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Le cirque, selon Legault

Le chef de la CAQ, François Legault... (La Presse Canadienne, Jacques Boissinot)

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Le chef de la CAQ, François Legault

La Presse Canadienne, Jacques Boissinot

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(Québec) François Legault n'a fâché personne en comparant la période des questions à un cirque. Surtout pas ses collègues de l'Assemblée nationale.

C'est qu'ils pensent à peu près tous comme lui. Effets de toge, fausses indignations, superlatifs, raccourcis de toutes sortes. Tout est bon pour tenter de faire sa place dans les médias, pour passer à la télé.

À qui la faute? Aux autres! Le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ) a d'abord expliqué que ce cirque vient du fait que le premier ministre et les ministres ne répondent pas aux questions des partis d'opposition.

Philippe Couillard a semblé lui donner raison deux jours plus tard lorsqu'il a éludé celles portant sur sa candidate dans la circonscription de Chauveau, Véronyque Tremblay. Mme Tremblay s'oppose à des décisions du gouvernement.

Mais élargissons. Tous les partis d'opposition reprochent toujours aux gouvernements d'éluder les questions. Notons que ce n'est pas la «période des réponses», mais la «période des questions»...

Les libéraux accusaient les ministres de Pauline Marois de répondre à côté de la plaque lorsqu'ils ont fait un détour par l'opposition de l'automne 2012 à avril 2014.

LA STABILITÉ

Relancé par les journalistes, lundi, François Legault a admis que ce théâtre était aussi dû aux partis d'opposition, qu'ils en portent une part de responsabilité. Quels qu'ils soient, ils cherchent à faire «mal paraître» le gouvernement.

Mais plongeons plus à fond dans les propositions de M. Legault visant à rénover nos institutions démocratiques, notamment par l'implantation d'un mode de scrutin «proportionnel mixte».

Changeraient-elles le ton à l'Assemblée nationale si elles voyaient le jour? Pas certains, disent les experts consultés. Ce ton est d'abord une affaire d'attitude individuelle.

Accroîtraient-elles le taux de participation aux élections, entendu que les voix des citoyens seraient mieux représentées au sein du Parlement québécois? Sans doute dans un premier temps, mais guère plus, pensent aussi des experts.

Feraient-elles fléchir le niveau de «cynisme» à l'égard des responsables politiques?

François Legault pense que oui. Car un mode de scrutin proportionnel déboucherait presque inévitablement sur des gouvernements minoritaires. Une situation qui, parce qu'elle serait anticipée, aboutirait en fait à la formation de gouvernements de coalition. Et qui dit «coalition», dit «collaboration», explique le chef caquiste.

Il fait valoir qu'«en Allemagne et en Écosse, on a ajouté un élément de proportionnalité, puis on a vu une plus grande collaboration entre les partis politiques. C'est ce que souhaitent les Québécois : une plus grande collaboration entre les partis».

Philippe Couillard, lui, ne croit pas qu'un autre mode de scrutin entamerait le niveau de désabusement des citoyens. Il pense même le contraire.

«Une des choses alimentant le cynisme, c'est l'incapacité des gouvernements successifs à prendre des décisions nécessaires avec courage et détermination. Je crois que ce que nous faisons actuellement est une arme puissante pour lutter contre le cynisme.»

Le chef du gouvernement apprécie la «stabilité» induite par le mode de scrutin actuel. Celui-ci ne contraint pas les gouvernements à retourner devant l'électorat à tout bout de champ, dit-il.

UN SERPENT DE MER

La CAQ a surpris en présentant 10 propositions ayant l'ambition de «dépoussiérer» les institutions démocratiques.

À l'instar de Québec solidaire, elle croit désormais que les électeurs devraient voter pour des candidats dans des circonscriptions et pour d'autres, qui eux seraient élus à partir de listes régionales.

Les distorsions inhérentes à notre système actuel, celui du «mode uninominal majoritaire à un tour», ont fait trop de dégâts, dit le chef caquiste. En avril 2014, le Parti libéral du Québec a obtenu 56 % des sièges à l'Assemblée nationale alors qu'il a décroché 42 % des votes. En 1998, le Parti québécois a pris le pouvoir alors qu'il avait obtenu moins de voix que les libéraux!

La CAQ propose aussi de permettre aux électeurs de voter par Internet. Elle suggère également qu'une commission parlementaire entende les initiateurs de toute pétition recueillant plus de 10 000 signatures.

De l'avis général, le document élaboré par le député caquiste Benoit Charette est étoffé. Il faut dire qu'il a consulté une personnalité convaincue, soit l'ex-président de l'Assemblée nationale et ex-élu du Parti québécois, Jean-Pierre Charbonneau.

M. Charbonneau n'attendait pas la CAQ de ce côté. Il s'en étonne et s'en montre ravi. Ses mots sont cependant durs à l'endroit du Parti libéral du Québec et du Parti québécois. Tous deux ont déjà soutenu que le mode de scrutin devait être revu. Mais ils n'ont jamais rien entrepris pour le modifier. Les actions n'ont pas suivi les paroles.

Ce dossier est un serpent de mer. Il est insaisissable. Il réapparaît à la surface de l'eau de temps en temps avant de replonger dans les profondeurs de l'océan politique.

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