Stéphane Bédard quitte l'Assemblée nationale

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Il y a un peu plus d'un mois, Stéphane Bédard (photo), député de Chicoutimi, a été démis de son poste de leader parlementaire du Parti québécois au profit de Bernard Drainville.

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<p>Michel Corbeil</p>

(Québec) Stéphane Bédard quitte l'Assemblée nationale. Le député du Parti québécois (PQ) invoque des raisons personnelles et familiales pour tirer sa révérence. Il nie que la diminution de ses responsabilités parlementaires, décidée par Pierre Karl Péladeau, a contribué à sa décision. C'est depuis son siège à l'Assemblée nationale que l'élu représentant Chicoutimi a fait son annonce. Dans les tribunes des visiteurs se trouvaient ses proches collaborateurs et, évidemment, sa femme, Janick Tremblay.

«Après une longue réflexion, j'en suis venu à la conclusion que le temps est venu de leur redonner ce qu'ils m'ont si généreusement offert», a-t-il lancé en faisant allusion aux sacrifices que sa famille a faits, au fil de sa carrière politique.

«Mes trois enfants, nés pendant cette période, ont eux aussi eu à partager leur père», a-t-il souligné en chambre. «Le temps passe, et je crois sincèrement que je ferais une erreur irréparable de me priver de ces moments de la vie qui ne reviennent jamais», a laissé tomber le fil de Marc-André Bédard, qui fut député et compagnon de route de feu René Lévesque, le fondateur du PQ.

La rumeur veut qu'il soit tenté de vouloir succéder à Jean Tremblay à la mairie de Saguenay. M. Bédard, lui, avance plutôt n'avoir aucun plan pour l'avenir. «Si ce n'est que j'ai à faire de petites rénovations à la maison.»

À moyen terme, il retournera à la pratique du droit. De son séjour à l'Assemblée nationale, il se dit particulièrement fier de la loi qu'il a fait voter sur l'intégrité en matière de contrats publics.

«Je dirais que j'ai besoin d'une pause», a-t-il lancé en point de presse. En chambre, il a précisé que «je ne vous cacherai pas que les quatre dernières années ont été éreintantes, épuisantes. Certaines de ces années ont compté pour double».

Il a fait notamment référence à la contestation ouverte dont avait été victime Mme Marois, quelques mois avant de prendre le pouvoir. M. Bédard s'était porté à la défense de la politicienne.

Sa démission tombe le jour même où Gilles Duceppe a abdiqué du poste de chef du Bloc québécois, après sa défaite comme député au scrutin fédéral de lundi. Pour M. Bédard, il est faux d'y voir la preuve que le mouvement indépendantiste est en difficulté.

Depuis qu'il siège à Québec, «j'ai vu des gens formidables malheureusement faire le choix d'une autre vie. C'est légitime et normal», a dit celui qui a refait sa profession de foi souverainiste.

Stéphane Bédard a repoussé l'idée qu'il n'avait pas d'atomes crochus avec le chef actuel. Il a désapprouvé l'idée qu'il serait demeuré en poste s'il avait eu de plus de responsabilités.

Collègues ébranlés

À leur arrivée au parlement, ses collègues au Parti québécois ont visiblement été ébranlés par la décision de M. Bédard, un pilier du groupe. Devant les caméras de TVA, le doyen des parlementaires, le péquiste François Gendron, n'a pas hésité à parler d'une «perte immense».

Sur le parquet de l'Assemblée nationale, Pierre Karl Péladeau a semblé chercher ses mots lorsqu'il lui a rendu hommage. En impromptu de presse, le chef du PQ s'est dit «attristé» par le départ.

Il ne croit pas que son propre leadership soit fragilisé. «C'est une décision personnelle de Stéphane.» Il a fourni la même réponse lorsqu'il s'est fait demander s'il se donnait une part de responsabilités dans cette décision, lui qui a rétrogradé M. Bédard à un rôle mineur de critique en matière de justice.

Interrogé sur les motifs qui l'ont conduit à retirer la fonction de leader parlementaire à l'ex-député de Chicoutimi, M. Péladeau a tranché. «Je n'ai pas à m'expliquer là-dessus.»

Le leader du Parti québécois n'a pas objection à ce que Stéphane Bédard touche une indemnité de départ, même si ses troupes veulent l'abolition de cette pratique. «La loi telle qu'elle existe aujourd'hui lui permet de la prendre», a-t-il répondu. Il a mentionné que le PQ souhaite toujours que le gouvernement Couillard change la législation.

Un adversaire «redoutable» salué par tous

Libéraux, caquistes et solidaires ont été unanimes à vanter Stéphane Bédard comme un adversaire «redoutable» qui manquera au Parti québécois. Et certains de conclure que ce départ est de mauvais augure pour le mouvement souverainiste, en particulier pour le Parti québécois.

