Irak et Syrie: fini les avions, place aux troupes au sol

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Le Canada fournit à la coalition internationale dirigée par les États-Unis six avions de chasse de type CF-18.

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Fannie Olivier, Mélanie Marquis
La Presse Canadienne
Ottawa

Le Canada cessera de larguer des bombes en Irak et en Syrie d'ici deux semaines, mais il élargira sa mission en envoyant davantage de troupes au sol - une «nouvelle approche» plus risquée pour les Forces armées canadiennes (FAC) et plus coûteuse pour les contribuables.

Le premier ministre Justin Trudeau a dévoilé lundi matin en conférence de presse à Ottawa son plan pour lutter contre le groupe armé État islamique (EI), évoquant une mission «digne de nos forces armées et digne du Canada».

«Nous sommes peut-être vieux jeu, mais nous croyons que nous devons éviter de faire précisément ce que nos ennemis veulent nous voir faire : ils veulent que nous les mettions sur un piédestal, que nous cédions à la peur, que nous cédions à la haine», a-t-il plaidé.

«L'ennemi mortel de la barbarie n'est pas la haine. C'est la raison. Et les gens qui sont terrorisés quotidiennement par l'EI n'ont pas besoin de notre vengeance. Ils ont besoin de notre aide», a enchaîné M. Trudeau.

Les six chasseurs CF-18 mettront donc fin à leurs frappes au plus tard le 22 février. Ottawa n'abandonne pas pour autant ses partenaires de la coalition, notamment, car il fait passer de 650 à 830 les troupes déployées sur le terrain, a insisté le premier ministre.

Le gouvernement du Canada gardera sur place l'appareil de ravitaillement (CC-150 Polaris) et les deux appareils de surveillance aérienne (CP-140 Aurora), mais la nouvelle mission concoctée par les libéraux s'articule principalement autour de la formation des forces de sécurité locales.

Car Ottawa a tiré comme leçon de ses implications militaires en Irak et en Syrie que «la meilleure façon de promouvoir une stabilité à long terme dans la région» est d'aider la population locale à «combattre contre les terroristes et regagner leurs terres et leur pays», a exposé M. Trudeau.

Le premier ministre a discuté lundi au téléphone de la nouvelle orientation canadienne avec le président des États-Unis, Barack Obama, et ce dernier «a salué la contribution actuelle et future du Canada aux efforts de la coalition», précise un communiqué de la Maison-Blanche.

Justin Trudeau était accompagné du ministre de la... (Photo PC) - image 2.0

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Justin Trudeau était accompagné du ministre de la Défense, Harjit Sajjan (à g.), du minstre des Affaires étrangères, Stéphane Dion (à d.), et de la ministre du Développement international, Marie-Claude Bibeau.

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Mission plus périlleuse... et coûteuse

Si la mission canadienne n'en est pas une de combat, d'après Justin Trudeau, elle sera néanmoins plus dangereuse que la précédente, a signalé le chef d'état-major des Forces armées canadiennes, le général Jonathan Vance.

«Il est juste de conclure que le niveau de risque augmentera. Nous déployons davantage de gens sur le terrain. Le premier ministre a été clair: c'est dangereux, c'est un endroit dangereux. Nous ne le nions pas», a-t-il concédé.

«Des morts et des blessés sont possibles», a poursuivi le général Vance au sujet de la mission, qui se prolongera au moins jusqu'au 31 mars 2017.

La mission sera par ailleurs plus coûteuse que la précédente. Au total, Ottawa consacrera plus de 1,6 milliard $ sur trois ans pour la sécurité, la stabilisation, l'aide humanitaire et l'aide au développement dans la région.

L'aide financière et militaire du Canada s'étendra à la Jordanie et au Liban afin «d'éviter la propagation de l'extrémisme violent», selon le gouvernement.

Débat au parlement

Le premier ministre Trudeau a indiqué lundi que le plan libéral fera l'objet d'un débat à la reprise des travaux parlementaires, la semaine prochaine, et qu'il serait soumis à un vote, comme le réclamaient les partis d'opposition à Ottawa.

L'opposition officielle n'a pas attendu le retour en Chambre pour fustiger l'«incohérence» de l'approche des libéraux en matière de lutte contre le groupe armé EI.

«Le gouvernement libéral n'a pas réussi à expliquer aux Canadiens pourquoi il croit que c'est une bonne idée d'abandonner la campagne de bombardements aériens», a soutenu la leader intérimaire du Parti conservateur, Rona Ambrose, en point de presse au Nouveau-Brunswick.

Accusant la nouvelle administration d'avoir «minimisé la contribution des CF-18» pour des «raisons politiques», elle a promis que son parti se «tiendra debout» pour défendre «la réputation internationale du Canada» en tant qu'allié qui ne se défile pas lorsqu'on a le plus besoin de lui.

Le NPD inquiet

Le Nouveau Parti démocratique (NPD), qui s'était opposé à une intervention militaire canadienne, se réjouit du retrait des avions de chasse, mais s'inquiète des dangers auxquels s'exposeront les membres des forces spéciales qui aideront à l'identification des cibles au sol.

«On va tripler leur nombre et on laisse entendre qu'ils vont travailler en zone de guerre, sur la ligne de front, alors ça nous préoccupe», a résumé en entrevue téléphonique la porte-parole du parti en matière d'affaires étrangères, Hélène Laverdière.

L'élue néo-démocrate estime par ailleurs que le plan libéral comporte des omissions importantes. «On ne dit pas comment on va s'y prendre pour couper les vivres du groupe État islamique, et on n'a rien entendu sur l'amélioration des stratégies de déradicalisation au pays», a-t-elle regretté.

De son côté, le Bloc québécois dit craindre que la fin de la mission militaire aérienne ne mette en péril les hommes et femmes en uniformes en sol irakien, kurde et jordanien.

Car «la décision de retirer les chasseurs CF-18 de la mission rend impossible toute réponse à une attaque surprise sur nos troupes», a plaidé porte-parole bloquiste en matière de défense, Michel Boudrias, un ancien militaire.

Les libéraux étant majoritaires en Chambre, l'issue du vote entourant la nouvelle mouture de la mission du Canada est déjà scellée.

Le ministre de la Défense, Harjit Sajjan, aura l'occasion d'en discuter avec ses homologues de l'OTAN, qu'il rencontrera les 10 et 11 février à Bruxelles.

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