L'austérité coûte plus cher en région

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<p>Michel Corbeil</p>

(Québec) Une pluie de coupes, plus petites que grandes, s'abat sur les régions depuis quelques mois. Des organismes disparaissent. Des budgets rapetissent. Phénomène étrange, la capitale et sa métropole semblent plus éloignées des régions qu'elles ne l'étaient, en avril 2014.

Le climat est à la morosité chez les leaders de ce Québec hors des grands centres. Cela peut apparaître surprenant. Peu de voix s'élèvent contre l'objectif du gouvernement de Philippe Couillard de ramener le Québec à «zéro déficit» chez ceux qui sont en croisade pour récupérer des fonds qui leur ont été retirés.

Ce que déplorent ces meneurs d'opinion, c'est le «mur à mur» qu'ils frappent dans l'opération déployée par le gouvernement Couillard pour redresser les finances publiques. L'effort d'assainissement doit être national, conviennent-ils. Mais les sacrifices leur semblent plus lourds pour le monde régional.

Daniel Côté est maire de Gaspé et un des instigateurs de la CoalitionTouche pas à mes régions. «L'austérité sélective, c'est ça qui est fatigant», lâche-t-il entre deux déplacements vers Québec et Montréal.

«On ne demande pas des millions de dollars», commente Richard Lehoux, président de la Fédération québécoise des municipalités (FQM), en rappelant que Québec a coupé de moitié les vivres aux centres locaux de développement (CLD). «Mais, en décembre, on a appris qu'on avait trouvé quelques dizaines de millions de dollars pour peinturer le pont de Québec!»

Les compressions apparaissent souvent comme des «économies de bouts de chandelles» à l'aune du budget du Québec, avancent plusieurs interlocuteurs. «On fait dans l'austérité, ici comme ailleurs», soulève Dominic Lemieux, porte-parole des Métallos sur la Côte-Nord. «Mais, nous, les régions, on passe davantage au tordeur.»

Pierre Corbeil, maire de Val-d'Or, ex-député et ministre dans le gouvernement libéral de Jean Charest, ne manque pas de cas pour illustrer des microcoupures. Par exemple, souligne-t-il, Hydro-Québec a éliminé une commandite accordée annuellement à un tournoi régional de hockey mineur. Une économie de... 5000 $.

«Cela peut paraître anecdotique de réduire le nombre de commissions scolaires de la région de cinq à deux ou trois, reprend Pierre Corbeil. Mais ça se traduit par une perte d'expertise.» Et des départs de citoyens dans la région.

À Gaspé, Daniel Côté signale qu'avec l'abolition des agences de la santé, «nous allons perdre une quarantaine d'emplois». C'est bien peu? «Nous n'avons pas les moyens de les perdre.» La moitié des 40 millions $ des CLD se sont évanouis.

Un sentiment d'abandon

La Côte-Nord vit dans la crainte d'une faillite du Lac Bloom, la dernière mine de fer à y avoir ouvert ses portes, il y a cinq ans environ. Le syndicaliste Dominic Lemieux se demande si Investissement Québec a des moyens à la hauteur de ses efforts pour aider à la relance. «C'est sûr qu'on sent plus abandonné» par le gouvernement, fait-il en soulignant que le «bas de laine» des Québécois, la Caisse de dépôt et placement, investira dans des infrastructures à Montréal...

Cela est d'autant plus surprenant que Philippe Couillard a fait la campagne électorale qui l'a conduit au pouvoir en se réclamant des régions. L'ex-président de la FQM Bernard Généreux s'en souvient. Il a été maire de Saint-Prime, dans la circonscription que représente M. Couillard. «Il véhiculait beaucoup ce message que, tout urbain qu'il était, il avait adopté Roberval. Arrive l'élection, et on connaît la suite. Il y a tellement de décisions où on donne le signal que les régions écopent davantage.»

Quel poids au cabinet?

Politiquement, certains se posent des questions sur le poids des régions dans ce gouvernement libéral. Bernard Généreux, un ex-candidat du Parti québécois, ironise sur le fait que le MAMROT (le ministère des Affaires municipales, des Régions et de l'Occupation du territoire) a perdu son «R» quand le Parti libéral du Québec a succédé au Parti québécois de Pauline Marois.

