Entrevue avec le président islandais: le pari vert du pays blanc

Le président de l'Islande, Ólafur Ragnar Grímsson... (Photo Le Soleil, Erick Labbé)

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Le président de l'Islande, Ólafur Ragnar Grímsson

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(Québec) Les Québécois n'avaient probablement jamais entendu parler d'Ólafur Ragnar Grímsson. Cette semaine, ils l'ont découvert après qu'il eut fait les manchettes avec son plaidoyer en faveur de l'indépendance des pays. Ce politicien issu du monde universitaire est connu internationalement pour sa lutte contre les changements climatiques et son engagement pour l'Arctique. À la tête du pays des volcans et des glaciers depuis 1996, il était de passage à Québec cette semaine pour recevoir un doctorat honorifique de l'Université Laval, participer à une conférence sur le Nord et rencontrer le premier ministre Philippe Couillard. Le Soleil s'est entretenu avec lui.

S'il refuse de commenter la position canadienne à l'égard du réchauffement de la planète, le président de l'Islande, Ólafur Ragnar Grímsson, étaye volontiers la sienne. «Pas besoin de courir les conférences internationales pour comprendre que les changements climatiques sont bien réels. Il suffit d'habiter un pays comme le mien pour s'en rendre compte!»

Chaque année, l'Islande et son voisin le Groenland ont la désagréable surprise de voir apparaître de nouveaux lacs et de nouvelles rivières. Selon M. Grímsson, les populations des territoires de l'Arctique sont aux premières loges lorsque les glaciers ont trop chaud et se liquéfient. Et leurs témoignages sont aussi importants que n'importe quelle étude scientifique menée sur le sujet, renchérit le président islandais en entrevue au Soleil

Les États touchés par la fonte des glaces, comme le Canada, les États-Unis, la Russie ou l'Islande, ont ainsi le devoir, selon lui, de porter la voix de ces «victimes» pour dire que leur environnement se dégrade. «C'est la même histoire partout», se désole Ólafur Ragnar Grímsson, qui a notamment voyagé en Chine et au Bhoutan, où des villageois lui ont aussi raconté les ravages causés par l'eau provenant de glaciers fondus. 

S'il montre du doigt les politiques énergétiques «qui ont un impact sur l'environnement» et adoptées aux quatre coins du monde, le président du pays des volcans ne blâme pas ses homologues qui en sont à l'origine, puisque, répète-t-il, «je n'ai pas de leçon à donner à personne». Pourtant, l'Islande est considérée comme un modèle, puisque l'énergie consommée par ses habitants est 100 % renouvelable grâce à la géothermie et à l'hydroélectricité. 

«Beaucoup de gens pensent que cela est le résultat d'une vision gouvernementale, d'un plan formulé il y a 30 ou 40 ans. Je dois les décevoir parce qu'en réalité, toutes les décisions ont été prises en fonction de notre propre intérêt économique», relate-t-il. Ólafur Ragnar Grímsson demeure néanmoins fier d'avoir su prouver qu'une économie basée sur l'énergie propre pouvait aussi permettre de brasser de bonnes affaires. «C'est d'ailleurs une des raisons pour lesquelles, par exemple, Rio Tinto opère des alumineries sur notre territoire [...]. Pour nous, les énergies renouvelables ont non seulement permis aux ménages d'économiser beaucoup d'argent, mais ont aussi permis d'attirer d'importants investisseurs étrangers.»

Et le pétrole?

Une ombre se dessine dans ce tableau vert. L'Islande a accordé pour la première fois en 2013 deux licences d'exploration à des pétrolières pour ne pas manquer le bateau si d'importantes ressources en hydrocarbures étaient découvertes en haute mer dans ce coin du monde. Le président n'aime visiblement pas en discuter. «La seule chose que nous avons faite pour l'instant, c'est d'octroyer des permis», répond-il lorsque questionné sur le sujet. «Nous aurons bien sûr un débat [si du pétrole était trouvé], et il sera difficile», admet M. Grímsson. «Mais je ne vois pas l'intérêt d'en parler maintenant», ajoute-t-il, soulignant qu'aucune mine d'or noir n'a encore été découverte. 

Il préfère nettement discuter de coopération entre les États arctiques qui, malgré les problèmes politiques en Russie, ont pu se poursuivre rondement selon lui. L'initiateur du forum international Arctique Circle croit que c'est parce que les acteurs ont réalisé à quel point l'enjeu était important pour leur avenir. 

Au-delà des relations diplomatiques, Ólafur Ragnar Grímsson rappelle le rôle de premier plan que jouent les universités dans la recherche sur l'Arctique et qui «prennent désormais part au dialogue». Le politologue de métier à la tête de l'Islande depuis 1996 a d'ailleurs reçu un doctorat honorifique de l'Université Laval, qui organisait cette semaine avec Québec le Symposium international sur le développement nordique.

Rien de personnel

Le président de l'Islande, Ólafur Ragnar Grímsson, dit avoir été «un peu surpris» que son passage à l'Assemblée nationale aboutisse à la présentation d'une motion par les partis d'opposition. Et il assure n'avoir pas du tout «pris personnel» le refus des libéraux de la cautionner. 

Proposée mercredi par Québec solidaire et appuyé par le Parti québécois et la Coalition avenir Québec, elle soulignait la visite du président et lui transmettait «l'admiration» de l'Assemblée nationale pour le peuple islandais en raison de son succès économique depuis la crise financière de 2008.

Contrairement à de nombreux pays européens, l'Islande a refusé de se soumettre à des politiques d'austérité alors que son économie était fortement secouée. Le gouvernement a même consulté ses citoyens par référendum pour leur demander s'ils souhaitaient que l'État assume la dette d'une banque en faillite. Ceux-ci ont rejeté la proposition en bloc. 

 Les libéraux ont refusé de débattre la motion au moment où le dignitaire islandais avait quitté les lieux, créant selon le député Amir Khadir une «bourde diplomatique». «J'ai été un peu surpris que ma visite de courtoisie au parlement aboutisse à la présentation d'une motion, mais cela fait partie de la scène politique québécoise et cela n'a rien à avoir avec mes actions ou ma relation constructive avec le premier ministre du Québec», a souligné Grímsson. «Je ne prends jamais ce qui se passe au Parlement, le mien ou d'autres, de manière personnelle. Allons donc!» s'est-il exclamé. 

Le président, qui a aussi été sous le feu des projecteurs en raison de son plaidoyer en faveur de l'indépendance qu'il a livré alors qu'il était aux côtés de Philippe Couillard, croit par ailleurs qu'on ne peut jamais gagner «lorsque les médias détournent les mots». «C'est certain que le président d'un pays indépendant va répondre que l'indépendance est positive si on lui pose la question. Ce n'est pas une nouvelle. C'en aurait été une si j'avais dit l'inverse!»

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