Le déclin d'un ancien «pit bull» du groupe Roche

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La firme Roche, pour laquelle travaillait le conseiller Martin Lapointe, avait été perquisitionnée par les agents de l'UPAC le 7 avril 2010.

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(Québec) Jadis assimilé à un «pit bull» maîtrisant parfaitement les rouages du ministère des Affaires municipales et des Régions, un ancien conseiller du groupe Roche, Martin Lapointe, serait aujourd'hui un homme «fini», «malade», «à bout de souffle» et financièrement vulnérable, selon son avocat, Me Christian Lajoie.

Le dossier de Martin Lapointe était de retour vendredi au Conseil de discipline de l'Ordre des ingénieurs, alors que l'homme de 70 ans a, par l'entremise de son avocat, plaidé coupable à un chef d'avoir manqué à son devoir de «s'abstenir de verser ou de s'engager à verser, directement ou indirectement, tout avantage, ristourne ou commission en vue d'obtenir un contrat ou lors de l'exécution de travaux d'ingénierie».

Selon Me Christian Lajoie, cette décision de plaider coupable aurait été prise «il y a quelques jours».

Le résident de La Malbaie était absent lors de l'audience «pour des raisons de santé», a expliqué Me Lajoie, précisant que son client serait en proie à des crises d'angoisse et qu'il souffrirait d'insomnie, entre autres choses. Il n'était pas question de l'amener pour qu'il «donne un spectacle en faisant une crise d'épilepsie comme Lise Thibault», a-t-il ajouté.

L'infraction reprochée à Lapointe remonte en 1998, alors qu'un projet d'envergure, soit le redressement d'une portion de la route 138, devait être effectué à Saint-Paul-du-Nord, sur la Côte-Nord (aujourd'hui Longue-Rive). Celui qui occupait à l'époque un poste de vice-président chez BPR a fait une offre de service à la municipalité, a relaté vendredi l'avocat du syndic de l'Ordre des ingénieurs, Me François Maufils.

«Il a dit : "Je suis prêt à vous assister gratuitement pour la phase qui va permettre de nous mener aux subventions [du ministère des Affaires municipales pour le volet infrastructures et du ministère des Transports pour le volet routier]. Si on a les subventions, je vous charge [les services consultatifs], sinon mes services sont rendus gratuitement"», a résumé Me Maufils, précisant que les subventions avaient ultimement été obtenues et le contrat de 795 000 $ accordé à BPR.

Amende de 1000 $

Dans sa plaidoirie sur sanction, l'avocat, qui réclame l'imposition d'une amende de 1000 $, a fait valoir que les ingénieurs et les firmes d'ingénieurs devaient agir de façon «loyale».

«Nos pratiques d'affaires ne doivent pas faire en sorte de nous donner un avantage indu», a dit l'avocat, selon qui certains facteurs atténuants doivent en revanche être pris en compte, dont le fait que les règles d'attribution de contrats à l'époque n'étaient pas les mêmes qu'aujourd'hui - les villes sont maintenant obligées d'aller en appel d'offres -, que l'ex-ingénieur a plaidé coupable et que le risque de récidive est faible.

Me Maufils a également cité de la jurisprudence, dont les sanctions imposées en 1996 à France Michaud et à Michel Labbé, deux ex-cadres de Roche, qui se sont tous deux vu imposer des amendes de 1500 $ pour des infractions semblables.

De son côté, l'avocat de Martin Lapointe a plaidé que son client n'avait pas les moyens de payer une amende de 1000 $, lui qui ne travaillerait plus depuis plusieurs années. «Ce montant de 1000 $, ça fait la différence pour lui, est-ce qu'on veut l'acculer à la faillite?» a demandé Me Lajoie, tout en insistant sur le fait que son client avait «déjà payé» dans la mesure où il n'avait «presque plus d'amis». «On ne peut plus s'associer avec lui [...]. Sa peine, il l'a eue, il est complètement ostracisé», a-t-il dit.

Me Lajoie a également fait valoir que l'infraction a eu lieu il y a près de 20 ans, à une époque où «presque tout le monde faisait ça, même si c'est inexcusable aujourd'hui».

Le Conseil de discipline de l'Ordre des ingénieurs fera connaître sa décision ultérieurement.

Fausse facturation

Selon un ancien vice-président de Roche, André Côté, Martin Lapointe connaissait «sur le bout des doigts» les mécanismes de financement du ministère des Affaires municipales, «un must» pour aller chercher des clients au municipal.

Martin Lapointe avait été embauché au début des années 2000 comme conseiller au développement des affaires dans l'Est par l'ex-président et chef de la direction de Roche, Mario Martel, arrêté jeudi par l'Unité permanente anticorruption (UPAC). À l'instar d'André Côté, M. Lapointe aurait quitté ses fonctions dans la foulée d'un scandale de collusion impliquant Roche à Québec en 2013.

Lors de son témoignage à la commission Charbonneau, en mai 2014, M. Côté a raconté que même si Martin Lapointe travaillait en principe sous ses ordres, la situation hiérarchique entre les deux n'était pas si claire. Mais M. Côté reconnaissait la valeur de M. Lapointe grâce à sa «technique du pit bull» pour décrocher des contrats au municipal, a-t-il expliqué.

M. Côté a également affirmé que M. Lapointe avait été impliqué dans le stratagème de fausse facturation de Roche, qui aurait servi à ramasser de l'argent comptant afin de rembourser les employés de la firme pour leurs contributions politiques. Selon lui, Martin Lapointe aurait participé à ces activités de fausse facturation en passant notamment par des filiales de la firme de génie-conseil.

D'après l'affidavit rédigé par l'UPAC en vue de l'obtention du mandat de perquisition exécuté au siège social de Roche en janvier 2014, un consultant de la firme aurait, le 19 mai 2009, fait parvenir deux fausses factures totalisant 20 000 $ à Kwatröe, de Gaspé, afin de dégager des sommes d'argent liquide. Le stratagème aurait été mis en place autour d'un contrat de Roche à Rivière-au-Renard pour lequel la firme était associée à Kwatröe.

Le nom du consultant de Roche qui aurait reçu le chèque de la firme de génie-conseil gaspésienne (qui ne se doutait pas que la somme pouvait servir à du financement politique illégal)? Martin Lapointe.

En décembre 2009, Le Devoir rapportait que la firme de génie-conseil BPR avait payé des voyages de pêche à des élus de différentes municipalités dans Charlevoix à la fin des années 90 et au début des années 2000. À la même époque, d'importants contrats d'assainissement des eaux étaient projetés dans la région. Ont suivi des contrats concernant l'eau potable, dont une usine de filtration à Saint-Irénée conçue par BPR.

En entrevue au Devoir, un ancien élu avait raconté s'être rendu en avion au lac Wilkin avec des collègues d'autres municipalités, deux fonctionnaires du ministère des Affaires municipales et... Martin Lapointe, qui travaillait à l'époque pour BPR.

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