Couillard doit rabrouer Barrette publiquement, dit Lamarre

Accusant le ministre Gaétan Barrette de harcèlement et... (Archives La Presse Canadienne)

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Accusant le ministre Gaétan Barrette de harcèlement et d'intimidation à répétition, la députée péquiste Diane Lamarre se dit prête à aller jusqu'à des recours juridiques pour le voir changer d'attitude.

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Jocelyne Richer
La Presse Canadienne
Québec

Le conflit qui couvait depuis des mois entre Gaétan Barrette et Diane Lamarre éclate au grand jour. La députée péquiste de Taillon accuse le ministre de la Santé de harcèlement et d'intimidation à répétition à son égard, et elle demande au premier ministre Philippe Couillard d'intervenir pour que ce comportement cesse immédiatement.

Le premier ministre doit agir personnellement et publiquement pour faire entendre raison à son ministre et le ramener à l'ordre, a plaidé Mme Lamarre, dans une longue entrevue à La Presse Canadienne.

Excédée, la critique de l'opposition officielle en santé dit subir sans broncher, depuis deux ans, les attaques personnelles répétées du ministre Barrette, ses remarques blessantes, propos mensongers, insultes, atteintes à son intégrité et à sa réputation, et ce, presque quotidiennement, en commission parlementaire, durant la période de questions ou dans les points de presse du ministre.

Elle dit maintenant: assez, c'est assez.

Mme Lamarre se dit prête à utiliser tous les recours à sa disposition pour que le ministre Barrette ne doute pas de sa détermination à le voir changer d'attitude.

«S'il ne comprend pas le message, on va devoir effectivement penser à d'autres façons», a-t-elle indiqué, en faisant allusion à des recours juridiques. Car il y a «certainement» matière à de tels recours, à son avis, dans l'attitude générale du ministre à son égard depuis deux ans.

Tout lien de confiance étant rompu avec le ministre, elle en appelle donc au premier ministre lui-même, qui «aurait dû depuis longtemps faire des interventions, et il devrait, je pense, les faire publiquement».

«J'ose espérer que le premier ministre va le rappeler sérieusement à l'ordre», a-t-elle ajouté, indiquant que M. Couillard s'était engagé à ce que son gouvernement se tienne loin des attaques personnelles.

C'est un fait que M. Couillard a hissé la lutte à l'intimidation au rang de ses priorités, au point de nommer une ministre responsable du dossier, Francine Charbonneau. En annonçant une série de mesures, en novembre dernier, M. Couillard déclarait: «Tout geste d'intimidation est inacceptable, peu importe la forme qu'il peut prendre», en ajoutant que «personne ne mérite d'être humilié, diminué ou exclu».

Le style Barrette

Les deux autres porte-parole de l'opposition en santé, Amir Khadir (Québec solidaire) et François Paradis (Coalition avenir Québec), ont été témoins du style Barrette envers Mme Lamarre et disent tous deux en éprouver un grand malaise depuis des mois, au point de sentir le besoin de le dénoncer publiquement.

En entrevue téléphonique, M. Paradis parle du «sentiment d'inconfort majeur» qui l'habite chaque fois que le ministre s'en prend à la députée. «C'est sûr que ça m'atteint, parce que ce n'est pas comme ça que ça devrait se faire», pas comme ça que les choses devraient se passer dans une institution comme l'Assemblée nationale, fait-il valoir, soucieux de donner le bon exemple, particulièrement aux jeunes.

Amir Khadir affirme être intervenu directement auprès du ministre il y a quelques mois pour dénoncer son attitude «indigne», qui tient carrément du «registre du harcèlement». En point de presse jeudi, il avait déploré que le ministre privilégie «toujours» le recours à des propos «vexatoires», tirés du registre de l'injure ou de l'affrontement quand il s'adresse à elle.

«Il s'applique à trouver toutes sortes de façons de me décrire pour essayer de me déstabiliser», résume quant à elle la principale intéressée, en précisant qu'il ne réussirait pas à la museler.

«Ce qui est certain, c'est qu'il ne réussira pas à me faire taire», promet Diane Lamarre.

Jour après jour, le ministre Barrette ne semble pas pouvoir s'empêcher de lui réserver «des coups en bas de la ceinture», déplore la députée, habituée de se faire traiter notamment d'«ignorante», d'«épileptique» et d'«architecte du néant».

«C'est pas de la joute parlementaire. C'est de l'intimidation et du harcèlement», tranche Mme Lamarre, qui ne compte pas s'en laisser imposer.

Le vase déborde

La goutte qui a fait déborder le vase: les déclarations la semaine dernière de M. Barrette, qui alléguait que Mme Lamarre était «en conflit d'intérêts permanent», et qu'elle avait «les deux mains dans le plat de bonbons», à l'époque où elle dirigeait l'Ordre des pharmaciens. Selon lui, elle avait cautionné un stratagème de surfacturation, aux dépens des clients, ce que Mme Lamarre a aussitôt nié.

«On voit jusqu'où il est capable d'aller», note la députée, estimant que le ministre a par ses propos «miné sa propre crédibilité et celle de son gouvernement».

«On a un ministre de la Santé qui dérape, qui n'a pas le contrôle de ses émotions», selon elle.

«Sa façon d'agir, d'imposer, de menacer, elle ne reflète pas ce qu'on attend d'une saine démocratie», fait-elle valoir, convaincue que «les gens découvrent sa vraie nature» depuis quelques jours.

Quant à savoir pourquoi, à ses yeux, le ministre Barrette s'acharnerait ainsi sur elle, Mme Lamarre répond: «C'est ma compétence qui le dérange. Je le démasque et cela l'irrite beaucoup.»

Au cours des derniers jours, Mme Lamarre a calculé avoir reçu sur sa page Facebook plus d'un millier de commentaires et d'appuis de gens qui se disaient eux aussi indignés de l'attitude du ministre à son égard.

Au premier chef, l'Assemblée nationale devrait mieux jouer son rôle pour éviter ce genre de situations, fait-elle valoir. On devrait mieux appliquer le règlement interdisant les «propos blessants», voire renforcer au besoin les règlements et règles de gouvernance pour chasser l'intimidation du parlement.

Malgré ce contexte de travail difficile, elle dit n'avoir jamais demandé à être relevée de ses fonctions de porte-parole en santé. «Et jamais je ne le ferai», dit celle qui veut continuer à se battre pour accroître l'accès aux soins de santé, qui demeure un problème «indécent, désespérant».

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