Retour de Duceppe: Beaulieu a lui-même entrepris les démarches

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Chaudement applaudi par la foule aux funérailles de Jacques Parizeau, Gilles Duceppe - accompagné de sa femme Yolande Brunelle - n'a pas voulu commenter les nouvelles le concernant.

La Presse Canadienne, Ryan Remiorz

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<p>Michel Corbeil</p>

(Québec) Mario Beaulieu a lui-même entrepris les démarches pour céder son poste de chef du Bloc québécois à Gilles Duceppe, rapporte Bernard Landry. «Il sentait que ça ne décollait pas du tout» sous sa gouverne alors que le prochain scrutin fédéral se profile à l'horizon et «des démissions de permanents se profilaient autour de Mario».

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L'ancien premier ministre péquiste Bernard Landry

La Presse Canadienne

Joint à son domicile, à Verchères, en banlieue de Montréal, l'ex-chef du Parti québécois et ex-premier ministre signale qu'il a eu vent du mouvement à venir, il y a une dizaine de jours. Ce sont les deux intéressés qui l'ont contacté au sujet du changement des rôles qui seront annoncés, aujourd'hui, en point de presse.

Un sondage commandé par le Bloc a joué un rôle déterminant. Une source signale que, sous le leadership de Mario Beaulieu, ce coup de sonde prédisait un résultat aussi catastrophique qu'en 2011 lorsque le Bloc s'est effondré en ne récoltant que quatre sièges.

Selon ces informations, le Bloc ne peut espérer décrocher que 16 % ou 17 %  des suffrages et faire mieux qu'en 2011, soit l'élection de quatre députés. Le sondeur a aussi testé le score d'un Bloc dirigé par Bernard Landry. Celui-ci aurait pu obtenir

23 % ou 24 % des voix et ramener au Parlement une vingtaine d'élus du Bloc.

La troisième hypothèse porte sur Gilles Duceppe. L'enquête d'opinion met de l'avant que les bloquistes sont alors en mesure d'espérer un soutien populaire de l'ordre de 28 % ou 29 %.

M. Duceppe peut donc rêver d'être à la tête d'une délégation pouvant compter tout près de

40 membres élus, ajoute un informateur. Avec celui-ci, poursuit-il, la campagne électorale se fera à quatre et nombre de bloquistes pourront se faufiler en récoltant 30 % des voix.

Bernard Landry confirme qu'il fait partie des noms avancés par la firme de sondage. «J'étais dans une bonne position», glisse-t-il en ajoutant aussitôt «que j'ai toujours dit non» à une aventure qui l'amènerait sur la scène fédérale.

Selon des sources bloquistes, les résultats ont été communiqués à Mario Beaulieu, il y a environ une semaine. Son chef de cabinet Luc Thériault a organisé une rencontre pour décortiquer les chiffres de l'enquête. «La journée même», M. Beaulieu a contacté Gilles Duceppe. «Je ne suis pas venu pour les honneurs, mais pour la cause», se serait fait dire l'ex-leader du Bloc.

Bernard Landry reconnaît que, sur le coup, il a été «un peu surpris. Mais dès que les nouvelles des sondages me sont parvenues, j'ai pensé qu'il se passerait quelque chose. [...] Je l'ai félicité» de s'effacer devant

M. Duceppe, au profit de la cause.

Des bloquistes et des souverainistes, dont M. Landry, ont insisté que ni Pierre Karl Péladeau, qui vient d'accéder à la tête du PQ, ni son entourage n'ont pris part aux tractations qui mettront en retrait Mario Beaulieu. L'un d'eux a tranché que le chef péquiste «n'a jamais été consulté». Tous ont nié avec insistance que MM. Péladeau et Beaulieu sont en mauvais terme.

En novembre, le péquiste a déclaré : «Le Bloc ne sert strictement à rien, sauf à justifier le fédéralisme». Dans les jours suivants, il a corrigé que la formation souverainiste à Ottawa est «tout à fait» pertinente. Son propos n'était qu'une interrogation, s'est-il défendu. Depuis la mise au point, c'était «amitié et collaboration» entre les deux souverainistes, témoigne M. Landry.

Le souverainiste au long cours ne cache pas son optimisme. Outre le sondage qui prédit des jours meilleurs pour le Bloc, il note «la reconstruction du PQ» sous Pierre Karl Péladeau. À ce sujet, il trouve «intéressants» les résultats des élections complémentaires «dans une région où nous n'étions pas champions. Les circonstances [pour le Bloc] sont assez bonnes».

Il n'a pas été possible de savoir si le parti pourra rapatrier les trois députés (sur quatre) qui ont quitté la formation ou annoncé leur départ de la politique à la suite de l'élection de Mario Beaulieu comme chef. Ils réservent leurs commentaires pour plus tard.

