Cruz surprend Trump en Iowa

Des partisans de Ted Cruz se réjouissent alors... (AP, Chris Carlson)

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Des partisans de Ted Cruz se réjouissent alors que les résultats des caucus du parti républicain en Iowa sont annoncés au cours d'un rassemblement à Des Moines, lundi soir.

AP, Chris Carlson

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Associated Press
Des Moines, Iowa

Les électeurs avaient réservé une surprise de taille aux observateurs politiques à l'occasion des caucus de l'Iowa qui lancent le signal de départ de la campagne électorale qui culminera en novembre prochain par l'élection du successeur de Barack Obama, lundi soir.

Première surprise : Ted Cruz a enlevé la victoire du côté républicain, pas Donald Trump.

Deuxième surprise : Bernie Sanders pouvait proclamer une victoire morale, sinon réelle, chez les démocrates.

Ted Cruz a enlevé la victoire, défaisant ses 10 rivaux en obtenant 28 % des suffrages. Le sénateur du Texas a notamment devancé celui que les sondages donnaient gagnant, l'homme d'affaires milliardaire Donald Trump, par quatre points de pourcentage.

«Cest la victoire de la base. C'est une victoire pour les courageux conservateurs de tout l'Iowa et de toute cette formidable nation», a-t-il lancé, micro à la main avant de se prononcer un discours se voulant très anti-establishment.

«L'Iowa a proclamé à la face du monde que le jour allait se lever», a-t-il ajouté.

Faisant mauvaise fortune, bon coeur, M.Trump s'est dit honoré de finir en deuxième position, félicitant le vainqueur et ses autres adversaires. Il n'a pu s'empêcher de fanfaronner en prédisant sa victoire prochaine au New Hampshire et à la convention républicaine. «On va battre Hillary (Clinton), on va battre Bernie (Sanders), on va battre quiconque ils (les démocrates) nous opposerons», a-t-il lancé pour consoler ses partisans.

M. Trump a même senti, dans sa foulée, le souffle du sénateur de la Floride Marco Rubio qui a étonné bien des observateurs en enlevant 23 % des suffrages.

«Pendant des mois, ils nous ont dit que nous n'avions pas de chance de l'emporter. On m'a dit d'attendre mon tour», a déclaré M. Rubio, très fier, très combatif à ses partisans. Il a aussi félicité le vainqueur en affirmant que M. Cruz «a mérité sa victoire».

Les huit autres candidats se partageaient les autres votes.

A l'arraché chez les démocrates

Du côté démocrate, Hillary Clinton pourra difficilement chanter victoire, quels que soient les résultats finaux. Après le dépouillement de 94 % des bulletins, l'ancienne secrétaire d'État était au coude-à-coude avec un tenace Bernie Sanders. Au fur et à mesure de la soirée, elle a vu son avance se réduire à peau de chagrin. Elle ne détenait qu'une maigre priorité de moins d'un point de pourcentage devant le sénateur du Vermont. Mme Clinton était créditée de 49,8 % des appuis contre 49,6 % pour son rival. Le troisième larron de la course, l'ancien gouverneur du Maryland, Martin O'Malley ne récoltait que des miettes.

Les démocrates ne donnaient pas les résultats bruts du scrutin.

Même si elle n'a pas revendiqué la victoire au cours de son discours, Mme Clinton a tenté de secouer ses partisans en se prononçant un discours très énergique, se montrant ferme dans la défense du programme politique démocrate, mentionnant l'assurance-santé, les changements climatiques, l'accessibilité à l'éducation et la protection des droits.

«Il est rare que nous avons vraiment l'occasion de vraiment confronter nos idées. Il est rare que nous devons réfléchir sérieusement à ce que doit être le Parti démocrate», a-t-elle affirmé.

Bernie Sanders, vigoureux lui aussi, a été accueilli comme un véritable héros par ses nombreux partisans qui ont scandé son prénom à de nombreuses reprises. «Il semble que nous sommes sur un pied d'égalité virtuel. Nous allons obtenir environ la moitié des délégués», a-t-il lancé sous les acclamations de la foule.

«La population de l'Iowa a lancé un profond message à l'establishment politique, à l'establishment économique et à l'establishment médiatique. Nous avons terminé des politiques de l'establishment. Les Américains, qu'ils soient libéraux, conservateurs ou modérés, ont dit qu'ils ne voulaient plus d'un système financier corrompu. Êtes-vous prêts à entendre une idée radicale? Nous allons créer une économie qui fonctionnera pour les familles, les travailleurs, pas pour les milliardaires.»

M. O'Malley pourrait annoncer qu'il met un terme à sa campagne, selon des sources proches de son organisation.

Il n'est pas le seul à voir son rêve s'envoler dans le ciel de l'Iowa. Un candidat républicain Mike Huckabee a indiqué sur son compte Twitter qu'il mettait un terme à sa deuxième tentative d'être choisi par les républicains pour se faire élire à la Maison-Blanche.

Les électeurs démocrates élisaient 44 délégués en vue du congrès de leur partie qui choisira ultimement le candidat de leur parti à la présidentielle. Les républicains, eux, en choisissaient 30. Étant donné la population relativement faible de l'Iowa, un autre prix attendu ce soir est la publicité et les dons qui en découleront, à l'approche des primaires du New Hampshire et des autres votes.

