François Paradis, le député hyperactif

Après 30 ans de télé et de radio,... (Le Soleil, Pascal Ratthé)

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Après 30 ans de télé et de radio, François Paradis sera assermenté mardi à l'Assemblée nationale. Son dossier numéro un comme député de Lévis? La congestion routière. «Les gens perdent de plus en plus de temps dans leur char.»

Le Soleil, Pascal Ratthé

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(Québec) Au mitan de la cinquantaine, alors que la vie commence à départager l'essentiel de l'accessoire, François Paradis a ressenti l'«urgence d'agir», surtout après avoir surmonté la maladie. Le vétéran animateur d'affaires publiques, alias «Monsieur Tout doit aller vite», n'a pas fait languir François Legault lorsque le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ) lui a demandé de défendre les couleurs du parti pour l'élection partielle dans Lévis.

«Je suis un gars d'efficacité, un gars rapide, pas trop "réunionite". Je zigonne pas longtemps...», lance-t-il avec le sens de la formule qu'on lui connaît, le regard bleu acier fixé sur son interlocuteur.

En ce mercredi matin, la terreur vient de frapper la colline parlementaire à Ottawa. Son premier caucus avec ses collègues de la CAQ, le nouveau député, élu avec une majorité de plus de 3000 voix, le vivra dans une ambiance bien particulière. La sécurité est omniprésente autour de l'Assemblée nationale. Tout cela en attendant son assermentation, prévue pour mardi, qu'il souhaite moins anxiogène.

Toute la semaine, François Paradis a vécu sa nouvelle vie professionnelle à vitesse grand V. «Je suis comme un enfant qui apprend.» Il y a la machine gouvernementale à apprivoiser, le bureau de circonscription à ouvrir, les dossiers les plus urgents à potasser. Heureusement, ses gènes jouent en sa faveur. «Je suis un gars qui apprend vite. J'ai une mémoire d'éléphant, je tiens ça de mon père», lance-t-il au Soleil, attablé avec son attaché politique dans un restaurant de la Grande Allée.

Si l'animateur tourne la page sur plus de 30 ans au petit écran et derrière le micro, c'est parce qu'il croit que sa vaste expérience à débattre de sujets chauds et à recueillir les confidences du public peut faire une différence dans le débat politique. Fort du credo caquiste du «gros bon sens», il dit se lancer dans sa nouvelle carrière avec la ferme conviction de pouvoir «défendre le contribuable» et lui apporter «un peu d'oxygène».

PKP: question de transparence

François Paradis a eu très jeune l'appel des médias. En 1976, à l'âge de 18 ans, il a tellement harcelé le patron de la station CJRP de lui faire une place derrière le micro que celui-ci a fini par céder. «J'avais une voix pas pire, que les gens reconnaissaient», explique-t-il, disant la tenir de son père professeur, écrivain et poète, Louis-Roland Paradis.

Au fil des ans, les émissions se sont succédé sur différentes antennes. Parmi les plus connues, Café show, L'enfer ou le paradis, Première ligne et TVA en direct, toutes diffusées de la capitale. Des émissions où, les crocs sortis, il commentait les scandales, défendait la veuve et l'orphelin, dénonçait les injustices.

La conversation glisse, c'est incontournable, sur la saga politico-financière Pierre Karl Péladeau. Le nouveau député marche sur des oeufs. Il faut insister. «C'est inquiétant. C'est une question de transparence, un risque qu'on ne peut vraiment pas prendre. Le politique et le médiatique ne doivent pas avoir un corridor commun. La motion a été débattue, il faudra voir la décision qui sera prise, mais, manifestement, tout journaliste souhaite avoir les coudées franches.»

Le nouvel élu se garde une réserve lorsqu'il est question de constitution ou du pipeline TransCanada dont le tracé traversera sa circonscription. Il faut prendre le temps de se faire une tête, résume-t-il. «Je m'exprimerai davantage après être allé chercher toute l'information pertinente. Amusons-nous dans quelques semaines à revenir sur ces dossiers...»

Citius, altius, fortius

Histoire de décompresser un peu, François Paradis gardera toujours à proximité sa raquette de tennis et ses souliers de course. Entre deux traitements à l'hôpital (lire le texte ci-dessous), il allait faire son jogging sur la promenade Samuel-De Champlain. Avec, au poignet, une montre high tech pour calculer sa fréquence cardiaque et son temps de course. «Je suis fatigant de perfectionnisme. Je veux toujours courir plus vite, lever les poids les plus lourds, toujours gagner mes matchs de tennis. Je suis un gagnant.»

Et si l'Assemblée nationale était un court de tennis, comment le nouveau député Paradis s'y prendrait-il pour vaincre l'adversaire? «À la fois en finesse et en puissance. Avec des smashs de temps en temps, mais des smashs qui tombent dans le jeu, sinon ça ne sert à rien. Mais tu peux aussi marquer des points avec un amorti. Et quand la balle vient vite, ça t'incite à jouer plus fort. Elle peut revenir aussi vite qu'elle est partie...»

François Paradis a vécu l'an dernier la pire crainte qui soit pour un homme de radio ou de télé: perdre la voix, son outil de travail. Tumeur sur les cordes vocales. Un mois de radiothérapie. Pour les cinq prochaines années, il devra se rendre tous les deux mois à L'Hôtel-Dieu de Québec pour des examens.

La peur de se retrouver «avec une voix de Bobinette» n'a plus sa raison d'être; celle qui résonnera bientôt à l'Assemblée nationale n'a pas changé d'une octave. Les habitués de ses émissions n'entendront aucune différence à la période des questions.

N'empêche, il conserve le très mauvais souvenir de cette nuit où il s'est réveillé presque aphone, trois semaines après la fin de ses traitements. «Je n'avais plus de voix. Je n'émettais plus qu'un bruit bizarre, un son fucké. J'ai eu la chienne, ç'a été la plus grande peur de ma vie. J'ai su ensuite que c'était normal à la suite des traitements.»

De cette expérience personnelle, le nouveau député en a tiré un livre, Ma job ou ma vie..., publié le mois dernier. Une façon pour lui d'exorciser l'éprouvante expérience, d'insuffler de l'espoir à ceux qui combattent un cancer et, aussi, de s'exprimer après avoir été confiné au silence un moment. Pas facile pour quelqu'un qui parle beaucoup, qui parle tout le temps...

Jamais il n'a soufflé mot de sa maladie dans son entourage professionnel. Il voulait «rester en contrôle», ne pas voir le regard des autres changer. «Mais la différence entre avoir le contrôle et être en contrôle, je l'ai compris quand je me suis retrouvé en p'tite jaquette bleue, à l'hôpital. Ça devient paniquant. Je ne contrôlais plus rien. J'étais obligé à me livrer à plus connaissant que moi. T'as pas le contrôle, que je me disais, mais garde-le sur toi.»

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