Nombreuses réactions au décès de Jacques Parizeau

Jacques Parizeau en 1995... (Archives La Presse Canadienne)

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Jacques Parizeau en 1995

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La Presse Canadienne

L'ancien premier ministre Lucien Bouchard, qui a mené la campagne référendaire de 1995 aux côtés de Jacques Parizeau, a levé son chapeau devant «le géant» qu'a été ce grand serviteur de l'État, trop brièvement premier ministre, selon lui.

Au cours d'une entrevue avec La Presse Canadienne, mardi, M. Bouchard a souligné qu'avec le décès de Jacques Parizeau, c'est un pan de mur de l'histoire contemporaine du Québec qui vient de s'abattre. M. Parizeau a été au coeur de la vie politique et économique pour deux générations de Québécois. Son départ laisse donc une sorte de vide, a-t-il ajouté.

M. Parizeau a longtemps été serviteur de l'État, comme conseiller gouvernemental, puis un puissant ministre des Finances sous René Lévesque, mais peu de temps premier ministre, a rappelé Lucien Bouchard. Comme premier ministre, M. Parizeau a manqué de temps, a soutenu M. Bouchard.

De l'épisode référendaire qu'ils ont traversé ensemble en 1995, M. Bouchard dit conserver le souvenir qu'ils poursuivaient tous deux le même objectif et que, pour ce faire, ils s'étaient entendus sur les moyens d'y parvenir.

Bernard Landry

L'ancien premier ministre Bernard Landry a salué le dévouement et la détermination de Jacques Parizeau, quelques heures après son décès.En entretien téléphonique depuis Paris, mardi, M. Landry a relaté avoir vu M. Parizeau une semaine avant sa mort. Et même sur son lit de mort, dit-il, M. Parizeau lui a parlé de politique, pour lui dire qu'«un combat aussi noble que celui de l'indépendance ne pouvait pas être abandonné et que c'était le temps de repartir avec courage et énergie, suivant ce qu'il a toujours fait».

Au plan économique, M. Landry décrit Jacques Parizeau, qui détient un doctorat du London School of Economics, comme «un très grand économiste, le plus grand du Québec contemporain».

En plus de son rôle d'influence dans la nationalisation de l'hydroélectricité et de la création de la Caisse de dépôt et placement du Québec, on lui doit notamment l'implantation du Régime d'épargne-actions dans les années 80, parce qu'il voulait que les Québécois s'intéressent à leur économie et y investissent. Des PME du Québec ont grandi grâce à Jacques Parizeau, ministre des Finances, relate M. Landry.

Comme premier ministre, M. Landry retient de M. Parizeau ses convictions inébranlables. «Comme premier ministre, il s'était engagé à faire un référendum sur l'indépendance du Québec et il l'a fait, avec Lucien Bouchard et Mario Dumont», dit-il.

Gilles Duceppe

Jacques Parizeau a été l'un des acteurs de la construction du Québec moderne, un homme de convictions, dont le projet de pays n'a cessé d'occuper ses pensées, rappelle l'ex-chef du Bloc québécois Gilles Duceppe.

M. Duceppe demandait encore l'avis ces derniers temps de l'ex-premier ministre du Québec, un «homme de grande réflexion» qui était encore actif en politique.

Il le savait malade, mais pas que sa santé s'était détériorée à ce point.

M. Duceppe a rappelé que Jacques Parizeau a récemment participé aux travaux de la commission québécoise sur l'assurance-emploi qu'il a présidée en 2013.

Il relate que l'homme s'était préparé pour ce travail dans les moindres détails, bardé de notes. Il se souviendra de lui comme d'un homme qui alliait la rigueur du professeur à la passion d'un jeune étudiant.

Travaillant pour moderniser le Québec, Jacques Parizeau a rapidement vu les limites qui étaient imposées à la province, et est devenu souverainiste à ce moment, a expliqué M. Duceppe en entrevue.

