La promesse de réduction d'impôts des libéraux coûtera plus cher

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Fort de sa majorité à la Chambre des communes, le Parti libéral du Canada n'a pas besoin de l'appui des autres partis pour faire adopter ses motions, projets de loi et budgets.

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Mélanie Marquis
La Presse Canadienne
Ottawa

Contrairement à ce que les libéraux avaient promis, les revenus générés par la hausse d'impôt pour les plus riches ne suffiront pas à financer entièrement la baisse du taux d'imposition pour la classe moyenne.

Les réductions d'impôt pour les contribuables dont le revenu annuel se situe entre 45 000 $ et 90 000 $ coûteront 1,2 milliard $ au trésor public en 2016-2017, selon les calculs du ministère des Finances.

La faiblesse de la croissance économique, plus marquée que prévu, a forcé le gouvernement libéral à revoir ses projections, a justifié en conférence de presse à Ottawa le ministre des Finances, Bill Morneau.

Mais les libéraux vont de l'avant en dépit de cette variable: ils ont déposé lundi en Chambre une motion de voies et moyens visant à concrétiser la mesure phare, qui a été mise de l'avant tout au long de la campagne électorale.

«Le 19 octobre dernier, les Canadiens nous ont donné un mandat clair consistant à adopter une nouvelle approche. Nous avons promis de renforcer la classe moyenne et de permettre à ses membres d'avoir plus d'argent dans leurs poches», a fait valoir M. Morneau.

En vertu de cette refonte du régime fiscal, le taux du deuxième palier d'imposition des Canadiens passera de 22 à 20,5%, tandis qu'une nouvelle tranche d'imposition de 33% sera créée pour ceux dont le revenu dépasse les 200 000 $.

Pour une personne seule touchant un salaire annuel entre 45 000 $ et 90 000 $, l'allègement fiscal moyen se chiffrera à environ 330 $ par année. Un couple dont le revenu annuel combiné se situe dans la même fourchette aura droit à environ 540 $ par année.

La motion de voies et moyens contient également des dispositions visant à ramener le plafond de cotisation annuel à un compte d'épargne libre d'impôts (CELI) de 10 000 $ à 5500 $, ce que les libéraux s'étaient engagés à faire.

Les nouvelles mesures fiscales entreront en vigueur dès le 1er janvier 2016. Le plafond de cotisation annuel de 10 000 $ à un CELI pour 2015 est maintenu.

Le projet de loi contenant ces dispositions, qui doit être déposé en Chambre mercredi, se butera vraisemblablement à l'opposition des conservateurs et des néo-démocrates.

La chef intérimaire du Parti conservateur, Rona Ambrose, a critiqué dans un discours aux Communes la logique financière derrière cette baisse d'impôt, dont la mise en oeuvre force le Parti libéralà piger dans les coffres du fédéral.

Mal ciblée, croit Bernier

En mêlée de presse au parlement, son député Maxime Bernier a déploré le fait que «durant la campagne électorale, les libéraux avaient dit que toute hausse d'impôt allait compenser les baisses d'impôt, et ce n'est pas le cas».

Il juge que la mesure est mal ciblée - un revenu annuel de 80 000 $ ou 90 000 $ n'en est pas un de la classe moyenne, mais pourtant, ceux qui touchent cette somme auront droit à une réduction d'impôt, a-t-il illustré.

Le chef du Nouveau Parti démocratique (NPD), Thomas Mulcair, a quant à lui regretté qu'environ 70% des Canadiens, selon lui, ne toucheront pas un sou avec ces mesures fiscales.

«Il n'y aura rien pour une famille de la classe moyenne gagnant 45 000 $ par année (ou moins). On peut et on doit faire mieux», a-t-il déclaré en Chambre.

«Plutôt que d'appliquer la réduction d'impôt au deuxième palier d'imposition, nous proposerons de l'appliquer dès le premier»,a signalé M. Mulcair.

Fort de sa majorité à la Chambre des communes, le Parti libéral n'a pas besoin de l'appui des autres partis pour faire adopter ses motions, projets de loi et budgets.

Le premier budget signé par Bill Morneau contiendra une autre mesure coûteuse promise pendant la campagne électorale: l'Allocation canadienne aux enfants.

Cette allocation «ne sera pas imposable» et pourra atteindre «jusqu'à 533 $ par mois par enfant», est-il précisé dans la plateforme libérale.

Les parents devraient recevoir les premiers chèques «à compter de juillet 2016», a spécifié lundi M. Morneau.

Ces dépenses, conjuguées à la conjoncture économique actuelle, pourraient-elles mettre en péril une autre promesse électorale des libéraux - celle de maintenir les déficits annuels sous la barre des 10 milliards de dollars? Le nouveau grand argentier d'Ottawa n'a pas voulu se prononcer là-dessus.

Bill Morneau a cependant assuré que l'objectif à long terme d'atteindre l'équilibre budgétaire en 2019-2020 était, lui, toujours ferme.

Et les moyens d'y parvenir n'ont pas changé: «Nous allons continuer avec nos engagements (...) parce que nous savons qu'avec un niveau de croissance plus faible que prévu dans le budget 2016, c'est nécessaire de faire des investissements», a-t-il fait valoir.

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