Le cas PKP sous enquête

Pierre Karl Péladeau... (Photothèque Le Soleil, Yan Doublet)

Agrandir

Pierre Karl Péladeau

Photothèque Le Soleil, Yan Doublet

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Québec) Le commissaire à l'éthique et à la déontologie enquêtera sur le député Pierre Karl Péladeau pour vérifier s'il a enfreint des règles en cherchant à favoriser Québecor dans une transaction d'affaires.

Me Jacques Saint-Laurent veut savoir si «le député de Saint-Jérôme a commis un manquement au code» d'éthique des élus de l'Assemblée nationale.

Vendredi, La Presse a révélé qu'en juillet, en commission parlementaire, M. Péladeau a enjoint au ministre de l'Économie, Jacques Daoust, de privilégier des intérêts québécois dans la vente de l'entreprise Vision Globale. Or, seuls deux groupes ont déposé des offres d'achat : le fonds américain Clearlake Capital et Québecor Média.

Deux jours avant l'intervention de M. Péladeau en commission, un article du Journal de Montréal notait que Vision Globale, un «joyau québécois», risquait de passer à des mains américaines.

En mai, un mois après son élection, le député de Saint-Jérôme et actionnaire de contrôle de Québecor a aussi téléphoné à Investissement Québec pour mousser la proposition de son entreprise.

M. Péladeau plaide la «bonne foi», assure qu'il ne voulait pas favoriser Québecor, mais bien conserver au Québec une entreprise et des emplois.

L'enquête du commissaire à l'éthique se déroulera à huis clos, et ses conclusions seront rendues publiques après avoir été déposées à l'Assemblée nationale.

Pour sa part, le commissaire au lobbyisme mènera quelques vérifications du côté de Québecor, mais la charge publique de M. Péladeau le dispense de s'inscrire au registre des lobbyistes, explique-t-on.

Chez les péquistes, des partisans de «PKP» pour la chefferie avouent vivre un malaise. Mais ils mini­misent l'affaire. Le député de Saint-Jérôme aurait simplement voulu défendre les intérêts du Québec, reprennent plusieurs. «Il n'a pas eu le bon réflexe, concède un interlocuteur. Mais il ne pouvait pas savoir qu'il n'y avait que Québecor et un acheteur américain.»

Chez des adversaires péquistes de M. Péladeau, certains n'hésitent pas à parler d'un «manque de jugement». «Il a fait la démonstration du danger qui a été évoqué toute la semaine, laisse tomber un péquiste. Il s'est rendu vulnérable.»

Cette révélation démontre la nécessité de faire en sorte qu'un élu de l'Assemblée nationale ne puisse posséder un grand groupe médiatique, argue-t-on à la Coalition avenir Québec.

Jeudi, les députés libéraux, solidaires et caquistes, à l'initiative de ces derniers, ont fait adopter une résolution demandant qu'une commission parlementaire soit convoquée sur cette question.

Le député Jean-François Lisée n'était pas disponible, vendredi. Il devait s'envoler pour la France. La semaine dernière, le député de Rosemont, adversaire de M. Péladeau dans l'actuelle précourse à la direction, a créé une onde de choc en lui demandant de choisir entre la vie politique et Québecor. Mercredi et jeudi, le caucus de son parti lui a ordonné de rentrer dans le rang, de se faire plus discret pendant quelque temps.

Le caquiste André Lamon­tagne était présent lorsque, en pleine séance d'études des crédits, le député de Saint-Jérôme a plaidé devant le ministre Daoust. Aujourd'hui, M. Lamontagne se dit «déçu» d'apprendre que le groupe Québecor était intéressé à acquérir cette entreprise. Il a l'impression d'avoir été trompé.

Le député solidaire Amir Khadir juge aussi que M. Péladeau a manqué de jugement, qu'il a fait preuve d'une «absence de tout scrupule» et franchi «les frontières de l'inacceptable».

Possibilité de sanction

La loi sur l'éthique et la déontologie des députés de l'Assemblée nationale stipule qu'un député ne peut «agir ou tenter d'agir [...] de façon à favoriser ses intérêts personnels», non plus que «se prévaloir de sa charge pour influencer ou tenter d'influencer la décision d'une autre personne de façon à favoriser ses intérêts personnels».

Si le Commissaire à l'éthique et à la déontologie conclut qu'un élu a commis une faute, il peut recommander qu'une sanction soit imposée. Celle-ci peut prendre la forme d'une simple «réprimande» et aller, dans les cas les plus graves, jusqu'à la perte de son poste de député.

L'Assemblée nationale a le dernier mot, car ce sont les élus qui doivent voter sur la recommandation émise par le Commissaire.

Investissement Québec détient 25 % de Vision Globale en capital-actions. Un porte-parole indique que la vente de l'entreprise devrait être complétée avant Noël.

PKP s'explique et s'excuse

Pierre Karl Péladeau assure que ce ne sont pas les intérêts de Québecor, mais bien ceux du Québec qu'il avait en tête lorsqu'il s'est mêlé du dossier de Vision Globale. Il s'excuse de s'être placé en situation de conflit d'intérêts apparent. L'actionnaire de contrôle de Québecor et député péquiste de Saint-Jérôme plaide la bonne foi. Sur sa page Facebook, il a reconnu vendredi ses interventions auprès d'Investissement Québec (IQ) et en commission parlementaire. Mais il ne s'agissait pas d'utiliser son statut de député pour favoriser Québecor, jure-t-il.

