Pierre Duchesne: Jacques Parizeau «croyait vraiment réussir en 95»

Jacques Parizeau salue des partisans du Oui à... (Photo La Presse Canadienne, Jacques Boissinot)

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Jacques Parizeau salue des partisans du Oui à l'Université Laval lors de la campagne référendaire de 1995.

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(Québec) Ex-journaliste et ministre, Pierre Duchesne a rédigé une biographie non autorisée en trois tomes de Jacques Parizeau. Pour ce travail, il a rencontré l'ex-premier ministre une cinquantaine de fois, à raison de deux à trois heures par entretien.

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Pierre Duchesne

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Q D'où vient ce surnom de «Monsieur» que l'on donnait à M. Parizeau?

R Il vient d'un milieu bourgeois et il a toujours assumé ses origines. C'était un gentilhomme, d'une grande politesse, avec un certain formalisme. Il avait souvent les deux pouces dans les petites poches de ses complets trois-pièces. Il avait la posture et la stature d'un homme d'État avant même d'être premier ministre. Et il ne tutoyait personne. Le «Monsieur» rappelait à la stature de l'homme. 

Q Quelle a été sa plus grande fierté?

R Je lui ai posé la question. Étonnamment, ce n'est pas un dossier qu'il a lui-même mené. Ce dont il était le plus fier, à travers la Révolution tranquille, c'est la création du ministère de l'Éducation. Pour lui, c'était la grande réalisation du Québec contemporain [...]. La majorité des gens de plus de 26 ans au Québec au début des années 60 n'avaient pas dépassé la sixième année. Il avait peur que le Québec manque le nouveau siècle. 

Q À l'opposé, sa plus grande déception, ça demeure la défaite référendaire de 1995?

R Oui, assurément. M. Parizeau, à la différence de la culture péquiste où il y avait toujours les «victoires morales», il n'a jamais embarqué là-dedans. C'est un gagnant. Quand il perd, il perd. Et quand il gagne, il triomphe. [...] Il croyait vraiment qu'il allait réussir en 95, il a mis beaucoup de temps, fait beaucoup de sacrifices. Il s'en est remis, mais il m'avait dit que ça lui avait pris une bonne année, qu'il avait eu beaucoup de difficultés intérieures à surnager, à ne pas être noyé par la défaite.

Q Quelle serait à votre avis la plus grande qualité de l'homme?

R Sa générosité. M. Parizeau aurait pu faire autre chose avec ses compétences. Il aurait pu être un grand professeur d'université à Londres, être conseiller d'entreprise, être gouverneur de la Banque du Canada. Il a décidé de s'engager publiquement pour la population du Québec. Il faisait partie d'une élite et souvent, les élites trahissent le peuple pour maintenir leur statut de Tout-Puissant. Lui, il a dû casser avec son milieu quand il s'est engagé avec le PQ. Il a perdu tous ses amis, sa famille n'était pas d'accord. Cet homme a donné les meilleures années de sa vie pour aider les gens. Il n'a pas pris un chemin facile. 

Q À l'opposé, avez-vous pu identifier le défaut qui le caractérise le mieux?

R Un aspect qui a pu lui jouer des tours, comme il venait d'un milieu bourgeois, quelques fois, sa capacité à sentir les tendances, le flair politique, lui faisaient défaut. Ça lui a joué certains mauvais tours. C'est un homme clair qui n'avait pas la langue de bois, et quelques fois, il disait les choses et puis ça suscitait des critiques faciles. C'était un stratège, mais pas un tacticien. Parfois, dans des gestes plus courts, il pouvait commettre des erreurs parce que c'est un homme qui avait une vue d'ensemble. 

Q Qu'est-ce qui vous a marqué le plus chez lui dans l'ensemble de vos rencontres?

R C'est l'effet qu'il avait sur les gens. Il est très inspirant, très intelligent, très mobilisé. Ça vous amène à avoir le sentiment que vous n'en faites pas assez et à vous surpasser. Il n'y a pas beaucoup de personnes qui ont cet effet-là. Ce n'est ni un cynique ni un fataliste, alors il démontre qu'avec l'effort, avec le travail, on peut entreprendre de grandes réformes. C'est un effet que je n'ai pas vu chez beaucoup d'autres.

Référendum de 1995: discours de Jacques Parizeau

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