L'Iowa n'est pas nécessairement représentatif du pays, notamment en raison de sa population peu diversifiée. Les deux derniers candidats républicains à y gagner un caucus, l'ancien gouverneur de l'Arkansas Mike Huckabee et l'ancien sénateur de la Pennsylvanie Rick Santorum, ont manqué de souffle durant le reste de la course. À l'opposé, la victoire surprise de Barack Obama en 2008 lui avait été très utile.

Ted Cruz, l'ultra-conservateur qui a battu Trump

Le sénateur du Texas Ted Cruz ne bredouille jamais, son regard est fixe, sa diction cadencée, ses phrases précises, des talents d'orateur qui lui ont permis de devenir un champion de la droite religieuse et de remporter les «caucus» républicains de l'Iowa lundi.

Il y a quelques mois, il n'était qu'un candidat républicain parmi d'autres, et était d'ailleurs loué par son principal adversaire, Donald Trump, pour ses positions fermes contre le gouvernement fédéral de Barack Obama, contre l'impôt, contre l'avortement ou pour le droit à s'armer.

Il est devenu depuis le principal rival du milliardaire dans la lutte pour obtenir l'investiture républicaine, et l'homme d'affaires new-yorkais fait désormais de Cruz sa principale cible, l'accusant d'être un horrible personnage ou d'être né au Canada, il y a 45 ans, sous-entendant qu'il serait inéligible à la présidence des Etats-Unis.

Nul doute qu'après la victoire de Cruz en Iowa, devant un Donald Trump qui avait pourtant dominé les sondages, le milliardaire va redoubler d'efforts pour tenter de reprendre la main.

Les deux hommes labourent le même terrain, celui des Américains en colère contre les élites politiques. Ils jouent la surenchère, par exemple dans leurs spots télévisés respectifs tirant l'alarme sur l'immigration clandestine. Ou encore dans leur dénonciation de la «théorie» du changement climatique. Ted Cruz a juré d'annihiler les jihadistes de l'organisation États islamique avec un «tapis de bombe».

La stratégie de Cruz dans l'Iowa était entièrement construite sur l'électorat protestant évangélique, majoritaire au sein des républicains.

Démanteler «Obamacare»

Il leur promettait de démanteler totalement «Obamacare», la réforme de Barack Obama pour réformer le système de santé, et de défendre les Chrétiens américains face aux menaces de dissolution posées par les démocrates.

Pour appuyer son message, Ted Cruz n'a pas hésité à utiliser ses enfants dans des vidéos, voire à faire cuire du bacon sur le canon de son fusil dans un stand de tir, une façon de rappeler l'attachement des Texans à leurs armes.

Il y a deux semaines, il s'est toutefois retrouvé vivement critiqué pour avoir dénigré «les valeurs de New York», qui défendent selon lui l'avortement, le mariage gai, l'argent et les médias.

Mais Rafael Edward Cruz, qui était le premier candidat officiel à l'investiture républicaine, a depuis longtemps choisi son positionnement, au coeur du Tea Party.

Il agace ses aînés 

Il ne siège au Sénat que depuis janvier 2013, l'un des deux sénateurs représentant le Texas, et doit sa victoire à la mobilisation locale de la mouvance ultra-conservatrice, qui surprend alors l'establishment républicain.

Dès ses débuts, il agace ses aînés par son manque de déférence et sa volonté d'être sous le feu des projecteurs dans l'illustre institution où sa jeunesse devrait l'inciter à l'humilité. Son grand combat a lieu à l'automne 2013.

Alors qu'un compromis budgétaire se profile entre chefs républicains et démocrates alliés à Barack Obama, il défend une ligne dure : pas de budget sans abrogation totale d'Obamacare.

Il agite en coulisses, emmène avec lui des dizaines d'élus du Tea Party à la Chambre, et tient tête aux dirigeants républicains, humiliés, qui gardent une dent contre ce quadragénaire qui prétend leur apprendre à gouverner. Ted Cruz, même si l'obstruction a échoué, a gagné ses galons.

Cruz est né à Calgary, au Canada, le 22 décembre 1970, d'une mère américaine et d'un père cubain, Rafael Cruz, torturé par le régime de Batista et exilé à 18 ans aux États-Unis sans parler anglais.

Il grandit au Texas, où le lycéen est déjà fasciné par la Constitution. Après des études à l'université de Princeton puis à l'école de droit d'Harvard, dont il sort diplômé quatre ans après Barack Obama, il entame une brillante carrière juridique avant de revenir au Texas pour devenir l'équivalent de l'avocat d'appel de l'Etat (solicitor general), en 2003.

Le poste se transforme en tremplin national pour défendre des causes conservatrices et plaider devant la Cour suprême, ce qu'il fit neuf fois, avec cinq victoires.

Le récent rapprochement avec Cuba est pour lui une «terrible erreur». Défenseur inconditionnel d'Israël, il est aussi vent debout contre l'accord nucléaire qui s'est conclu avec l'Iran.

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