Il rappelle les créations de M. Parizeau, notamment la Régie des rentes du Québec, la Caisse de dépôt et le financement de la nationalisation d'Hydro-Québec. Devant le refus des financiers canadiens, M. Parizeau, loin de baisser les bras, a trouvé l'argent nécessaire à New York.

L'homme avait aussi un grand courage selon l'ancien leader bloquiste, notamment celui d'avoir déclenché le référendum de 1995.

Ses qualités de rassembleur ont contribué à mener le projet d'indépendance plus près du but qu'il ne l'avait jamais été, estime-t-il.

Yves Michaud

Yves Michaud, un ami personnel de Jacques Parizeau depuis les années 60, affirme que la défaite référendaire de 1995 a été «la grande tristesse de sa vie».

En entrevue mardi, quelques heures après que le décès de l'ancien premier ministre eut été annoncé, M. Michaud s'est dit «inconsolable de sa disparition» et «terriblement seul».

«Ce que je retiens de lui, c'est une larme, dans le sens qu'il a obtenu 49,55 % des voix au référendum, volé par le gouvernement fédéral. Puis Jacques a démissionné», a-t-il affirmé.

Comme indépendantiste de longue date et surtout ami de M. Parizeau, M. Michaud rapporte lui avoir plus tard demandé s'il regrettait d'avoir démissionné au lendemain de la défaite référendaire de 1995. «Un jour, je lui ai dit: "Tu aurais dû rester là" et il ne m'a pas répondu; il ne voulait pas parler de ça. Mais probablement qu'il éprouvait un certain regret», a avancé M. Michaud.

Étonnamment, ces deux hommes passionnés et entiers parlaient peu de politique et d'économie, bien que M. Michaud ait également oeuvré au Mouvement d'éducation et de défense des actionnaires, le MÉDAC. Ils parlaient de tout, partageaient des repas et s'échangeaient des bouquins. M. Parizeau était aussi «extrêmement cultivé», rapporte M. Michaud.

Au plan personnel, M. Michaud décrit aussi un homme avec «un sens de l'humour britannique et caustique».

Gilbert Paquette

De son côté, Gilbert Paquette, qui a été ministre dans le gouvernement de René Lévesque aux côtés de Jacques Parizeau qui était alors ministre des Finances, salue le véritable «phare», l'inspiration qu'a été M. Parizeau pour les indépendantistes et pour plusieurs générations.

En entrevue mardi, M. Paquette a relaté sa démission comme ministre des Sciences et de la Technologie, au milieu des années 80, à la même époque que celle de Jacques Parizeau, parce que tous les deux étaient opposés au virage du «beau risque» que voulait prendre le premier ministre René Lévesque pour donner une dernière chance au renouvellement du fédéralisme.

On a démissionné ensemble; ça crée des liens, a relaté M. Paquette.

L'ancien ministre péquiste a relevé la grande capacité intellectuelle de M. Parizeau, de même que ses dons pédagogiques, sa popularité auprès des jeunes et des étudiants. Il savait captiver son auditoire.

Comme tous ceux qui ont connu M. Parizeau, M. Paquette souligne sa détermination, ses convictions inébranlables jusqu'à la fin.

Jean Charest

L'ancien premier ministre Jean Charest, qui a affronté Jacques Parizeau lors de la campagne référendaire de 1995, en garde le souvenir d'un adversaire coriace et solide.

Au cours d'une entrevue avec La Presse Canadienne, mardi, quelques heures après le décès de l'ancien premier ministre péquiste, M. Charest s'est rappelé de cette époque, l'épisode le plus intense de leur vie politique respective.

M. Charest a aussi rappelé la force de Jacques Parizeau, qui, comme ministre des Finances, avait donné sa crédibilité économique au gouvernement péquiste de René Lévesque.

L'ancien premier ministre libéral a décrit M. Parizeau comme «un des architectes du Québec moderne», lui qui a contribué à édifier la Caisse de dépôt et placement du Québec, la Régie des rentes du Québec et la Société générale de financement.

