Sur fond d'indépendance, les Catalans se rendent aux urnes

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Deux femmes marchent près d'une boutique à Barcelone dont le mannequin est vêtu de drapeaux catalans.

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Michaela Cancela-Kieffer, Daniel Bosque
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Barcelone

Drapeaux de l'Espagne d'une part, indépendantistes de l'autre. Une campagne électorale très particulière s'est achevée vendredi soir en Catalogne, où tous s'accordaient sur un point : les élections régionales de dimanche sont historiques.

«Il est une Catalogne qui aime son peuple, sa terre et qui pour cela ne veut pas qu'elle soit amputée de l'Espagne et de l'Europe», a déclaré le chef du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy, devant un millier de militants agitant des drapeaux du royaume d'Espagne, dans un palais des congrès de Barcelone.

C'était le cinquième déplacement en 15 jours en Catalogne de Mariano Rajoy, mobilisé comme jamais pour un scrutin régional et exceptionnellement soutenu, vendredi soir, par l'ex-président français Nicolas Sarkozy, venu défendre l'unité de l'Espagne.

Car même si en théorie, ces élections régionales ne visent qu'à renouveler le parlement de 135sièges de cette région de 7,5millions d'habitants, elles sont sans précédent.

Les indépendantistes, représentés par la grande coalition Junts pel si (Ensemble pour le Oui), ont décidé d'en faire un plébiscite : s'ils ont une majorité de sièges, comme le laissent entendre les sondages, ils mettront en branle un processus qui pourrait mener la Catalogne vers l'indépendance, en 2017.

Ce suffrage mène vers «l'espoir, la dignité, la liberté», a clamé vendredi soir leur figure de proue -et président sortant -, Artur Mas, devant les dizaines de milliers de personnes réunies par la coalition.

«Le dimanche 27 septembre est un jour historique», a-t-il martelé au pied de la montagne de Montjuic, où quatre colonnes illuminées en rouge symbolisaient les quatre traits rouges du drapeau catalan.

«Ensemble nous gagnons»

Mariano Rajoy avait auparavant tourné une dernière publicité de campagne de son Parti populaire, avec une phrase en catalan, «perque units guanyem» («ensemble nous gagnons»), après 30 secondes au cours desquelles plusieurs ministres ont déclaré leur attachement à la région.

«J'aime la Catalogne et les Catalans», a dit la vice-présidente du gouvernement, Soraya Saenz de Santamaria.

Après un siècle de tensions plus ou moins vives avec Madrid autour de la langue catalane - interdite sous la dictature de Franco de 1939 à 1975- et la fiscalité, le fossé s'est brutalement creusé en moins d'une décennie entre les nationalistes catalans et le gouvernement central.

Furieux de l'invalidation par le Tribunal constitutionnel en 2010 d'une partie du statut d'autonomie de la région, les nationalistes réclamaient en vain depuis 2012 un référendum d'autodétermination.

Mais leurs projets inquiètent les banques, les grands groupes, et les marchés, au moment où l'Espagne commence à sortir de la crise, avec une croissance de 3,3 % prévue pour 2015.

Sans la Catalogne, le pays serait amputé non seulement de 16 % de sa population, mais aussi de 25 % de ses exportations et de 19 % de son PIB. Les ministres espagnols ont de plus joué sur la peur, prévoyant qu'une séparation ferait de la Catalogne un État paria et ruiné, exclu de l'Union européenne, où le chômage atteindrait 37 % et les retraites plongeraient de 44 %.

«L'Europe avec une Espagne divisée serait une Europe affaiblie [...] les élections ne sont pas simplement le problème de l'Espagne et de la Catalogne, c'est le problème de toute l'Europe qui a besoin de votre unité», a clamé l'ancien président Sarkozy devant les partisans de M. Rajoy.

Avant lui, Angela Merkel, David Cameron, et même le président américain, Barack Obama, ont également plaidé pour une Espagne unie.

En Catalogne, certains étaient soucieux, vendredi soir, comme Maria Garcia, informaticienne de 43 ans, rencontrée avec ses parents lors du ralliement de M. Rajoy. «Nous sommes en train de passer un mauvais moment», avouait la mère, Pilar, 68 ans, visiblement angoissée. «Ici, si tu n'as pas deux noms de famille catalans, tu es suspect», déplorait la fille.

Pour le reste des Espagnols, la Catalogne demeure cependant pour l'instant une vague préoccupation, loin derrière le chômage ou l'économie.

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