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Le mois horribilis

Le mois de février a été rien de... (Photo Patrice Laroche, archives Le Soleil)

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Le mois de février a été rien de moins qu'horribilis pour le gouvernement Couillard. Les controverses se sont poursuivies jusqu'au départ forcé d'Yves Bolduc, jeudi.

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(Québec) Au sommet de la hiérarchie gouvernementale, à Québec, on espère que la relâche parlementaire de deux semaines permettra d'accorder les violons, de jouer un peu plus comme un orchestre. De se ressaisir.

Le mois de février a été rien de moins qu'horribilis pour le gouvernement de Philippe Couillard.

Tout a commencé le 6 février par le recours à la procédure du bâillon parlementaire pour forcer l'adoption du projet de loi de Gaétan Barrette sur la restructuration du réseau de la santé. Les controverses se sont poursuivies jusqu'au départ forcé d'Yves Bolduc, jeudi.

Entre les deux, les Québécois ont été témoins d'errements de certains ministres. Et de la décision du cabinet du premier ministre d'y mettre fin, d'imposer des restrictions aux mêlées de presse non préparées.

Il y a aussi eu ce candidat libéral, engagé dans l'élection partielle de Richelieu, qui s'est dit favorable mardi à «l'interdiction de signes religieux ostentatoires dans l'espace public professionnel»! Pas précisément la vision de sa formation politique. Quand ça va mal...

Les partis d'opposition ont eu à boire et à manger. Lorsque les projecteurs ne sont pas braqués sur eux, ils se délectent.

Au sein du gouvernement, de fil en aiguille, une vraie nervosité est apparue. Nervosité. C'est autre chose que la tension - normale celle-là - qui peut découler de journées éprouvantes.

Des apparatchiks libéraux ont bien vu que les difficultés émanent souvent de ministres «faibles», peu assurés dans leurs paroles et dans leurs actes.

Mais aussi, et c'est une constatation importante pour eux, de ministères et de missions où des décisions tardent à être prises, où l'on paraît tergiverser. Ils pensent au monde de l'éducation et à ses commissions scolaires ou à la fameuse «neutralité religieuse» de l'État, par exemple.

Les débats sont vigoureux sur les effets réels ou craints des compressions. Mais au moins, analyse-t-on, les Martin Coiteux et compagnie ont des réponses à fournir à leurs adversaires. Les débats peuvent s'engager. Les Coiteux et les autres ne convaincront pas leurs adversaires syndicaux. Mais ils peuvent conserver ou aller chercher l'appui de citoyens.

Un cap à fixer et à maintenir. Et des réponses à fournir... C'est ce qu'on a négligé dans certaines sphères gouvernementales.

Raison d'État

Yves Bolduc a été victime de sa propre turpitude, dit-on sur la colline parlementaire, mais également de la «raison d'État».

Il y a quelques jours, le premier ministre Philippe Couillard en était arrivé à la conclusion que la situation deviendrait plus grave et plus périlleuse en le gardant au Conseil des ministres qu'en le poussant vers la porte de sortie.

Il aurait préféré attendre à juin avant de remanier son équipe, mais patienter jusque-là était désormais devenu trop risqué. Tout report de cette décision aurait fait du tort à l'ensemble du gouvernement.

Raison d'État : les objectifs poursuivis doivent être plus grands que les personnes chargées de les atteindre.

On ne laisse pas couler un navire en raison des maladresses, des faux pas et des erreurs de jugement d'un des matelots.

D'autant que Philippe Couillard jugeait Yves Bolduc «brûlé», désormais incapable de faire avancer des dossiers aussi importants que celui de l'avenir des commissions scolaires; brûlé auprès de ses interlocuteurs du monde de l'éducation.

La raison d'État s'est mêlée à la raison tout court.

L'équipe gouvernementale a jusqu'à la mi-mars pour refaire ses marques. Déjà, hier, Philippe Couillard, dans sa longue conférence de presse, a cherché à tirer un trait sur les récents déboires. Son ton appelait ses troupes au ressaisissement.

Rien n'interdit cependant de croire qu'il y aura un autre «ajustement» ministériel dans la seconde moitié de juin, voire un vrai remaniement.

Mission royale

Six ministres et un premier ministre en mission en France dans les prochains jours! Difficile à vendre dans l'opinion publique en période d'austérité budgétaire.

Et ce, même si la dépense est relativement minime par rapport au budget total de l'État québécois et que la note sera en bonne partie acquittée par Paris.

Ce qui a particulièrement fait mal aux libéraux dans cette histoire est l'admonestation en règle servie par le Parti québécois. Un coup qu'ils n'avaient pas anticipé.

Ils savaient par contre que la Coalition avenir Québec bondirait, ce qu'elle a fait.

«Il faut remonter aux années 70 pour avoir six ministres plus le premier ministre pour aller en mission internationale, alors que vous coupez les familles, alors que vous coupez les régions», a fustigé le péquiste Alain Therrien avec un doigt accusateur.

M. Couillard a été piqué au vif. «Eux», les péquistes, «en 18 mois au pouvoir ont fait 21 visites ministérielles en France».

N'empêche. Les symboles sont importants. Le premier ministre l'a lui-même reconnu, hier, en soulignant que son conseil des ministres compte désormais un ministre de moins.

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