Coiteux tend une première main aux salariés du secteur public

En entrevue avec Le Soleil, le président du... (Le Soleil, Erick Labbé)

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En entrevue avec Le Soleil, le président du Conseil du trésor, Martin Coiteux, a tenu à rappeler que le gouvernement du Québec n'arrive pas à la table des négociations les mains vides et qu'il est prêt à faire preuve de flexibilité.

Le Soleil, Erick Labbé

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(Québec) Le président du Conseil du trésor, Martin Coiteux, cherche à tendre une première main aux plus de 500 000 salariés du secteur public québécois.

Il est faux d'affirmer que le gouvernement du Québec n'a rien à offrir aux tables de négociation et qu'il n'est pas prêt à faire preuve de flexibilité, plaide-t-il en entrevue avec Le Soleil.

Il se dit prêt à bonifier le salaire de milliers d'employés qui ne seraient pas actuellement rémunérés au niveau où ils devraient l'être.

Une chose est cependant entendue, et Martin Coiteux la martèlera durant cette entrevue, qui s'est déroulée en fin d'après-midi jeudi à son bureau de Québec : le gouvernement n'acquiescera pas aux demandes des syndicats du secteur public, demandes qui s'élèvent non pas seulement à 13,5 % d'augmentation salariale sur trois ans, selon les calculs du Conseil du trésor, «mais à 28 % lorsqu'on additionne tout». C'est-à-dire lorsqu'on ajoute aux requêtes salariales celles ayant trait aux conditions de travail.

«Les 13,5 % étaient totalement en dehors du contexte budgétaire, alors imaginez 28 %!»

«Des voies de passage»

Le grand argentier de l'État québécois veut que l'on comprenne qu'il existe des «voies de passage» avec les syndicats du secteur public québécois. Et que c'est la raison pour laquelle il parle de «discussions constructives» aux tables de négociation - à tout le moins sur certains sujets.

Lors de cette entrevue, Martin Coiteux a pour la première fois mis de la chair autour de l'os, dévoilé ce qu'il est prêt à faire au titre de la «relativité salariale», notamment.

«On n'emmène pas que 3 % d'augmentation sur cinq ans aux tables de négociation», a-t-il fait valoir.

Il dit vouloir corriger des incohérences qui sont source d'iniquités pour bien des travailleurs. «Normalement, des valeurs d'emploi équivalentes devraient donner des échelles de salaire équivalentes et donner des rémunérations identiques ou presque identiques. Or, ce n'est pas ça qu'on a actuellement. Il existe des écarts salariaux qui n'ont pas de raison d'être», analyse-t-il.

Il se dit conscient que cela ne pourra se régler à «coût nul»; autrement dit, que les salariés les plus désavantagés devraient rattraper les plus avantagés dans cette opération.

Dans le secteur public, les emplois sont classés selon leur «valeur», laquelle est établie en fonction de 28 critères. Or, des emplois de valeur équivalente sont bel et bien rémunérés de manière différente. C'est le cas pour un criminologue et un travailleur social. Le premier peut gagner 72852 $ par année; le second, 76486 $.

Des emplois de «valeur inférieure» bénéficient de rémunérations supérieures à des emplois classés dans la catégorie «valeur supérieure». Un homme préposé à «l'entretien ménager lourd» touchera dans certains cas 34370 $, alors qu'une femme affectée à «l'entretien ménager léger» gagnera 36085 $.

Ces exemples ont été fournis par le Secrétariat du Conseil du trésor à la demande du Soleil et après l'entrevue avec le ministre.

Par le chemin des... «modalités»

Martin Coiteux a toujours la volonté de faire passer l'âge de départ normal des employés du secteur public de 60 à 62 ans. Mais il fait savoir que le chemin pour y parvenir est ouvert.

Il laisse ainsi entendre que ce changement pourrait prendre un certain temps à s'opérer, que l'essentiel serait d'au moins «commencer tranquillement à bouger».

Même logique pour son désir de faire passer la pénalité applicable pour une prise de retraite anticipée de 4 % à 7,2 % par année. Si l'objectif demeure, les modalités pour y arriver, y compris le calendrier d'implantation, «restent à définir».

Martin Coiteux est parfois sibyllin, mais il indiquera durant l'entrevue que les employés du secteur public pourraient bénéficier d'un enrichissement lié à leur «performance».

«Si le secteur public améliore sa performance, et qu'il contribue à une expansion plus grande de l'économie, c'est assez normal que les employés en bénéficient.» Le ministre refusera d'en dire plus.

Martin Coiteux se doute bien que les syndicats jugeront trop timide sa première main tendue depuis le lancement de la présente série de négociations. Il les appelle néanmoins «à être des agents de changement».

L'État québécois emploie 591823 salariés si l'on compte, outre les employés à temps plein, ceux travaillant à temps partiel, les saisonniers et d'autres. Autrement dit, il emploie 494528 «équivalents à temps complet».

Les fonctionnaires lanceurs d'alerte bientôt protégés

Les fonctionnaires québécois lanceurs d'alerte seront bientôt protégés.

Martin Coiteux présentera sous peu à l'Assemblée nationale un projet de loi leur permettant de dénoncer des «actes répréhensibles» dans leur milieu de travail, tout en étant protégés contre d'éventuelles représailles administratives.

Le président du Conseil du trésor en a pris l'engagement formel lors d'une entrevue accordée au Soleil. «Le travail est suffisamment avancé pour que je puisse dire qu'il va y avoir un projet de loi», a-t-il déclaré alors qu'il était interrogé à ce sujet.

«On veut mettre en place un mécanisme par lequel des employés du secteur public témoins d'actes répréhensibles du point de vue de la bonne gestion des affaires du gouvernement, de la bonne gestion du bien public, auront un espace pour faire des dénonciations. Ils seront en même temps protégés.»

À ses yeux, il s'agit d'un «outil» lié «à la modernisation de l'État».

Idée datant de 2009

Un tel projet de loi devait être présenté par le gouvernement de Pauline Marois. Mais le temps aura manqué à l'équipe restée au pouvoir à peine 18 mois.

L'idée d'une telle loi circule depuis longtemps sur la colline parlementaire. En 2009, alors dans l'opposition, le Parti québécois avait déposé le projet de loi 196 sur «la protection des dénonciateurs du secteur public québécois». Le gouvernement de Jean Charest ne s'en était pas emparé.

Le Syndicat des professionnels du gouvernement du Québec et le Syndicat de la fonction publique et parapublique du Québec exhortent depuis longtemps les autorités gouvernementales à présenter un tel projet législatif. Le premier a même produit un document étoffé sur le sujet.

Afin d'éviter des règlements de comptes dans des milieux de travail, les dénonciations mal intentionnées ou farfelues seront punies.

Il faut permettre que soient dénoncées des irrégularités sans créer un climat malsain de dénonciations «parce que des gens voudraient régler leurs comptes avec leurs voisins de travail ou un patron», a déjà confié un interlocuteur gouvernemental.

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