Un grand homme d'État

L'un de ses plus proches collaborateurs, qui fut un temps candidat à la direction du Parti québécois, Jean-François Lisée, lui a rendu hommage sur Twitter, en le liant aux «trois faiseurs d'histoire» avec l'ancien premier ministre René Lévesque et Camille Laurin, le père de la Charte de la langue française.

Son biographe Pierre Duchesne a simplement noté que «le combattant est allé se reposer».

Un autre témoignage est venu du petit-fils de M. Parizeau.

«Mon grand-père était un homme incroyable, il m'a beaucoup apporté, a écrit son petit-fils Hadrien, qui a suivi les traces de son aïeul au sein du mouvement indépendantiste. Les conseils qu'il m'a donnés, lors des inoubliables moments passés avec lui, continueront à me guider à jamais. Merci Grand-papa.»

Le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, un ancien ministre péquiste, a offert ses condoléances à ce «grand homme d'État avec qui j'ai eu le privilège de discuter souvent de l'économie du Québec».

Citations

«Il a été l'un des meilleurs ministres des Finances que le Québec a jamais connus. Un homme intègre, compétent et convaincu. Je respectais ses convictions pour la cause (indépendantiste).»

Sam Hamad
ministre du Travail, de l'Emploi et de la Solidarité sociale

«Jacques Parizeau était un visionnaire qui a eu l'audace de sortir des sentiers battus et de contribuer à doter le Québec de leviers économiques, comme la Régie des rentes du Québec et de la Caisse de dépôt et placement...»

Jean-François Fortin
chef de Forces et Démocratie

«En jetant les bases d'institutions publiques comme la Caisse de dépôt et placement du Québec et la Société générale de financement, et en créant le Régime d'épargne-actions, il a essentiellement permis la création du Québec inc.»

Françoise Bertrand
présidente-directrice générale de la Fédération des chambres de commerce du Québec

«Monsieur Parizeau a été l'un des principaux architectes de l'État québécois moderne et un allié de premier plan du milieu municipal.»

Suzanne Roy
présidente de l'Union des municipalités du Québec et mairesse de Sainte-Julie

Le maire de Montréal Denis Coderre a annoncé que les drapeaux de la ville de Montréal aussi seraient en berne «par respect pour monsieur Parizeau». Il a qualifié l'ancien premier ministre de «l'un des grands serviteurs du Québec». Il a ajouté avoir «toujours respecté l'homme public et l'homme de conviction qu'il était».

Mario Dumont, ancien chef du parti Action démocratique du Québec, qui avait fait campagne aux côtés de Jacques Parizeau pour le référendum de 1995, a salué son «sens de l'État» et l'a qualifié de véritable «encyclopédie sur le Québec». De même, il a souligné ses «convictions profondes, son respect des humains et des institutions».

Par voie de communiqué, la Société Saint-Jean-Baptiste a transmis ses hommages. Intitulé «Reposez en paix, Monsieur», le texte signé par le président général de la Société, Me Maxime Laporte, souligne «l'homme politique extraordinaire» qu'il aura été. «Il fut sans conteste l'un des plus importants bâtisseurs du Québec moderne, ce même Québec que certains politiciens ordinaires s'affairent aujourd'hui à démolir.»

Avec Normand Provencher

Hommage des politiciens fédéraux

Un «politicien d'envergure» doté d'un «rare sens de l'État» dont le départ laisse «un sentiment de vide»: des politiciens fédéraux de tous les horizons ont eux aussi rendu hommage mardi à l'ancien premier ministre québécois Jacques Parizeau.

Le premier ministre du Canada, Stephen Harper, s'est tourné vers Twitter pour offrir en son nom, celui de son épouse et de tous les Canadiens, ses plus sincères condoléances à la famille et aux amis de M. Parizeau.

