Attentats de Bruxelles: la lutte antiterroriste belge au banc des accusés

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Les critiques à l'encontre des services belges avaient commencé après les attentats de Paris de novembre, planifiés et préparés des les communes bruxelloises de Molenbeek et Schaerbeek, mais aussi à Charleroi et dans une maison du petit village d'Auvelais (sud).

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La Presse Canadienne
Bruxelles

Manque de moyens et de coordination, quartiers laissés en déshérence, où des islamistes radicalisés ont pu s'implanter, «erreurs» dans le suivi des suspects: deux jours après les attentats sanglants de Bruxelles, les failles dans la lutte antiterroriste belge apparaissaient au grand jour, ébranlant le gouvernement belge.

Les critiques à l'encontre des services belges avaient commencé après les attentats de Paris de novembre, planifiés et préparés des les communes bruxelloises de Molenbeek et Schaerbeek, mais aussi à Charleroi et dans une maison du petit village d'Auvelais (sud).

Elles ont pris une nouvelle dimension avec l'identification du Belge Ibrahim El Bakraoui comme l'un des kamikazes de l'aéroport de Bruxelles. La Turquie a affirmé mercredi qu'elle l'avait interpellé à la frontière syrienne puis renvoyé en juillet vers Amsterdam, en prévenant la Belgique de ses liens terroristes.

Ankara a déploré qu'il n'ait pas été arrêté après son retour --alors qu'Ibrahim El Bakraoui, condamné en 2010 à neuf ans de prison pour avoir tiré sur des policiers après un braquage, avait été libéré en 2014 sous conditions-- provoquant un déluge de critiques à l'encontre du gouvernement belge de la part des médias.

«La Belgique a laissé courir un kamikaze», titrait ainsi le journal de référence en Flandre, De Standaard.

Sur la sellette, le Premier ministre belge Charles Michel a pris jeudi «l'engagement solennel» de faire «toute la lumière». «Il ne peut pas y avoir de place pour la tentation d'atténuer, de minimiser ou de cacher quoi que ce soit», a-t-il dit.

Une commission d'enquête parlementaire aux pouvoirs étendus va être rapidement mise en place pour examiner le déroulement des «enquêtes liées au terrorisme».

Erreurs

Le ministre de l'Intérieur Jan Jambon a d'ores et déjà reconnu des «erreurs» dans la surveillance d'Ibrahim El Bakraoui. Tout comme le ministre de la Justice, Koen Geens, il a présenté sa démission jeudi, qui a été refusée. Les deux hommes, ainsi que le chef de la diplomatie Didier Reynders, s'expliqueront dès vendredi devant des commissions de la Chambre.

Pour Hans Bonte, député-maire de Vilvorde, une banlieue au nord de Bruxelles qui abrite une importante communauté marocaine et d'où sont partis selon lui une trentaine de personnes pour faire le jihad en Syrie, la Belgique a payé, avec les attentats de mardi, «le prix fort pour le manque de coordination» entre ses différentes forces de police.

Un manque de coordination alimenté par un découpage décisionnel complexe dans ce pays fédéral aux multiples couches intermédiaires pour tenir compte notamment des antagonismes entre francophones et néerlandophones.

«Vous avez 19 communes à Bruxelles, avec chacune son maire, et plusieurs zones de police», souligne également Pieter Van Ostaeyen, expert en matière d'extrémisme islamiste.

Dans un rapport intermédiaire publié début mars, la «police des polices» belge, le Comité P, avait déjà relevé plusieurs «manquements et faiblesses» dans le traitement des informations dont les autorités belges disposaient avant les attentats de novembre à Paris.

Le rapport relevait notamment un mauvais partage des informations entre les cinq polices judiciaires de Belgique et une carence en «personnels qualifiés» due à des difficultés budgétaires.

Hans Bonte dénonce également une manque de connaissance des quartiers à risques, souvent marqués par un fort taux de chômage et où la police, selon lui, ne fait pas le travail de vigilance nécessaire.

Se cacher facilement

Molenbeek, commune du centre de la capitale à forte population musulmane, majoritairement d'origine marocaine, où vivaient Salah Abdeslam et son frère Brahim, était selon lui «un endroit idéal» pour les extrémistes, à peu de distance de Paris, Londres ou Amsterdam. «Ils s'y sentent bien, ils peuvent s'y cacher facilement».

Bernard Snoeck, ex-membre du Service général du renseignement et de sécurité, qui dépend du ministère de la Défense, a dénoncé, dans un pamphlet intitulé «J'accuse», publié juste après les attentats de Bruxelles, les politiques qu'il accuse «de n'avoir pas voulu comprendre la montée de l'islamisme radical et de l'avoir délibérément ignorée pour cause d'électoralisme».

Yves Trotignon, ex-analyste du service anti-terroriste de la DGSE française, met néanmoins en garde contre toute dénonciation trop sévère des carences belges.

«Nous avons à faire à des clandestins qui connaissent la ville, la police belge pour lui avoir régulièrement échappé. Ils sont expérimentés. Ils sont prudents», a-t-il expliqué à l'AFP.

L'affaire des frères El Bakraoui pose certes la question de la profondeur du renseignement belge --leur capacité à recueillir les bons signaux et à les comprendre-- mais ce problème s'est aussi posé pour la France ou pour les Etats-Unis après le 11 septembre 2001, dit-il.

«Le fait est que les Belges sont confrontés comme les autres à une menace qui est très complexe, très évolutive, alors qu'ils ont moins de moyens que les autres. Donc il y a nécessairement des faiblesses», relève-t-il.

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