comparer des pommes avec des pommes, et ainsi mesurer la différence entre «avant» et «après».

En 2010, avant les changements apportés à la loi électorale, le financement public versé par le Directeur général des élections du Québec (DGEQ) aux partis politiques québécois avait été de 3,2 millions $.

En 2013, ce même financement public s'est élevé à plus de 10 millions $, plus de trois fois plus. En 2015, il a atteint à peu près 10 millions $ aussi, selon des données que le DGEQ affichera sur son site Web d'ici peu.

Dans les faits, le coût réel pour l'État est moindre que la différence apparaissant entre aujourd'hui et 2010. Car des sommes importantes étaient alors accordées par Revenu Québec aux «donateurs» sous forme de crédit d'impôt. Mais ne perdons pas de vue que c'est surtout l'État qui finance les partis aujourd'hui.

Le prix en vaut largement la chandelle, s'entend-on dans tous les partis, compte tenu de l'assainissement apporté par l'abaissement des contributions individuelles à 100 $ par année.

Puisqu'il a obtenu plus de votes que les autres en 2014, le Parti libéral du Québec a reçu l'an dernier 4 millions $ en fonds publics du DGEQ. Le Parti québécois, 2,6 millions $; la Coalition avenir Québec, 2,3 millions $; et Québec solidaire, quelque 950 000 $.

Les sommes seront à peu près les mêmes cette année, ainsi qu'en 2017. Les subsides publics grimperont considérablement en 2018, année électorale.

Puisque leurs fonds sont publics, les partis devraient-ils être plus transparents quant à leurs dépenses? La question se pose.

Le retour du cynisme?

Cynisme. Le mot est revenu en force à l'Assemblée nationale. Les chefs des partis ont accusé leurs adversaires de nourrir le cynisme des citoyens.

Ce n'est pas d'hier qu'une grande méfiance s'est installée entre la population en général et les politiciens - si tant est qu'il n'en a pas toujours été ainsi.

Un sondage mené en 1993 par Angus Reid révélait un mépris massif des citoyens à l'égard des élus. C'est il y a 23 ans. Presque un quart de siècle. L'équivalent d'une génération.

Parmi toutes les professions soumises à l'appréciation des sondés cette année-là, c'est celle de politicien qui recueillait, et de loin, le plus grand nombre d'opinions défavorables. Soixante et un pour cent des Canadiens disaient avoir «très peu» ou «pas» de respect pour ceux qui les gouvernaient. Manquer de respect, ce peut être pire que manquer de confiance.

Seulement 7 % des Québécois accordaient aux politiciens un haut degré de respect! N'accusons pas le «scandale des commandites». C'était avant cette éclaboussure politique.

La coupure s'est sans doute accentuée depuis cette époque. Mais elle ne date pas d'hier.

Un peu partout sur la planète, des politiciens font d'ailleurs depuis très longtemps leur pain et leur beurre de ce grand fossé entre - pour reprendre leurs mots - le peuple et les «élites politiciennes».

Le succès de la chef du Front national, Marine Le Pen, en France - que nos politiciens ont fui cette semaine - y trouve l'une de ses sources.

Les mots pour le dire

Dans leurs réactions à chaud, les leaders politiques québécois n'ont pas fait que condamner les attentats ayant ensanglanté Bruxelles. En insistant sur certains mots ou en ne les prononçant pas, ils ont exprimé des positions différentes. En filigrane, ils ont dit qui ils sont. Ou qui ils veulent être.

«Il faut oser nommer le mal si on veut bien le combattre», a fait valoir le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault. «Il ne faut reculer devant aucun moyen pour combattre ce terrorisme islamiste.» Il a répété et répété qu'il fallait «oser nommer le mal» : le terrorisme «islamiste».

M. Legault voulait souligner que Philippe Couillard avait évité de «nommer le mal».

«Toutes les sociétés de droit, celles où règne la liberté, sont menacées, car elles sont ce que les terroristes détestent et veulent détruire», a dit le premier ministre québécois. «À ces gens, le Québec répond d'une seule et même voix : non. Non, la barbarie ne gagnera pas.»

Dans une première communication écrite, le chef péquiste, Pierre Karl Péladeau, ne parlait pas de «terrorisme islamiste». Il l'a fait par la suite en point de presse.

À l'instar de la solidaire Françoise David, Philippe Couillard craint de stigmatiser une partie de la population. Il craint aussi des manifestations de rejet à l'égard de citoyens issus de l'immigration.

Le chef libéral a démontré une fois de plus qu'il répugne à utiliser certains mots ou certaines expressions. L'an dernier, il refusait de condamner les «intégristes» et l'«intégrisme», des termes qui ne sont en rien apparentés à la «radicalisation violente», disait-il.

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