Harper élargit la mission en Irak contre l'EI à la Syrie

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En plus des six CF-18, de deux appareils de surveillance, d'un avion de ravitaillement et de 600 soldats canadiens qui participent aux bombardements du haut des airs, une soixantaine de militaires canadiens sont au sol en Irak

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Mélanie Marquis
La Presse Canadienne
Ottawa

Le Canada «tombe dans le piège» de Bachar el-Assad en étendant à la Syrie sa mission militaire contre le groupe armé État islamique (ÉI), prévient l'opposition à Ottawa.

Le premier ministre Stephen Harper a plaidé la cause en faveur de la prolongation et de l'expansion de la mission canadienne, mardi, confirmant que celle-ci se transporterait en Syrie pour une durée pouvant aller jusqu'à un an.

Dans son discours aux Communes, il a insisté sur l'importance de déborder de la frontière irakienne pour étendre les bombardements aériens au territoire syrien, où se trouve la capitale autoproclamée du «soi-disant califat», Raqqa.

«Les combattants de l'ÉI et une grande partie de son équipement lourd passent librement la frontière irakienne jusqu'en Syrie en partie pour s'assurer une meilleure protection contre nos frappes aériennes. Nous croyons que l'ÉI ne devrait plus pouvoir trouver refuge en Syrie», a-t-il dit.

Et le gouvernement Harper mènera ces frappes sans chercher à obtenir le consentement explicite de Bachar el-Assad, comme le font des alliés de la coalition, dont les États-Unis, a spécifié le premier ministre.

Son plaidoyer n'a pas convaincu les partis d'opposition.

Réactions

On savait que le Nouveau Parti démocratique (NPD) allait s'opposer à un prolongement de la mission, et le Parti libéral a finalement indiqué mardi, en Chambre, qu'il ne se rangerait pas non plus derrière la motion.

Le nouveau front syrien qui s'ouvre en vertu de celle-ci a été décrié par les dirigeants des deux formations politiques.

Le chef néo-démocrate Thomas Mulcair a affirmé qu'une intervention militaire en Syrie allait «aider le régime syrien» et son controversé président, un «dictateur de la pire espèce, un criminel de guerre qui cible sa propre population avec des armes chimiques».

Son porte-parole en matière d'affaires étrangères, Paul Dewar, a plus tard accusé le gouvernement de se laisser berner par l'homme fort de Damas, sous qui un soulèvement populaire a fini par se transformer en sanglante guerre civile.

«El-Assad tend un piège et on tombe directement dedans», a-t-il laissé tomber en point de presse, à l'issue des discours en Chambre.

«On a entendu au comité des affaires étrangères des experts nous décrire comment el-Assad instrumentalise l'ÉI pour servir ses propres intérêts. Il a permis à l'ÉI d'entrer là où l'Armée syrienne libre [opposée à son régime] était implantée», a déploré M. Dewar.

Le Parti libéral du Canada (PLC) nourrit aussi de sérieuses inquiétudes concernant les bombardements qui seront menés dans le ciel syrien. Ceux-ci pourraient «très bien consolider le pouvoir d'el-Assad en Syrie», a prévenu le chef de la formation politique, Justin Trudeau.

L'opposition du NPD et du PLC n'empêchera le gouvernement d'aller de l'avant - les troupes de Stephen Harper n'ont besoin ni de leur appui, ni de celui de la Chambre des communes afin de poursuivre le déploiement militaire dans la région.

Les députés débattront tout de même de la motion à compter de jeudi au Parlement.

Doléances

Mais déjà, néo-démocrates et libéraux ont largement exposé leurs doléances, qui s'apparentent à celles que l'on avait entendues en octobre dernier, lors de la discussion sur la mission initiale d'une durée de six mois.

L'opposition estime notamment que le Canada devrait accorder plus d'importance à l'aide humanitaire pour les victimes de l'ÉI et les réfugiés de la région.

Le premier ministre Harper a cependant soutenu pendant son discours que «nous n'avons pas à choisir entre lutter contre le soi-disant État islamique et aider ses victimes».

La motion, déposée par le gouvernement, réitère qu'il n'est pas question d'envoyer des troupes de combats au sol.

En plus des six CF-18, de deux appareils de surveillance, d'un avion de ravitaillement et de 600 soldats canadiens qui participent aux bombardements du haut des airs, une soixantaine de militaires canadiens sont au sol en Irak.

Leur mission officielle est de former et conseiller l'armée irakienne et les combattants kurdes dans leur lutte contre l'ÉI.

Or, les soldats canadiens ont essuyé des tirs de l'ÉI et un militaire canadien, Andrew Doiron, a été tué, par erreur, par les Kurdes, à quelques mètres de la ligne de front.

L'opposition n'a pas manqué de le rappeler, accusant le gouvernement de faire preuve d'opacité à l'égard des Canadiens lorsque vient le temps de rendre des comptes sur cette mission.

Et si les néo-démocrates prennent le pouvoir à l'issue du scrutin prévu le 19 octobre, ils rapatrieront les troupes canadiennes, a de nouveau promis Thomas Mulcair.

Le PLC a refusé de prendre un tel engagement.

La porte-parole libérale en matière de défense, Joyce Murray, a commencé par dire qu'un éventuel gouvernement du PLC serait lié par la décision du Parlement - ce qui est incorrect - avant de se raviser et de plaider que tout cela n'était que spéculation.

«Une fois que cette mission sera terminée, nous prendrions une approche très différente», s'est-elle contentée d'offrir.

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