«Ma démarche était uniquement motivée par ma conviction de l'importance de garder entre des mains québécoises le contrôle d'une de nos entreprises», s'est-il défendu.

La crainte que l'aéroport de Mirabel aille de l'avant avec la démolition de son aérogare l'a amené à chercher une solution pour conserver des emplois, plaide-t-il. Il a pris l'initiative de contacter IQ et Québecor pour voir si «un projet de studio pouvait les intéresser» à Mirabel.

«Si je me suis placé en situation d'apparence de conflit d'intérêts en regard du code d'éthique des députés, je m'en excuse», a indiqué M. Péladeau.

Doutes et malaises

Pour sa part, le ministre de l'Économie, Jacques Daoust, qualifie le comportement de M. Péladeau de «grande maladresse». Il confie avoir été «très mal à l'aise» lorsque le député péquiste l'a interpellé sur la vente de Vision Globale en commission parlementaire. Il a fait son possible pour dévier les discussions sur un autre enjeu, dit-il.

«Vous avez une compagnie qui est en difficulté et l'idée, c'est de la sauver, souligne le ministre. Tout ce que tu pourrais faire qui mettrait en péril la transaction... Il faut que tu te retiennes. Sa question n'apporte rien, elle nuit.»

Le député péquiste a voulu forcer la note et jouer le nationalisme économique sans tenir compte de l'ensemble du dossier, estime M. Daoust.

À son avis, l'explication du député péquiste de Saint-Jérôme sur l'installation d'un studio à Mirabel sent l'improvisation et ne tient pas la route. Les artistes qui pourraient s'y produire veulent rester près du centre-ville, selon lui. «Pas sûr que Mirabel serait la bonne place, dit-il. Il faut que tu traverses toute la ville. [...] Ça me semble être une réponse du vendredi matin. C'est une belle ligne, mais dans la vraie vie, je ne suis pas sûr que ça se déménage comme ça.»

Le ministre de l'Économie spécifie que la controverse ne signifie pas que les carottes sont cuites pour Québecor dans ce dossier. Il demeure possible qu'en bout de course, ce soit le groupe de M. Péladeau qui mette la main sur Vision Globale.

Les journalistes de Québecor défendent leur indépendance

Le syndicat des employés de la rédaction du Journal de Québec a publié un communiqué, vendredi, pour déplorer les «commentaires désobligeants» que subissent ses journalistes et les photographes dans le contexte du débat sur Pierre Karl Péladeau. «Ces commentaires mettent en cause leur capacité à accomplir leur métier avec professionnalisme», écrit le syndicat. «Les employés du Journal de Québec ont toujours défendu avec succès leur indépendance et leur crédibilité», écrivent-ils, en notant qu'ils réclament que Québecor réintègre le Conseil de presse du Québec. Ils insistent pour dire que, peu importe la nouvelle carrière de M. Péladeau, ils poursuivront leur couverture de l'actualité parlementaire «selon les règles de l'art».

Entreprises concernées

VISION GLOBALE

›  Créée en 1989

›  550 employés, surtout basés à Montréal

›  Se dit la plus importante entreprise canadienne en production, en distribution et en diffusion de contenu cinématographique et télévisuel

›  Services : effets visuels, studios d'enregistrement, postproduction, animation 3D, services sonores (conception sonore, bruitage et mixage)

›  Ouverture d'une division animation en 2012

›  Acquisition des Studios Mel's et de Locations Michel Trudel en décembre 2012, pour offrir un guichet unique de studios d'enregistrement pour les producteurs étrangers

STUDIOS MEL'S

›  Filiale de Vision Globale depuis 2012

›  Nés dans les années 90 de l'association entre les Locations Michel Trudel et la Cité du cinéma de Mel Hoppenheim, précurseur de la fourniture de caméras et d'équipement de tournage au Canada

›  Trois grands studios à Mont-réal composés de 13 studios d'enregistrement et d'équipements de tournage de calibre mondial

›  Des émissions de TVA comme Star Académie et La voix y ont été tournées

›  Productions hollywoo­diennes tournées dans les studios montréalais : X-Men : jours d'un avenir passé (2013), Les Schtroumpfs 2 (2013), Miroir, miroir (2012), L'étrange histoire de Benjamin Button (2008), 300 (2007), Le jour d'après (2004)

›  Ouverture en 2009 d'un studio de 4000 pieds carrés à Québec, sur le boulevard Wilfrid-Hamel

CLEARLAKE CAPITAL

›  Fonds d'investissement basé à Los Angeles

›  Spécialisé dans les redressements et les restructurations d'entreprise

›  Gère 1,4 milliard $ en capitaux après plus de 70 investissements totalisant 3 milliards $

›  Domaines d'investissements : secteur automobile, technologies, commerce de détail, défense, sécurité publique, énergie

Olivier Parent

Partager

À lire aussi

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer