Violence sexuelle de l'EI: du jamais-vu dans l'histoire de la guerre

«Les dirigeants du groupe armé EI ont compris... (Le Soleil, Yan Doublet)

Agrandir

«Les dirigeants du groupe armé EI ont compris que la meilleure façon de déshumaniser une société, c'est de s'en prendre aux femmes et aux enfants», affirme Zainab Bangura, représentante spéciale du secrétaire général des Nations Unies.

Le Soleil, Yan Doublet

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Québec) «Avec le groupe armé État islamique (EI), la violence sexuelle commise à l'égard des femmes a atteint des sommets jamais vus dans l'histoire de la guerre.»

De passage à Québec dans le cadre de la rencontre de la coalition internationale qui lutte contre le regroupement terroriste, la responsable du dossier aux Nations Unies, Zainab Bangura, témoignera des horreurs qui lui ont été rapportées lors d'un récent voyage dans les pays où l'EI sévit, afin de sensibiliser les dirigeants au drame que vivent les premières victimes des combattants islamistes.  

Des marchés publics où les femmes sont exposées nues à une liste de prix établie en fonction de leur âge en passant par un guide sur comment s'occuper des esclaves sexuels. Les hommes du groupe armé EI ont non seulement institutionnalisé la façon dont ils violent les femmes, mais, de surcroît, ils s'en vantent. 

«Dans tous les pays où j'ai eu à confronter les dirigeants sur les crimes sexuels commis sur les territoires, il y a une culture très ancrée de déni et de silence. Mais l'EI aime publiciser ses atrocités et c'est pourquoi c'est un ennemi redoutable», expose la représentante spéciale du secrétaire général des Nations Unies sur la violence sexuelle commise en période de conflits lors d'une entrevue accordée au Soleil et orchestrée par Avocats sans frontières. 

Zainab Bangura participait mercredi à une table ronde sur son sujet de prédilection, organisée conjointement par l'organisme et le ministère des Affaires étrangères, Commerce et Développement Canada (MAECD). Jeudi, elle fera une présentation du travail de son organisation auprès des délégués de la coalition internationale qui lutte contre le groupe armé État islamique (EI), réunie au Château Frontenac. «La stratégie développée pour lutter contre le terrorisme ne prend pas en considération la protection et le pouvoir que l'on souhaite donner aux femmes», regrette celle qui veut s'assurer que cette omission devienne histoire du passé. 

Histoires dégoûtantes

La tactique mise au point par la haute fonctionnaire onusienne pour y parvenir est simple : depuis son retour d'Irak et de Syrie ce printemps, elle raconte à qui veut l'entendre les histoires dégoûtantes qu'elle a entendues lors de ses rencontres avec des victimes de l'EI. Comme celle d'une jeune femme qui a été revendue à 22 reprises et recousue à chaque fois pour simuler une virginité depuis longtemps perdue. Ou encore, cette autre future mère enceinte de deux mois qui a été capturée et avortée par les moyens du bord pour l'empêcher d'avoir un descendant «infidèle». 

«Elles sont violées à répétition et harcelées parce que leurs bourreaux souhaitent qu'elles procréent. Ils veulent des enfants reproduits sur leur modèle puisque c'est de cette façon qu'ils réussiront à construire leur État», explique Mme Bangura, qui est originaire de la Sierra Leone, où elle a été ministre avant d'occuper son poste à New York avec les Nations Unies. 

Celles qui réussissent à s'enfuir mettent au monde des enfants apatrides puisque de nombreux États ne reconnaissent les naissances que par l'intermédiaire du père. «Des dizaines de milliers de bébés se retrouvent sans papiers. C'est un immense problème que nous essayons de résoudre en mettant en branle des réformes législatives», expose l'experte. 

Le problème de la violence sexuelle commise contre les femmes en temps de conflit est d'autant plus difficile à résoudre que les membres du groupe armé EI se servent de la religion pour perpétrer leurs horreurs, dénonce par ailleurs Zainab Bangura. «Mais ça n'a rien à voir avec l'islam!» s'exclame-t-elle. Cent vingt intellectuels de confession musulmane se sont même adressés aux dirigeants de l'EI pour leur laisser savoir que leurs actions n'étaient pas conformes aux enseignements de leur foi. «Mais ils n'en ont cure», se désole la représentante du secrétaire général des Nations Unies. 

