Fonction publique fédérale : de sévères coupes dans l'est de la province

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Il y a à peu près 3 % plus de fonctionnaires fédéraux aujourd'hui qu'à la fin du règne des libéraux - mais il y en a 5 % de moins au Québec.

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(Québec) Une centaine d'emplois ici. Un autre 200 là-bas. Les coupes entamées par le gouvernement Harper en 2012 dans la fonction publique ont laissé des traces un peu partout dans les régions du Québec, ont constaté les journaux du Groupe Capitales Médias. Mais le scalpel ne s'est pas enfoncé également partout...

C'est en Gaspésie et aux Îles-de-la-Madeleine que le couperet a fait le plus mal. Là-bas, le nombre de fonctionnaires fédéraux n'a jamais été très élevé, bien sûr, mais il a tout de même reculé de pas moins de 28 % depuis l'arrivée au pouvoir du Parti conservateur, en 2006, passant de 257 à 186 emplois. Dans une région dont l'économie est déjà mal en point, la perte d'emplois bien rémunérés est particulièrement dure, ont constaté nos journalistes.

Ailleurs dans la province, c'est surtout depuis 2012 que le régime minceur imposé par Ottawa s'est fait sentir. Cette année-là, après les lourds déficits qui ont suivi la crise économique de 2008, le Canada dépensait toujours 26 milliards $ de plus que ses revenus - et à vrai dire, la taille de sa fonction publique avait constamment augmenté, malgré l'arrivée des conservateurs au pouvoir, jusque vers 2010-2011.

Décroissance

Depuis, le nombre de fonctionnaires qui travaillent pour Ottawa n'a cessé de décroître, de 282 000 à 257 000 dans tout le Canada, et de 33 000 à 29 000 au Québec, d'après les statistiques du Conseil du Trésor du Canada. Mais en fin de compte, cette baisse n'a fait que ramener la taille de la fonction publique canadienne à ce qu'elle était quand Stephen Harper est devenu premier ministre, en 2006. Il y a à peu près 3 % plus de fonctionnaires fédéraux aujourd'hui qu'à la fin du règne des libéraux - mais il y en a 5 % de moins au Québec.

Comment cela s'est-il passé? Il y a eu, bien sûr, des compressions. Une centaine de postes ont été abolis à Shawinigan depuis trois ans, autant en Estrie, environ 500 dans la région de Québec, encore plus autour de Montréal. Et cela n'inclut pas, notons-le, les compressions imposées aux sociétés d'État comme les postes et Radio-Canada.

«Si on coupe parce qu'un nouveau système informatique nous rend plus productifs, je suis une payeuse de taxes et je n'ai rien contre ça. Mais ce n'est pas ça qu'on voit.»

Magali Picard
Porte-parole québécoise de l'Alliance de la fonction publique

«Si on coupe parce qu'un nouveau système informatique nous rend plus productifs, je suis une payeuse de taxes et je n'ai rien contre ça, dit la porte-parole québécoise de l'Alliance de la fonction publique Magali Picard. Mais ce n'est pas ça qu'on voit. [...] La population ne voit souvent que les nombres de fonctionnaires coupés, mais pas les effets concrets. Et on parle ici d'impacts sur la sécurité. [...] On a moins d'inspecteurs alimentaires aujourd'hui qu'en 2008, avant la crise de la listériose!»

Centralisation

Hormis les coupes déjà très médiatisées qui ont complètement anéanti le programme de recherche sur les contaminants du Saint-Laurent à l'Institut Maurice-Lamontagne, notons que la hache est également tombée sur un centre de recherche d'Agriculture Canada sur le bovin laitier et le porc à Lennoxville.

Mais il y a aussi eu un mouvement de centralisation des fonctionnaires canadiens, de deux manières. D'abord, si leur nombre a crû de 3 % depuis 2006 dans l'ensemble du Canada, la croissance a été presque quatre fois plus rapide à Ottawa et à Gatineau : + 11 %. Ce qui fait dire à l'historien gaspésien Jean-Marie Thibeault que «ce sont des chiffres qui parlent d'eux-mêmes. Malgré un discours contraire, les conservateurs sont centralisateurs».

En outre, une autre tendance qui se dégage des textes de nos reporters, c'est que les conservateurs ont «rebrassé» beaucoup de services pour les regrouper dans quelques centres urbains.

Ainsi, Service Canada a fermé son bureau de New Richmond, en Gaspésie, et a déplacé les emplois vers un centre d'appels à Québec. De même, a témoigné à La Tribune Yvan Brodeur, directeur pour le Québec de l'Institut professionnel de la fonction publique du Canada, «un client [de l'Agence du revenu] ne peut plus se présenter au comptoir à Sherbrooke pour obtenir de l'information sur le plan fiscal. Avec la population vieillissante, il est moins évident de passer constamment par Internet. Il est très difficile d'avoir une ligne au téléphone pour parler à quelqu'un».

Déshabiller Paul pour habiller... Québec?

Avec un gouvernement conservateur qui a la réputation de «serrer la vis» à ses fonctionnaires, et avec un recul de 5 % de la fonction publique fédérale au Québec depuis 2006, on s'attendrait à ce que le gouvernement du Canada soit moins présent que jamais dans la Vieille Capitale. Mais ce n'est pas le cas - du moins, pas pour l'instant.

Les compressions budgétaires décrétées à Ottawa n'ont pourtant pas épargné Québec ces dernières années. D'après des données syndicales, 240 emplois ont été retranchés à Valcartier depuis 2012. Les bureaux régionaux de Pêches et Océans et de Parcs Canada ont aussi été amputés d'une centaine et d'une soixantaine de postes respectivement, auxquels s'ajoute un chapelet d'autres abolitions mineures - pour un total d'environ 500.

Si Pêches et Océans a été particulièrement touché, explique la porte-parole québécoise de l'Alliance de la fonction publique Magali Picard, ce sont «en bonne partie les déréglementations [notamment le projet de loi C-45, adopté en 2012, qui soustrait des milliers de plans d'eau à la surveillance fédérale] qui ont amené ça. À partir du moment où on n'inspecte plus les stocks de poissons, on n'inspecte plus non plus les solvants qui sont déversés dans nos eaux et rivières, alors on vient de couper tous ces postes-là de chercheurs, de scientifiques et d'inspecteurs.»

Toutes ces coupes sont sans doute ce qui avait incité, l'an dernier, la députée néo-démocrate de Québec Annick Papillon à demander des comptes au gouvernement sur la taille de la fonction publique fédérale à Québec. Mais voilà, le président du Conseil du Trésor, le conservateur Tony Clement, avait alors rendu publics des chiffres montrant qu'elle n'avait à peu près pas changé depuis le début du règne conservateur, passant de 3370 en 2006 à 3400 cette année. Entre les deux, des embauches l'avaient fait croître jusqu'à près de 4000, avant qu'Ottawa ne s'astreigne à juguler son déficit et ne la ramène à son point de départ.

Centralisation

Mais comment peut-on supprimer 500 postes et avoir toujours autant d'employés? «Ça s'explique, dit Mme Picard. Le gouvernement conservateur a beaucoup centralisé les services. Je peux vous dire que Québec a gagné des postes de Service Canada, par exemple, parce qu'on a fermé le bureau de New Richmond en Gaspésie. [...] Même chose pour l'Agence du revenu du Canada.»

«Autrefois, il y avait des bureaux régionaux à l'Agence autant pour les familles qui avaient besoin de se prévaloir de certains crédits fiscaux que pour les entreprises qui avaient besoin d'aller rencontrer des agents. Ça pouvait se faire en région, mais ça n'existe plus, maintenant. Il n'y a plus de bureau de l'Agence du revenu, ça a été remplacé par des centres téléphoniques, il y en a un à Québec et un à Ottawa. Ça a pu créer quelques postes pour la région de Québec, ces réorganisations-là, mais, en bout de ligne, on a vu une croissance quand on a centralisé les fonctions, puis on a recoupé par-dessus», poursuit-elle.

Cela aurait maintenu artificiellement le nombre de fonctionnaires fédéraux dans la région de Québec, estime Mme Picard, qui avertit que la baisse s'en vient. 

Et elle serait peut-être déjà arrivée si les conservateurs n'avaient pas changé leur fusil d'épaule, en 2013, pour garder ouvert le centre de sauvetage de la Garde côtière à Québec, eux dont le plan initial était de le déménager dans les Maritimes...  

Avec la collaboration de Guy Veillette, René-Charles Quirion, Louis Tremblay, Marie-France Létourneau, Gilles Gagné et Geneviève Gélinas

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