Le député démissionnaire de Chicoutimi, réputé pour ses réparties cinglantes et ironiques, a eu droit à une pluie d'éloges après avoir annoncé officiellement qu'il quitte l'Assemblée nationale après 17 ans de parlementarisme. Les réactions n'ont pas attendu son discours au Salon bleu.

Dans les corridors de l'Assemblée nationale, le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, a avancé que ce départ, conjugué au retrait de la vie politique de Gilles Duceppe, qui a été le chef du Bloc québécois durant les élections fédérales, est la preuve que le mouvement souverainiste est plongé dans une profonde crise.

Flèches à Péladeau

Le leader parlementaire de la Coalition avenir Québec, François Bonnardel, qui a croisé le fer sur le plancher de l'Assemblée nationale avec le démissionnaire, a vanté les qualités de tribun de M. Bédard. Il voit ce départ à la retraite politique comme la démonstration que la «greffe n'a pas pris entre Pierre Karl Péladeau» et le Parti québécois (PQ).

Pour le ministre des Affaires municipales, Pierre Moreau, «le Parti québécois perd ce qui, pour nous, est un adversaire redoutable». Pierre Moreau ne s'est pas privé de décocher une flèche au chef du PQ. «Mais il est clair que M. Péladeau fait plus de remous que de bien à cette formation.»

Au Salon bleu, le premier ministre Philippe Couillard a tenu à «le rassurer totalement : il y a une vie après la politique», a confié le chef libéral qui a pris congé de la politique de 2008 à 2013. Opposé à l'option souverainiste que défend M. Bédard, Philippe Couillard dit avoir apprécié que son adversaire ne remette pas en question que «l'amour du Québec et la passion pour l'avenir de notre peuple» unissent tous les élus, toutes étiquettes confondues.

Le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ) a lancé à la blague que les adversaires politiques «ont un certain soulagement parce que c'était un parlementaire redoutable. J'ai subi ses foudres comme chef de la CAQ». M. Bédard a été «un grand serviteur de l'État».

La députée de Québec solidaire Manon Massé (Sainte-Marie-Saint-Jacques) a indiqué avoir trouvé «extrêmement inspirant de voir quelqu'un qui manoeuvre avec autant d'agilité la langue, qui a une verve [...] qui, on le souhaite, ne nous vise pas trop. [...] Je suis certaine que nous allons retravailler ensemble parce que les souverainistes se retrouvent toujours.»

L'élu garderait son indemnité

Stéphane Bédard garderait son indemnité de départ, rapportent diverses sources. Jeudi, il a mis en garde, à mots couverts, les parlementaires contre la tentation d'abolir cette disposition extrêmement controversée de la rémunération des élus.

M. Bédard occupe sans interruption depuis 1998 le fauteuil de député de Chicoutimi. Il a accédé au Conseil des ministres en 2002, sous Bernard Landry. Il a aussi eu droit à une limousine ministérielle dans l'équipe de Pauline Marois. Il a été chef de l'opposition par intérim avant que les militants n'élisent à leur tête Pierre Karl Péladeau. 

La Ligue des contribuables du Québec a calculé que Stéphane Bédard pourrait toucher environ 150 000 $ en indemnité de transition. Le principal intéressé n'a pas confirmé la décision de conserver cette somme. «Mais je le classe dans la catégorie "je touche ma prime" s'il ne déclare pas le contraire», a indiqué Claire Joly, de la Ligue. Celle-ci a mentionné que le démissionnaire devrait s'inspirer des Élaine Zakaïb (PQ), Christian Dubé (CAQ) et Robert Dutil (PLQ) qui ont renoncé à l'indemnité ou, dans le cas de M. Dutil, l'ont versée à un organisme sans but lucratif.

«Rempart» nécessaire

Le Parti québécois met de la pression sur le gouvernement de Philippe Couillard pour qu'il abolisse cette pratique pour tout élu qui abandonne son siège sans raison valable, avant la fin de son mandat.

Dans son discours d'adieu, Stéphane Bédard a glissé à l'endroit de l'ensemble des parlementaires que, «dans les prochains mois, vous aurez à réfléchir sur vos conditions de travail. Ce sont des choix qui ne sont pas faciles, car ils sont lourds de conséquences dans l'opinion publique.

«Je vous demande, a-t-il enchaîné, de considérer que cette vie que nous menons n'a rien de normal. Il serait mal avisé de vouloir l'encadrer dans une réalité qui ne lui convient pas.

«Ayez aussi à l'esprit que vous avez besoin d'une indépendance à toute épreuve pour bien assumer vos responsabilités. Nos conditions de travail sont un rempart qui nous permet à chaque instant d'agir, de décider, de voter avec l'indépendance requise.» 

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