«Les dirigeants du groupe armé EI ont compris que la meilleure façon de déshumaniser une société, c'est de s'en prendre aux femmes et aux enfants, renchérit-elle. Ils savent qu'aucun homme ne va pardonner à quelqu'un qui a violé sa douce moitié ou sa progéniture. Cela rend la réconciliation impossible et c'est voulu.»

Pour Mme Bangura, il n'y a qu'une façon de faire cesser les violences sexuelles et c'est de mettre un terme aux conflits et aux insécurités dans les pays touchés. «C'est pour cela que le processus de paix est extrêmement important», soutient-elle. «Nous n'avons jamais vu des acteurs non gouvernementaux avec autant de pouvoirs que l'EI. Nous ne pouvons pas utiliser les outils habituels des Nations Unies comme les sanctions internationales. Il faut trouver d'où proviennent leurs ressources pour être capables de fermer les robinets.»

La tâche est ardue, reconnaît la diplomate. Mais elle ne baisse pas les bras parce que jamais elle ne s'habituera à ce qu'elle entend. «Je ne comprends pas qu'un être humain puisse en traiter un autre de cette façon. Ça ne fait tout simplement pas de sens.»

«Si on n'en parle pas, on perd notre humanité»

Au fil des ans, la violence sexuelle à l'égard des femmes lors de conflits est devenue un des principaux chevaux de bataille d'Avocats sans frontières Canada (ASFC), un organisme sans but lucratif installé à Québec qui oeuvre dans une quinzaine de pays. 

«Ce sont des réalités très dures à comprendre. Mais si on n'en parle pas, on perd notre humanité», affirme le directeur général d'ASFC, Me Pascal Paradis. Il revient tout juste du Mali où, comme dans d'autres pays où son organisation est présente, il en a vu de toutes les couleurs. 

Lors de conflits armés, des actes de sexualité «indescriptibles» sont commis, explique-t-il. Et souvent, ceux-ci sont organisés et soigneusement planifiés. C'est notamment le boulot des avocats d'ASFC d'aider les victimes à le prouver pour que les coupables soient reconnus de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité. «Nous ne sommes pas là quand ça se tire dessus, mais pour établir les responsabilités après un conflit. Et, surtout, pour éviter que ça se reproduise», résume Me Paradis. De l'aide est ainsi fournie pour aider les femmes à retrouver, si possible, une vie normale après une agression et leur donner accès à la justice pour retrouver une certaine dignité. «C'est extrêmement difficile puisque, souvent, on va minimiser ce type de crime et on va les soupçonner d'être responsables. Elles sont revictimisées», déplore l'avocat.

Ces enjeux ont fait l'objet d'une table ronde mercredi après-midi à l'occasion du passage à Québec de la représentante spéciale du secrétaire général des Nations Unies sur la violence sexuelle commise en période de conflit, Zainab Bangura. L'événement, organisé en collaboration avec le ministère des Affaires étrangères, a attiré évidemment des avocats, mais également des chercheurs de l'Université Laval ainsi que des membres de la société civile qui s'intéressent aux questions liées à la violence des femmes. Le ministre des Affaires étrangères, Rob Nicholson, était également présent parmi la quarantaine de participants.

=> PRIX FIXÉS PAR L'EI POUR DES FILLES ET DES FEMMES CHRÉTIENNES ET YÉZIDIS 

  • Enfants de 1 à 9 ans (garçons et filles): 200 000 dinars (environ 150 $US)
  • Filles de 10 à 20 ans (appelées femmes): 150 000 dinars (environ 120 $US)
  • Femmes de 20 à 30 ans: 100 000 dinars (environ 80 $US)
  • Femmes de 30 à 40 ans: 75 000 dinars (environ 50 $US)
  • Femmes de 40 à 50 ans: 50 000 dinars (environ 40 $US)

Données fournies par le Bureau de la représentante spéciale du secrétaire général des Nations Unies sur la violence sexuelle commise en période de conflits

Partager

À lire aussi

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer