L'État au régime sec

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« La machine gouvernementale va faire sa part », a soutenu Martin Coiteux en conférence de presse mardi.

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<p>Michel Corbeil</p>

(Québec) Le gouvernement de Philippe Couillard passe de la parole aux actes avec sa volonté d'imposer une cure minceur à l'État.

L'an prochain, il sabre 1150 postes de fonctionnaires; il suspend les primes au rendement des hauts fonctionnaires; et tout porte à croire qu'une clause-remorque des salaires, liée à l'indice des prix à la consommation, constituera leur seule augmentation de rémunération.

Le président du Conseil du trésor a lancé un message, mardi. Au moment où les critiques, y compris celles de ses collègues ministres, continuent de s'élever contre le rapport de la Commission de révision permanente des programmes, Martin Coiteux a insisté que son gouvernement garde le cap sur l'assainissement des finances publiques.

«J'annonce aujourd'hui que le gouvernement du Québec est déterminé à réduire la taille de l'État, a soutenu le député-ministre de Nelligan. Nous allons rénover l'État québécois. Les changements en profondeur que nous allons opérer permettront aux Québécoises et aux Québécois de se doter d'un État moderne.»

M. Coiteux n'a pas caché que l'objectif du déficit zéro ne s'atteindra pas sans mal. Il s'est d'ailleurs adressé à ceux qui ont très mal réagi à son annonce. «J'en appelle au sens des responsabilités des partis d'opposition et aussi des centrales syndicales.

«Appuyez-nous pour le retour à l'équilibre budgétaire. Car la pensée magique ne suffit plus. Générer déficit sur déficit ne peut être une avenue. Je ne peux pas croire que vous n'accordez pas comme nous une importance prépondérante à l'équité entre les générations.»

Martin Coiteux a répliqué au chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, qui a traité Philippe Couillard de «visage à deux faces». Qu'ont les partis d'opposition «à proposer pour ramener l'équilibre budgétaire avec lequel ils se disent d'accord? Rien. Absolument rien.»

Le plan que déploie M. Coiteux prévoit de réduire de 2 %, en 2015/2016, les effectifs des ministères et des organismes qui leur sont assujettis. M. Coiteux n'a pas précisé le nombre d'emplois qui sont sans titulaire ou encore le nombre de travailleurs qui deviendront des retraités sans être remplacés.

Pour l'instant, il n'est pas question d'incitatifs à la retraite, comme le premier ministre péquiste Lucien Bouchard l'avait fait, dans les années 1990. Martin Coiteux a signalé que l'État serrera la vis aux consultants et occasionnels «pour réduire de façon significative la dépendance contractuelle donnée à l'externe».

Le renouvèlement des conventions collectives dans la fonction publique s'annonce sous de sombres augures. Le président du Conseil du trésor a refusé de parler de gel salarial. «Mais il y a une chose qui est absolument certaine, il est hors de question de reporter l'atteinte de l'équilibre budgétaire.»

M. Coiteux a tenu à mentionner que l'État honorera la disposition du contrat de travail des fonctionnaires, qui ajoutera 1 % à leur salaire, soit 390 millions $, le 31 mars 2015. Mais il a ajouté du même souffle que l'État-employeur «limitera d'autres facteurs pouvant contribuer» à la rémunération, et ce, pour «dégager des économies de 689 millions $», en 2015-2016.

Le ministre a repris une mesure que le précédent gouvernement libéral de Jean Charest avait mis de l'avant : il suspend le paiement de primes au rendement pour tous les hauts fonctionnaires de l'État, qu'ils soient de la fonction publique ou des réseaux de la santé ou de l'éducation, de même que pour le personnel politique.

Les sociétés d'État devront «identifier des mesures dont les effets seront au moins comparables». En conférence de presse, M. Coiteux a cependant nuancé que les primes en tous genres sont «associées à des exigences de rendement. (...) Il y aura des restrictions très sévères qui seront mises sur le versement des bonis».

Les ministres seront aussi touchés par les restrictions, a avancé Martin Coiteux. Leurs déplacements hors du Québec «seront limités aux cas jugés incontournables (...) et devront faire l'objet d'une autorisation» du bureau du premier ministre». L'enveloppe budgétaire discrétionnaire accordée aux membres du cabinet sera réduite.

Martin Coiteux a précisé que ses collègues au conseil des ministres «ont reçu, mardi, le mandat de définir de nouvelles cibles» de réduction de personnel dans «chacun de leur ministères». Une opération, a-t-il souligné, dont il sera le patron.

La cure minceur

La fonction publique, c'est :

  • 78 000 personnes
  • 59 071 emplois équivalent temps plein

L'État, en incluant la Santé, l'Éducation, les sociétés d'État et autres organismes :

  • 639 000 individus

Le plan Coiteux prévoit :

  • 1150 postes qui disparaîtront
  • 42 millions $ en primes non distribuées
  • Gel du recrutement de fonctionnaires

Dépenses sous haute surveillance limitées «aux cas jugés incontournables» :

  • Remboursement des dépenses et frais de déplacement des hauts fonctionnaires
  • Budgets pub et commandite des sociétés d'État
  • Déplacements des ministres hors Québec

«Un vrai dîner de cons, où les Québécois, malheureusement, sont les invités.»

Stéphane Bédard, Parti québécois

«Nous faisons preuve d'ouverture à l'égard des mesures annoncées par le ministre Coiteux. [...] D'autre part, nous connaissons la propension du PLQ à piger dans les poches des contribuables.»

Claude Surprenant, Coalition avenir Québec

«Une réduction de 2 % des effectifs de la fonction publique ne peut qu'aggraver le recul des ministères et des organismes gouvernementaux. Ce n'est pas dans l'intérêt des Québécois.»

Lucie Martineau, Secrétariat intersyndical des services publics

«Le saccage doit cesser. Philippe Couillard et ses ministres doivent arrêter de déconstruire notre Québec. Des solutions, il en existe d'autres.»

Régine Laurent, Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec

«Le gouvernement libéral annonce des compressions budgétaires massives sous prétexte que le PQ avait caché la situation, alors que les libéraux ont été là pendant 10 ans.»

Jacques Létourneau, Confédération des syndicats nationaux (CSN)

«Le Québec est mené par des apprentis sorciers qui se plaisent à mettre des familles dans la rue en tirant sur tout ce qui bouge.»

Daniel Boyer, Fédération des travailleurs du Québec (FTQ)
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