Le seul élu qui a déjà fait savoir qu'il sera en lice au prochain scrutin, Louis Plamondon, s'est limité à dire que «je trouve extrêmement magnanime et extrêmement généreux le geste qu'a posé M. Beaulieu. En même temps, je suis admiratif de M. Duceppe qui ose revenir une autre fois servir la cause alors qu'il avait une belle retraite dorée», a-t-il dit de celui qui reprendra du service à l'âge de 68 ans.

Le prochain chef désigné en septembre

Le Bloc québécois amendera ses règlements pour pouvoir désigner officiellement Gilles Duceppe comme son prochain chef, en septembre. Une réunion du bureau national a eu lieu, mardi soir, à Montréal, à cet effet. Une quinzaine de personnes, dont le chef sortant et le seul député bloquiste qui sera du prochain scrutin, Louis Plamondon, devaient arrêter la mécanique en vue de scinder les postes de président et de chef du Bloc. Une conférence de presse est prévue en matinée pour confirmer la marche à suivre.

À terme, Mario Beaulieu conservera la présidence. Mais il laissera sa place comme chef de la formation à celui qui a justement tenu la barre, de 1997 à 2001, du parti souverainiste oeuvrant à Ottawa, sur la scène fédérale. Rien dans les statuts du parti ne prévoit cette possibilité. Par contre, le bureau national peut modifier les règles pour autant qu'elles sont adoptées en conseil général, a-t-on expliqué. Or, cette instance se réunit à la veille des élections. Le scrutin est prévu pour octobre et le conseil général se réunira en septembre. 

Surprise, critiques... et compréhension

La députée Maria Mourani, qui a travaillé de nombreuses années avec Gilles Duceppe comme chef, s'est dite surprise par le retour de celui-ci. «Je pense que la priorité des Québécois n'est pas de vivre dans le passé», a-t-elle répété aux journalistes plus d'une fois, insistant sur le mot passé.

«Je lui souhaite bonne chance», a de son côté lancé son collègue néo-démocrate Philip Toone, rappelant que la formation politique ne compte plus que deux députés.

Pour le ministre conservateur Denis Lebel, «peu importe qui est le chef du Bloc, ce parti n'a pas de pertinence à Ottawa», a-t-il fait valoir dans une déclaration. Les Québécois «veulent des représentants à la table des décisions qui vont défendre leurs priorités», c'est-à-dire d'avoir plus d'argent dans leurs poches, des emplois stables et un gouvernement qui protège leurs familles. «Le Bloc est incapable d'offrir cela aux Québécois», a-t-il dit.

Tentant elle-même un retour en politique fédérale après avoir été battue en 2011, l'ex-députée de Beauport-Limoilou Sylvie Boucher dit comprendre l'ex-chef du Bloc québécois. «Je ne peux rien dire contre la décision de Gilles Duceppe car moi aussi j'ai perdu en 2011 et me revoilà! Je ne suis pas surprise, car quand on goûte à la politique, c'est difficile d'arrêter, c'est comme une drogue», affirme celle qui se présente cette fois dans la circonscription de Beauport-Côte-de-Beaupré-Île-d'Orléans-Charlevoix.

«Ce que je trouve étonnant cependant, c'est d'apprendre que c'est Mario Beaulieu qui a demandé à M. Duceppe de revenir. Il devait être bien désespéré pour aller le rechercher, peut-être que son charisme n'était pas assez fort», a-t-elle ajouté. La candidate estime que le retour de Duceppe à la politique active pourrait aider le Parti conservateur en divisant le vote de gauche.

Ian Bussières et La Presse Canadienne

Jean-François Fortin... (Photothèque Le Soleil, Erick Labbé) - image 4.0

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Jean-François Fortin

Photothèque Le Soleil, Erick Labbé

Retour de Fortin non souhaité dans sa circonscription

Si certains croient que Gilles Duceppe pourrait inviter l'ex-bloquiste et actuel député Jean-François Fortin à rallier les rangs du Bloc québécois, la présidente de la formation politique dans sa circonscription n'est pas du même avis. «Jamais, jamais, jamais, je n'appuierai Jean-François Fortin, réagit Francine Héon. Il a été un mauvais perdant en 2014. C'est pas parce qu'il a perdu que ça lui donne le droit de dire des méchancetés. Plus personne ne veut travailler pour lui.» Jean-François Fortin a claqué la porte du Bloc québécois en 2014 après avoir été défait lors des élections à la chefferie. Après avoir siégé comme indépendant, il a fondé le nouveau parti Forces et Démocratie. Le Bloc québécois dans Avignon-La Mitis-Matane-Matapédia, qui compte quelque 1300 membres, a perdu environ 10 % de ses adhérents après le départ de Jean-François Fortin.  

Avec la collaboration de Johanne Fournier

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