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Monnaie et armée du Québec?

De nombreux péquistes ont sursauté lorsque Pauline Marois... (La Presse, Martin Chamberland)

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De nombreux péquistes ont sursauté lorsque Pauline Marois a laissé tomber, lors de la dernière campagne électorale, qu'un Québec indépendant conserverait le dollar canadien et qu'aucune frontière ne le séparerait du reste du Canada.

La Presse, Martin Chamberland

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(Québec) Le plus dur pour le Parti québécois ne sera jamais de réaffirmer sa foi en la souveraineté. Sa vraie difficulté sera de définir les contours du projet qu'il veut proposer aux Québécois. Car il y a souveraineté et souveraineté, observe un péquiste qui a vu pleuvoir et neiger.

Une monnaie commune avec le reste du Canada? Une armée commune? Oui? Non? Quel type de frontières? Des institutions en partage? Lesquelles?

Ces questions sont éludées depuis une vingtaine d'années. Pourquoi? Notamment parce que les élus et les militants - et aujourd'hui les candidats à la direction du parti - n'épousent pas la même vision des choses.

De nombreux péquistes ont sursauté lorsque Pauline Marois a laissé tomber, lors de la dernière campagne électorale, qu'un Québec indépendant conserverait le dollar canadien et qu'aucune frontière ne le séparerait du reste du Canada.

Tous les péquistes ne voyaient pas les choses du même oeil. Et de nombreux autres ignorent aujourd'hui quelles réponses fournir à ces questions.

Puisque tous soutiennent que le Parti québécois doit être plus «clair», son prochain chef ne pourra faire l'économie de ce débat. Il devra dessiner les paramètres de ce que serait la souveraineté du Québec.

S'il devait y avoir un troisième référendum, les Québécois voudront pouvoir se prononcer en toute connaissance de cause sur les objectifs poursuivis par le Parti québécois.

Les militants, les élus et les apparatchiks péquistes seront réunis à Laval samedi et dimanche. Ils approuveront une déclaration réaffirmant l'objectif de l'indépendance et les valeurs sociales-démocrates du parti.

Au cours des prochaines semaines, Pierre Karl Péladeau, Alexandre Cloutier, Bernard Drainville, Martine Ouellet et Pierre Céré discuteront des avantages de leur option et des stratégies qu'ils entendent mettre en place pour convaincre une majorité de Québécois d'y adhérer. Ils débattront du degré de leur engagement et de leur «plan» respectif pour parvenir à l'indépendance. 

En 2008, Pauline Marois disait que son parti poserait des «gestes de souveraineté» avant la tenue d'un éventuel troisième référendum dès lors qu'il serait porté au pouvoir.

Il y avait déjà eu l'«étapisme» de René Lévesque et de Claude Morin, les discussions sur l'élection référendaire, le volontarisme et la clarté de Jacques Parizeau, les «conditions gagnantes» de Lucien Bouchard, le référendum «le plus tôt possible» de Bernard Landry et d'André Boisclair, la «gouvernance souverainiste» et «le référendum au moment jugé approprié» de Mme Marois.

Mais quid des contours du projet? Au Parti québécois, plusieurs pensent qu'il faudrait préciser ou définir à nouveau le modèle de souveraineté à proposer aux Québécois. Ils rappellent que dans un monde interdépendant, les souverainetés sont à géométrie variable, différentes d'un pays à l'autre. Car, au-delà du mot souveraineté, il y a ce qu'il recouvre concrètement.

La crainte d'une fuite

Qu'elle vise à arracher la direction d'un parti ou autre chose, une bataille dépend toujours beaucoup des moments choisis pour poser tel ou tel geste.

Il y a quelque temps déjà que la députée Véronique Hivon avait arrêté son choix. Et que l'équipe d'Alexandre Cloutier savait qu'elle lui accorderait son appui. Tout ce qui restait à déterminer était le moment où cet appui serait annoncé.

Lorsque tout n'était pas encore ficelé, on craignait qu'une fuite médiatique fasse tout capoter. Par la suite, qu'une fuite rende l'annonce moins étincelante.

Chez le député Alexandre Cloutier, on a voulu faire les choses en grand. C'est pourquoi on a choisi l'Observatoire de la capitale, situé au 31e étage de l'édifice Marie-Guyart.

Pas sa tasse de thé

Les experts ont sans doute raison de dire que les discours le moindrement controversés violeraient la Charte québécoise des droits et libertés si celle-ci était revue et corrigée comme le souhaite la Coalition avenir Québec (CAQ).

Mercredi, le chef François Legault et la députée Nathalie Roy ont proposé l'ajout d'un article à la Charte. Il «interdirait à toute personne d'encourager, notamment par des enseignements, des prêches ou la production et la diffusion de matériel, le déni des droits et libertés reconnus à tous les Québécois». La CAQ dit viser l'intégrisme religieux, mais sa proposition viserait de facto plus largement.

Les autres partis ne donneront pas leur aval à une telle proposition. Elle heurterait de plus la définition que la Cour suprême donne à la liberté d'expression.

L'objectif de François Legault est d'exister dans ce délicat débat opposant libéraux et péquistes. Il espère gagner des points dans l'opinion publique. Mais il veut surtout ne pas en perdre parce que son parti se trouverait coincé entre eux.

On peut croire François Legault lorsqu'il affirme que «la priorité de la CAQ, c'est l'économie». Ce débat sur l'intégrisme n'est pas sa tasse de thé.

Notons que Philippe Couillard refuse toujours de dénoncer l'«intégrisme». Il dénonce l'«extrémisme», le «radicalisme» et les «dérives religieuses».

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