Le trip écolo de Philippe Couillard

Il y a chez Philippe Couillard bien davantage... (La Presse Canadienne, Jacques Boissinot)

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Il y a chez Philippe Couillard bien davantage qu'un emballement soudain et temporaire pour la cause environnementale.

La Presse Canadienne, Jacques Boissinot

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(Québec) CHRONIQUE / Il n'y avait pas de faits nouveaux dans le discours qu'a prononcé Philippe Couillard, jeudi, au colloque de l'Association québécoise de la production d'énergie renouvelable. Mais il y avait une intention évidente, de la part du premier ministre, de démontrer son sérieux en matière de lutte contre les changements climatiques.

On a déjà vu des politiciens changer d'opinion. M. Couillard lui-même était beaucoup plus ouvert aux hydrocarbures pendant sa course à la direction du Parti libéral du Québec : «Je dis parfois à la blague qu'au Québec, on ne veut pas chercher de pétrole, des fois qu'on en trouverait», déclarait-il en février 2013. Même à la blague, il ne ferait plus de tels commentaires aujourd'hui. Il serait tentant de croire que le premier ministre est sur un trip écolo. Mais à la lecture de son discours de jeudi, on constate qu'il y a là bien davantage qu'un emballement soudain et temporaire pour la cause environnementale. 

Retour dans le temps: il y a deux ou trois ans, la majorité des politiciens québécois salivaient encore à l'idée de trouver de l'or noir au Québec. Mais l'ampleur des changements climatiques, longtemps contestée par les climato-sceptiques, l'a finalement emporté. La conférence de Paris sur le climat n'a fait que confirmer cette prise de conscience, forçant les décideurs à agir au lieu d'attendre la catastrophe planétaire. Une catastrophe dont les coûts financiers seraient beaucoup plus élevés que ceux des moyens à prendre pour l'éviter.

Les causes du virage de Philippe Couillard sur Anticosti se résument dans une phrase. Le défi de la décarbonisation, a-t-il dit jeudi, sera de «quitter progressivement le monde du pétrole pour celui de l'avenir». Or le projet d'Anticosti ne serait pas une mesure de transition pour 10 ou 15 ans menant à l'abandon «progressif» des hydrocarbures. Il engagerait le Québec dans l'exploitation du gaz de schiste pour une période de 75 à 80 ans. Et pire encore, il s'agit de fracturation hydraulique dénoncée ailleurs par le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement, et dont les conséquences sur l'environnement sont encore inconnues.

Jeudi, le premier ministre a insisté sur le fait que la «cohérence» devra être au centre de toutes les décisions gouvernementales. Dans la pratique, cela veut dire que tous les mémoires ou projets soumis dorénavant au Conseil des ministres devront tenir compte de l'engagement du gouvernement dans la lutte contre les changements climatiques. La nouvelle politique énergétique promise par le ministre des Ressources naturelles, Pierre Arcand, devra s'inscrire dans la cible de réduction de 37,5% des gaz à effet de serre d'ici 2030. Même chose pour le budget qui sera déposé en mars. Le parc automobile du Québec ne comprend actuellement que 8000 véhicules électriques. Philippe Couillard a déclaré à Paris qu'elle devrait en compter 100 000 en 2020. Cela implique une augmentation considérable du nombre de bornes de recharge partout au Québec, mais aussi des contraintes légales forçant les concessionnaires automobiles à augmenter leurs stocks de tels véhicules. 

Et le projet Énergie Est dans tout ça? Si la cohérence l'emporte, on voit mal comment le gouvernement Couillard pourrait donner son aval à la construction de ce pipeline. Tout comme pour Anticosti, il s'agirait là d'une infrastructure nous engageant pour de nombreuses décennies dans l'exploitation accrue des hydrocarbures. 

Ce n'est pas le gouvernement du Québec qui décidera du sort de ce projet, c'est le gouvernement fédéral. Or c'est Justin Trudeau qui a apposé sa signature à l'accord de la COP21. Tous les experts s'entendent pour dire que le Canada sera incapable de respecter cette signature s'il autorise une utilisation accrue des sables bitumineux de l'Alberta. Comme promis, M. Trudeau a convoqué ses homologues des provinces le 3 mars à Vancouver, pour faire le suivi de la conférence de Paris. Ce n'est pas là que la décision se prendra, mais nos élus y seront confrontés aux mêmes constats de changements climatiques qui les ont amenés à la COP21.

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