Il signale aussi l'influence capitale qu'a acquise le Conseil du trésor en plaçant à l'avant-plan du programme gouvernemental le repositionnement de l'État. Martin Coiteux, titulaire de ce portefeuille, «est devenu la référence, la politique de ce gouvernement qui est géré par un "exécutif" tellement urbain».

Certains interlocuteurs ont aussi des interrogations sur le poids de leurs défenseurs au sein du cabinet du premier ministre. «Gerry» Lemoyne, qui a été au conseil municipal de Lebel-sur-Quévillon pendant plus de 25 ans, croit qu'il manque «un homme fort» pour le monde régional. S'il y en a un, «je ne sais pas qui c'est», ajoute M. Généreux, maintenant directeur général d'une petite municipalité au nord de Montréal.

Tous n'ont pas cette revendication. Préfet de la MRC des Îles-de-la-Madeleine, Jonathan Lapierre a «de la misère à croire» qu'un individu peut changer les choses. À ses yeux, c'est le manque de vision et de sensibilité pour les régions qui est en cause.

Ce n'est pas la rigueur budgétaire qui l'a frappé. «Ce qui est surprenant, c'est la façon de faire et la rapidité pour le faire», poursuit M. Lapierre. Une rapidité telle «que ça entraîne des doutes sur la réflexion» entourant l'exercice.

Selon nos interlocuteurs, les répercussions sont aussi nombreuses que les sujets touchés. Abolition des agences de la santé, disparition des conférences régionales des élus, réduction des budgets de centres locaux de développement, fusion de commissions scolaires, «il y a une goutte qui a fait déborder le vase» et conduit à la création de la coalition, mais laquelle?» ajoute en riant le maire de Gaspé. «Je ne le sais pas.»

Plusieurs reviennent sur le fait que les conséquences diffèrent de la réalité connue en ville. L'exemple du sort fait aux CLD, auxquels ne tient pas la Ville de Québec, est souvent revenu. Les quelque 400 000 $ sabrés dans celui des Îles-de-la-Madeleine sont une catastrophe, estime M. Lapierre.

Même des réorganisations administratives génèrent un écho différent. Au ministère des Forêts, la fusion des directions générales de la Gaspésie et du Bas-Saint-Laurent a soulevé des inquiétudes. Aux Ressources naturelles, la rumeur, sans fondement, semble-t-il, de placer sous un même directeur régional les bureaux de l'Abitibi et du Nord-du-Québec a fait de même.

La tentation de regrouper certaines directions régionales est une mauvaise idée, croit Richard Lehoux. «Les régions sont déjà assez grandes. Cela va aboutir à des territoires impossibles à couvrir.»

Pas de révolte

Personne ne parle de révolte des régions ou ne croit que les ponts sont coupés. La Coalition Touche pas à mes régions a reçu la confirmation qu'elle aura une place à la commission parlementaire portant notamment sur les conférences régionales des élus et les centres locaux de développement. «Que le gouvernement prenne les moyens de nous écouter et d'écouter nos solutions», laisse tomber Daniel Côté.

Le gouvernement n'a d'ailleurs pas mis sur la table son jeu. Le pacte fiscal avec les municipalités, qui a soulevé la colère des maires en région, n'est que «transitoire», fait valoir l'équipe gouvernementale. Québec estime qu'il transfère la responsabilité du développement régional aux édiles, tandis que ces derniers répliquent qu'il omet de transférer les budgets nécessaires.

Le président de la FQM s'impatiente, parle de grogne des régions, craint la démotivation des troupes, mais se refuse à parler de révolte des régions. «Nous ne voulons pas juste les compétences pour le développement régional, nous voulons les sous pour nous en occuper», plaide en substance Richard Lehoux.

Le premier ministre a pris l'engagement pour bonifier les redevances à verser aux municipalités, termine-t-il. La date butoir, poursuit le maire de Saint-Elzéar, en Beauce, est avril 2016. «Ça n'en a pas l'air, mais ça s'en vient rapidement.»

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