Son ministre de la Sécurité publique, Steven Blaney, a évoqué sur le même réseau social la disparition d'un «politicien québécois d'envergure», que l'on surnommait d'ailleurs «Monsieur».

Le ministre québécois Christian Paradis a écrit sur Twitter qu'il offrait ses sympathies à la famille et aux proches d'un homme qui aura «servi le Québec avec passion».

Le chef de l'opposition officielle à Ottawa, Thomas Mulcair, a quant à lui salué le départ d'«un homme avec un rare sens d'État».

De son côté, le chef du Parti libéral du Canada (PLC), Justin Trudeau, a offert ses «sincères condoléances» sur le réseau social, mardi matin.

En entrevue téléphonique avec La Presse Canadienne, le député libéral Stéphane Dion a rendu hommage à l'ex-chef du Parti québécois, un «adversaire intellectuel fort intéressant».

«Il vous tenait toujours sur le qui-vive, il amenait toujours des arguments nouveaux auxquels personne n'avait pensé, et en ce sens-là, il va beaucoup nous manquer», a-t-il exposé.

Dans le camp bloquiste, on a parlé d'une «profonde tristesse», d'un «sentiment de vide, de perte, et une immense gratitude» face à ce décès.

«De la nationalisation de l'hydroélectricité au référendum de 95, du budget de l'an 1 au plus grand ministre des finances que le Québec ait connu, de la Caisse de dépôt aux carrefours jeunesse-emploi, Jacques Parizeau a fait progresser tous les aspects de la société québécoise.»

Mario Beaulieu
chef du Bloc québécois
L'auteur-compositeur-interprète Jacques Michel était de passage à Québec,... (Le Soleil, Patrice Laroche) - image 11.0

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L'auteur-compositeur-interprète Jacques Michel était de passage à Québec, mardi.

Le Soleil, Patrice Laroche

Jacques Michel: «Il devrait nous servir d'exemple»

Souverainiste convaincu, Jacques Michel a commenté mardi le décès de Jacques Parizeau en revenant au texte de sa chanson Vodka Cola : «Quand par bonheur une nation aspire à sa libération, ils lui rationnent les provisions, ils la menacent d'inanition», a cité l'auteur-compositeur-interprète. «Ça dit : on va t'éteindre, tu vas la fermer, ta gueule. Eh bien on vient d'en perdre un qui ne se l'est pas fermée. Il devrait nous servir d'exemple», a souligné le chanteur, qui a milité activement au sein du Parti québécois dans les années 70. S'il ne l'a pas côtoyé de près, Jacques Michel se souviendra de M. Parizeau comme d'un «grand homme». «Je n'appelle pas ça un politicien, j'appelle ça un homme d'État, a-t-il précisé. C'est plus que de la politique. On peut faire abstraction des partis politiques. Ç'a été un grand homme pour le Québec.» 

Avec Geneviève Bouchard

La ministre de la Culture et des Communications,... (Le Soleil, Patrice Laroche) - image 12.0

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La ministre de la Culture et des Communications, Hélène David

Le Soleil, Patrice Laroche

À la Culture pendant six mois

La ministre de la Culture et des Communications, Hélène David, a profité de l'annonce du partenariat entre la Manif d'art et le Musée national des beaux-arts pour rendre un bref hommage à Jacques Parizeau. «M. Parizeau avait la passion du Québec et comme pour tout ce qui touchait notre avenir commun, il accordait une grande importance aux artistes et aux professionnels qui portent très haut le désir d'excellence», a déclaré Mme David, rappelant que Jacques Parizeau a été ministre de la Culture pendant six mois, alors qu'il était également premier ministre. Celle-ci ne l'a pas vraiment fréquenté, mais a connu son frère Robert, «qui est un homme très engagé. Je pense que c'était aussi une famille très engagée», note-t-elle, ajoutant que son père et ses frères ont fréquenté le Collège Stanislas, dans Outremont, tout comme les Parizeau. 

Avec Josianne Desloges

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