Laïcité: une certaine lassitude chez des élus

La position recampée par Bernard Drainville jeudi avec... (Le Soleil, Patrice Laroche)

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La position recampée par Bernard Drainville jeudi avec sa nouvelle charte de la laïcité est dans le droit fil de son projet de loi jamais adopté pour cause de déclenchement précipité d'élections.

Le Soleil, Patrice Laroche

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(Québec) Bernard Drainville veut incarner «la voix de la laïcité» au Québec. Ne cherchons pas à le flatter plus qu'il ne le faut, mais il l'est déjà. Pour le meilleur et pour le pire, selon les points de vue.

Même si son dépôt est sans cesse reporté, le projet de loi sur la neutralité religieuse de l'État du gouvernement de Philippe Couillard finira par être adopté grâce à la majorité libérale à l'Assemblée nationale.

Le Parti québécois (PQ) demeurera, lui, porteur d'un projet proscrivant le port de signes religieux ostentatoires - plus ou moins largement, selon le chef qui en prendra les rênes en mai. Et parce qu'il l'a classé dans la rubrique des questions identitaires, celles liées à l'avenir de la nation québécoise, le PQ continuera d'en faire un cheval de bataille.

Mais il n'est pas certain, loin de là même, qu'il le pousse jusqu'en tête de ses priorités lors de la campagne électorale québécoise d'octobre 2018.

... octobre 2018. Il y aura alors plus de 10 ans que la commission Bouchard-Taylor présentait ses recommandations...

Malgré l'importance du sujet, des députés du caucus péquiste confient ressentir une certaine lassitude devant la reprise du débat. Ceux-là espèrent qu'il ne prendra pas trop de place dans la course à la direction de leur parti.

Ils ne se priveront pas...

La position recampée par Bernard Drainville jeudi est dans le droit fil de son projet de loi jamais adopté pour cause de déclenchement précipité d'élections.

Il espère qu'elle lui permettra de grappiller des points dans la course à la direction, lui qui traîne la patte dans les enquêtes d'opinion.

Chaque candidat engagé dans cette compétition a fait ou fera entendre sa petite musique sur la laïcité. On le sait déjà, les Alexandre Cloutier et Jean-François Lisée, pour ne nommer que ces deux-là, n'entendent pas les choses comme Bernard Drainville. Normal. Pour eux, la charte des valeurs qu'il a portée lorsqu'il était ministre a divisé les Québécois.

L'autre voix qui résonnera dans ce dossier sera celle de Pierre Karl Péladeau. Lui aussi a des propositions à présenter.

Le débat au Parti québécois opposera ceux qui soutiennent une interdiction assez généralisée, à la Bernard Drainville, à ceux qui optent pour que les signes religieux ostentatoires soient proscrits uniquement chez les personnes représentant des figures d'autorité, comme les policiers, les juges, les procureurs de la Couronne et les gardiens de prison. C'est ce que prescrivait la commission Bouchard-Taylor.

Lors de la prochaine session parlementaire, les membres du gouvernement libéral auront beau jeu de relever les divergences opposant les candidats à la direction du Parti québécois. Ils ne se priveront pas.

La Coalition avenir Québec ne sera pas en reste, même si elle taclera aussi la position gouvernementale fondée essentiellement sur la politique du «visage à découvert». Voir des péquistes comme Lisée et Cloutier se rallier à Bouchard-Taylor, en y ajoutant les enseignants, doit réjouir le caquiste Benoît Charrette. Il a contribué à faire de cette proposition l'ossature de la politique de son parti.

Un abîme

Entre les péquistes et les libéraux, la différence d'approche n'est rien de moins qu'ontologique, fondamentale. En raison des lâches tueries de Paris, le gouvernement Couillard croit de son devoir de prendre son temps avant de présenter officiellement sa proposition en matière de neutralité religieuse. Il craint de créer des tensions, quitte à passer pour pusillanime.

Québec solidaire reproche aussi à M. Drainville de «semer une confusion inutile» entre laïcité et lutte contre les assoiffés de haine. Retarder la présentation de sa proposition revue et corrigée aurait fait le jeu des obscurantistes, répète l'intéressé.

Le premier ministre Philippe Couillard a été très clair en novembre. Il est hors de question que son gouvernement interdise à quiconque de porter un signe religieux. «Je suis là pour défendre les libertés des Québécois et des Québécoises de toutes les origines, a-t-il alors clamé. Je dis non à l'exclusion et non à la discrimination.»

Quelle priorité? 

Des visions opposées sur ce que doit revêtir le «vivre-ensemble», mais aussi d'incessants calculs partisans, auront prolongé indûment le débat sur le modèle québécois de laïcité.

Sur la lutte contre l'intégrisme religieux à proprement parler, l'unanimité entre les élus et les partis paraît acquise. Aucun fossé fondamental ne les sépare sur les objectifs à poursuivre. Ils devraient donc, en théorie, s'entendre sur les moyens à y ajouter, quitte à se rassembler autour de compromis.

Si cette urgence n'avance pas rapidement, c'est qu'elle aura été coulée, elle, par des joutes partisanes. Et uniquement par elles, puisque, répétons-le, nos élus s'entendent sur le fond. C'est ce qu'ils disent. Il leur reste à le démontrer.

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