«Nobody» à Québec, député à Winnipeg

Le nouveau député libéral Robert-Falcon Ouellette a défait... (WINNIPEG FREE PRESS, MIKE DEAL)

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Le nouveau député libéral Robert-Falcon Ouellette a défait lundi dernier, avec 54,5 % des voix dans la circonscription de Winnipeg Centre, le néo-démocrate Pat Martin, qui était en place depuis 18 ans.

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<p>Ian Bussières</p>

(Québec) Vainqueur avec 54,5 % des voix dans la circonscription de Winnipeg Centre, le nouveau député libéral Robert-Falcon Ouellette n'est pas un inconnu à Québec, où il a fait ses premiers pas en politique en tentant d'abord de devenir chef du défunt Renouveau municipal de Québec (RMQ), puis comme candidat pour Vision Québec.

Robert-Falcon Ouellette avec Justin Trudeau... (Tirée de Facebook) - image 1.0

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Robert-Falcon Ouellette avec Justin Trudeau

Tirée de Facebook

Né dans la première nation crie de Red Pheasant, en Saskatchewan, à la fin des années 70, M. Ouellette a grandi à Calgary, mais a passé 13 années de sa vie à Québec. «À l'âge de 19 ans, j'ai joint la réserve des Forces canadiennes et, à 22 ans, j'ai été muté au Royal 22e Régiment», explique le nouveau député en entrevue téléphonique avec Le Soleil.

Il s'est ensuite joint à la 5e Ambulance de campagne à titre de sergent d'armes, puis a fait un doctorat en anthropologie à l'Université Laval en 2011. «C'est quelque chose dont je suis extrêmement fier, car je suis seulement le deuxième autochtone à obtenir un doctorat de l'Université Laval après Georges Sioui, coordonnateur du programme d'études autochtones de l'Université d'Ottawa», explique-t-il.

C'est cependant en 2005, bien avant de faire ses études, qu'il a pris goût à la politique. «Quelqu'un m'avait amené dans une assemblée politique et j'ai commencé à suivre la politique municipale à Québec.»

À la suite du départ de Jean-Paul Lallier, il s'est alors lancé dans la course à la direction du RMQ à laquelle prenaient également part l'éventuel vainqueur Claude Larose, Ann Bourget et un certain... Régis Labeaume, qui était alors lui aussi un néophyte de la politique municipale.

«Finalement, je m'étais désisté de la course juste avant le vote, car un de mes conseillers m'avait suggéré de le faire», se souvient celui qui a ensuite poursuivi son aventure du côté de Vision Québec, l'ancien parti politique municipal fondé par l'avocat Marc Bellemare.

«J'étais candidat dans le district Des Châtels et c'était une course à trois. J'ai perdu par 177 voix derrière Pierre Blouin du RMQ et Yvon Patry de l'Action civique de Québec, mais, bien humblement, je crois que si j'avais su à l'époque ce que je connais de la politique aujourd'hui, j'aurais gagné!» lance-t-il.

Il a peut-être perdu il y a 10 ans, mais Robert-Falcon Ouellette a gagné lundi, et de belle façon, battant le poids lourd néo-démocrate Pat Martin, qui était en place depuis 18 ans dans Winnipeg Centre. C'est en se lançant en 2014 dans la course à la mairie de Winnipeg, où il avait obtenu un poste à l'Université du Manitoba, qu'il s'est fait connaître dans cette ville.

«Au début de la campagne à la mairie, j'étais vraiment un «nobody», un peu comme à Québec, car ce n'était pas ma ville natale. Et j'étais seul. Je n'avais pas d'équipe. Mais comme j'étais autochtone dans une ville dont une bonne partie de la population l'est aussi et que plusieurs citoyens ont aimé mes discours, j'ai fait parler de moi et j'ai terminé troisième avec 37 000 voix», explique celui qui avoue être en campagne électorale depuis 20 mois.

«Je n'aime pas perdre»

C'est que c'est peu de temps après son aventure en politique municipale à Winnipeg qu'il a décidé de tenter sa chance comme candidat libéral en vue des élections générales fédérales. «J'ai fait un sondage avant de me lancer, car je n'aime pas perdre et qu'une campagne nécessite beaucoup de temps et d'efforts. Je l'ai même répété une deuxième fois, car je n'y croyais pas : il me donnait à seulement cinq points de Pat Martin!»

Il s'est donc lancé, utilisant beaucoup les réseaux sociaux et les vidéos dans sa campagne, histoire de joindre les jeunes, et se rendant rencontrer les autochtones, dont il veut améliorer les conditions de vie. «Il y a quatre semaines, mes pointages me plaçaient à 26 % des voix contre 28 % pour Pat Martin avec 29 % d'indécis et il y a deux semaines, mes pointages me donnaient une avance de 5 %», explique-t-il.

Même le Parti libéral avait peine à y croire et a fait son propre pointage, qui a plutôt donné son candidat en avance de 9 %! «C'est là qu'ils m'ont avisé qu'ils m'enverraient des ressources supplémentaires d'ici le scrutin», commente le député. Le reste appartient à l'histoire : la troisième fois aura été la bonne pour Robert-Falcon Ouellette, que certains observateurs voient même comme ministre dans le futur cabinet Trudeau.

Les grands défis d'un idéaliste

En choisissant Winnipeg Centre pour se lancer en politique fédérale, Robert-Falcon Ouellette savait qu'il aurait de grands défis à relever. Cette circonscription est en effet la deuxième plus pauvre au Canada.

«Les gens ont de la difficulté à avoir de bons emplois. Et quand ils n'ont pas de bons emplois, ils ne peuvent pas fonder une famille ou acheter une maison. J'ai beaucoup parlé de ça, car les gens m'en ont beaucoup parlé», explique le nouveau député.

«Je n'ai jamais vu autant de pauvreté qu'à Winnipeg. À Québec, vous avez la basse ville, mais ici, il y a 3000 sans-abri, même si nous avons trois organismes du calibre de Lauberivière», souligne-t-il.

Autochtones

D'origine crie, Robert-Falcon Ouellette est particulièrement touché par le sort des autochtones, qui constituent 18,3 % de la population de sa circonscription. «Quand je faisais mon porte-à-porte, je demandais à plusieurs personnes si elles avaient des enfants et ils me disaient oui, mais qu'ils étaient sous la protection de l'État... C'est une réalité peu connue du reste de la population.»

Le député indique qu'au Manitoba, 11 000 enfants seraient sous la protection de la Direction de la protection de la jeunesse, dont 8000 seraient des enfants issus de familles des Premières Nations.

«Et ils ne sont majoritairement pas confiés à l'État à cause de situations d'abus, mais parce que leurs parents sont incapables de leur fournir une maison ou de la nourriture parce qu'ils sont tout simplement trop pauvres!»

Conscient du fait qu'il y a beaucoup de travail à faire dans Winnipeg Centre, le nouveau député est cependant prêt à s'y attaquer. «Je suis réaliste : je ne ferai pas de Winnipeg Centre l'un des comtés les plus riches au Canada. Cependant, je veux le ramener plus proche de la moyenne. Je ne veux pas passer quatre ans comme député sans qu'il y ait une amélioration», conclut-il.

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