HISTOIRES D'UN RÉFÉRENDUM

Vérification faite: la faute à Québec?

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Lors d'un vote aussi serré que celui du référendum de 1995, où le Non l'a emporté à 50,58 %, à peu près n'importe quoi peut faire la différence...

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(Québec) Presque tout de suite après que Jacques Parizeau eut montré du doigt «l'argent et le vote ethnique», de nombreux regards se sont tournés vers les électeurs de la région de Québec pour expliquer la courte défaite des souverainistes au référendum de 1995.

Depuis, ces index accusateurs ne se sont jamais vraiment détournés de la Capitale-Nationale. En 2010, par exemple, Roger Bertrand, qui était député péquiste de Portneuf à l'époque du référendum, confiait au Soleil avoir «observé que la région a toujours eu une certaine retenue par rapport à l'affirmation nationale».

Et une brève recherche sur le Web suffit à produire des dizaines d'exemples montrant à quel point cette idée est répandue : la capitale, dit-on, n'a pas voté Oui aussi fort que les autres régions francophones et, l'eut-elle fait, aurait comblé le mince écart de 54 000 voix par lequel le projet d'indépendance a été battu.

Mais est-ce vrai?

Les faits

Pour le savoir, nous avons examiné les résultats des référendums de 1980 et de 1995 dans les circonscriptions dont les électeurs vivaient tous, ou très majoritairement, dans les limites de l'actuelle Ville de Québec (Charlesbourg, Chauveau, Jean-Talon, Limoilou, Louis-Hébert, Vanier, Taschereau, Montmorency et La Peltrie), ainsi que les circonscriptions des alentours immédiats (Portneuf, Beauce-Nord, Bellechasse, Lévis, Lotbinière, Chutes-de-la-Chaudière).

Il y a deux grandes manières de procéder, ici. On peut d'abord compter les votes comme si la ville et sa région avaient voté «comme les autres francophones», c'est-à-dire Oui à environ 60 %. Sur les près de 580 000 suffrages valides exprimés le 30 octobre 1995, cela aurait donné 348 000 Oui, soit 35 000 de plus que ce qui s'est réellement passé. Et comme cette différence ne s'ajoute pas seulement au total souverainiste, mais doit aussi être soustraite du vote fédéraliste, le tout aurait fait une différence de 70 000 voix en faveur de l'indépendance - assez pour faire pencher la balance. À vue de nez, donc, c'est une affaire classée.

Mais... mais... Avait-on des raisons de croire que Québec et ses environs voteraient de la sorte? Jusqu'à un certain point, oui, mais pas autant que plusieurs semblent le croire.

Voyons ce que disent les résultats du premier référendum. En 1980, les circonscriptions de la ville de Québec ont voté Oui à 47,9 %; sur les 110 circonscriptions qui existaient l'époque, cela correspondait au 28e résultat le plus souverainiste. Les alentours de la capitale, eux, ont voté Oui à 43,4 % (l'équivalent du 50e rang sur 110).

En 1995, la Capitale-Nationale a voté oui à 54,3 %, soit l'équivalent du 63e vote le plus souverainiste sur 125 circonscriptions (15 se sont ajoutées entre les deux référendums). Dans la «couronne de Québec», l'appui à la souveraineté a recueilli 52,2 % (75e sur 125).

Ainsi, alors qu'elle faisait pratiquement partie du quartile le plus souverainiste en 1980, l'actuelle ville de Québec avait glissé en milieu de peloton en 1995; ses environs, eux, ont reculé de la «petite moyenne souverainiste» au tiers le moins réceptif.

Il y a donc bel et bien «quelque chose» qui s'est passé dans la région au cours de ces 15 ans-là. L'essentiel, ici, n'est pas de déterminer ce que c'était, mais plutôt de voir si ce fut suffisant pour faire perdre le Oui en 1995. Et ce n'est pas si clair...

Si elle n'avait fait que maintenir sa position de 1980 par rapport aux autres, et en tenant compte de l'augmentation du nombre de sièges, la Ville de Québec aurait voté comme la 32e circonscription la plus souverainiste en 1995 (Marguerite-Bourgeoys, pour ceux qui veulent tout savoir). Cela aurait donné 59 % de Oui et se serait traduit par 18 000 votes souverainistes de plus et autant de Non en moins - donc une différence de 36 000 voix en tout.

Pour les circonscriptions autour de Québec, maintenir sa position de 1980 aurait donné le 57e rang, avec 55 % de Oui. Cela se serait traduit par 3500 Oui supplémentaires - 7000 voix de différence en comptant les Non en moins.

Au final, si le souverainisme avait évolué de la même manière dans la région qu'ailleurs dans la province entre 1980 et 1995, cela aurait fait une différence totale de 43 000 voix. Pas suffisant, donc, pour combler l'écart de 54 000 votes avec le Non, même si on en aurait été très, très proche.

Pour faire gagner l'option souverainiste, donc, il aurait fallu que non seulement la ville de Québec l'appuie à 60 % «comme les autres francophones», mais que les circonscriptions autour de la ville fassent pareil. Or justement, ces endroits-là ont toujours été un peu moins chauds à l'idée d'indépendance que la capitale, et on pouvait donc difficilement s'attendre à y trouver une ferveur souverainiste comparable.

 

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Jacques Parizeau le jour du vote

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Le verdict

À moitié vrai. Si l'on applique mécaniquement le fameux «60 % des francophones» à toute la région, alors, effectivement, on obtient assez de Oui pour gagner le référendum. Mais dès que l'on s'intéresse à la question de savoir si l'on pouvait s'attendre à ce que Québec et ses alentours votent comme les autres, alors ça devient moins clair. Le Oui aurait peut-être perdu quand même, bien que par une marge encore plus faible.

Et c'est sans rien dire du fait que lors d'un vote aussi serré, à peu près n'importe quoi peut faire la différence...

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