Justin Trudeau: au nom du fils

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Si comme toute personne qui a perdu un être cher, Justin Trudeau souhaiterait que son père soit parfois à ses côtés, ce n'est pas pour qu'il l'aide dans son travail.

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(Québec) Justin Trudeau veut en finir avec les comparaisons. Dans son autobiographie à paraître cette semaine, le jeune chef du Parti libéral du Canada (PLC) s'emploie à vider le sujet de son illustre père, Pierre Elliott Trudeau, qui a occupé le poste de premier ministre auquel il aspire.

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Le jeune Justin se tenait aux côtés de son père, en juin 1984, lors d'un hommage rendu à Pierre Elliott Trudeau lorsqu'il a quitté la direction du Parti libéral du Canada.

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Le député de Papineau ne s'en cache pas. Avec la publication de Terrain d'entente, il souhaite «tasser un peu la question» de celui qui a eu énormément d'influence sur lui «non comme politicien, mais comme père», précise-t-il. «Les gens vont être moins enclins à toujours faire les comparaisons», prédit Justin Trudeau en entrevue au Soleil.

Tout au long des 384 pages de son manuscrit, PET est omniprésent dans ses récits et ses réflexions. Normal, dira-t-il, «c'est mon papa». «Ça fait partie de comment je suis comme personne et de qui je suis comme personne», poursuit le politicien de 42 ans. «Il y a bien des gens qui me critiquent en disant que je ne suis pas comme mon père. D'autres me critiquent en disant que je suis trop comme lui.»

Élitiste et intellectuel

La vérité se trouve quelque part entre les deux, selon le principal intéressé. «Oui, il y a des éléments de mon père, mais il y a des éléments propres à moi-même», analyse-t-il. Dans son bouquin, il emploie les mots élitiste et intellectuel pour décrire celui qui a dirigé le pays pendant 15 ans. Au téléphone, il minimise l'utilisation du premier qualificatif.

«C'est vraiment qu'il avait une approche très, très intellectuelle dans le sens académique, c'était dans les écrits, dans les idées, la philosophie [...] Moi, je préconise une approche beaucoup plus fluide, je suis quand même intellectuel à ma façon, mais c'est beaucoup plus à l'écoute des gens, à l'écoute des experts qui m'entourent et on développe ensemble une vision qui évolue au fil des années plutôt d'arriver comme mon père avec une idée ou des objectifs très, très précis par rapport au bilinguisme, à la Constitution et à autre chose qu'il voulait développer.»

Et ce n'est pas s'il est élu à la tête du Canada que Justin Trudeau craint souffrir au jeu des différences. D'ailleurs, le complexe de l'imposteur, il ne l'a jamais eu en tant que député, confie-t-il dans son livre, même s'il admet qu'avec son nom de famille ça aurait été «normal». «J'avais mérité le droit de siéger à la Chambre des communes, et ça, personne ne pouvait me l'enlever», écrit le politicien qui représente les citoyens de la circonscription de Papineau depuis 2008. «Je ne me préoccupe pas énormément de ce que pourraient me dire les chroniqueurs ou même les historiens plus tard, j'aurai du travail à faire en tant que premier ministre et je vais rester axé là-dessus», souligne-t-il en entrevue.

Si comme toute personne qui a perdu un être cher, Justin Trudeau souhaiterait que son père soit parfois à ses côtés, ce n'est pas pour qu'il l'aide dans son travail. «Pour avoir ses conseils, j'ai juste à écouter au fond de moi pour voir c'est quoi mes instincts profonds parce que pendant 25 ans, il a été présent, il m'a formé dans ma réflexion intellectuelle, dans mes valeurs, dans mon approche.»

«De pouvoir avoir une heure avec mon père ces jours-ci ou une journée pour parler ça serait un rêve, mais je peux vous promettre qu'on ne parlerait pas politique, on parlerait de mes enfants, ses petits-enfants qu'il n'a jamais connus, je lui parlerais de Sophie, de la vie et de mes expériences en tant que papa, renchérit le fils Trudeau. On ne perdrait pas notre temps si on avait quelques minutes ensemble pour parler de politique, ça, c'est certain!»

Dans son autobiographie, Justin Trudeau nous laisse sur l'impression que le sujet n'était pas non plus souvent abordé par son père en famille. Comme lorsqu'il relate la soirée du référendum de 1995 où les seules paroles de PET rapportées par son aîné sont le «bon» qu'il a lâché avant d'aller se coucher après avoir pris connaissance des résultats donnant le clan du Non gagnant. Il y a aussi très peu de matière à se mettre sous la dent si l'on souhaite en savoir plus sur sa contribution comme parlementaire au cours des six dernières années.

Vie personnelle

Par contre, le chef du PLC multiplie les anecdotes sur sa rencontre avec celle qui deviendra sa femme, Sophie Grégoire, son travail de videur dans un bar ou celui professeur de planche à neige dans l'Ouest. Il décrit aussi plutôt bien son enfance au 24 Sussex, les relations tumultueuses entre sa mère et son père, leur séparation, ses voyages, ses années à Brébeuf, puis celles à McGill, son boulot d'enseignant et de conférencier, le décès de son frère et celui de Pierre Elliott Trudeau quelques années plus tard.

Pourquoi étaler sa vie personnelle à un an des élections plutôt que proposer aux électeurs ses idées pour le Canada? Justin Trudeau croit que pour faire un choix éclairé, «il serait approprié qu'ils [les Canadiens] me connaissent un peu mieux, mon parcours, ma vision, mes expériences qui m'ont formé. L'intérêt du livre, poursuit-il, c'est de vraiment démontrer à quel point toutes ces expériences-là incluant mes voyages, ma vie dans différentes parties du Canada m'ont donné une perspective sur notre pays et sur notre potentiel en tant que peuple dont on a besoin d'Ottawa».

De plus, à un an des élections, le PLC a encore beaucoup de travail à faire, plaide l'aspirant premier ministre. «La réalité, c'est que j'étoffe ma vision basée sur la diversité, sur notre terrain d'entente qu'on est en train de créer au Canada basé sur les valeurs partagées, fait valoir le chef libéral, évoquant le titre de son bouquin. Et il n'y a aucune raison de présenter une plateforme électorale sinon que pendant les élections», tranche-t-il, se disant imperméables aux critiques de ses adversaires qui affirment le contraire. D'ailleurs, le récit se termine lorsqu'il prend les rênes du parti, en avril 2013, laissant ainsi le soin aux lecteurs de tirer leurs propres conclusions sur le boulot qu'il a accompli depuis.

«Avoir une heure avec mon père ces jours-ci [...], je peux vous promettre qu'on ne parlerait pas politique, on parlerait de mes enfants, ses petits-enfants qu'il n'a jamais connus, je lui parlerais de Sophie, de la vie et de mes expériences en tant que papa»

Justin Trudeau

L'idée d'un nouveau parti a été envisagée

L'autobiographie de Justin Trudeau, Terrain d'entente, n'offre pas beaucoup de scoops pour les lecteurs en quête de sensations fortes. L'on apprend tout de même qu'alors qu'il préparait sa campagne à la chefferie en 2012, le député de Papineau et ses proches ont étudié la possibilité de créer un nouveau parti. 

«Est-ce qu'il [le Parti libéral du Canada] valait la peine d'être sauvé? Est-ce qu'il fallait regarder la création d'un nouveau parti? Est-ce qu'il fallait regarder une fusion avec le NPD [Nouveau Parti démocratique]? Je pense qu'avant d'entreprendre un défi aussi grand de ce que j'avais fait qui engage pas juste moi-même, mais ma famille, c'était important qu'on réfléchisse à fond de toutes les différentes façons qu'on pouvait servir notre pays», explique le meneur des troupes libérales. 

M. Trudeau rappelle par ailleurs qu'il y a à peine trois ans, beaucoup d'observateurs ne donnaient pas cher de la peau à sa formation politique. «Je suis très content d'avoir eu cette réflexion, est-ce que le Parti libéral est vraiment utile au Canada? Je crois qu'on a répondu à cette question... Je prends comme confirmation de la justesse de cette réflexion que les gens sont en train de regarder le parti avec beaucoup d'enthousiasme et d'intérêt», conclut-il.

Une première version en anglais

Justin Trudeau n'est pas le seul auteur de son autobiographie. Puisqu'il a «beaucoup de difficultés avec la page blanche», le politicien a plutôt choisi de faire des entrevues avec son éditeur qui les a transcrites puis rassemblées dans un récit. Il a ensuite réécrit chaque chapitre «pour que ce soit l'histoire que je voulais», explique le chef libéral. Cette première version a été travaillée en anglais puis traduite en français. M. Trudeau a fait le même travail de réécriture dans la version de Molière.

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