Le bicentenaire de George-Étienne Cartier suscite la controverse

La statue de George-Étienne Cartier dans le parc... (Le Soleil, Patrice Laroche)

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La statue de George-Étienne Cartier dans le parc Montmorency, dans le Vieux-Québec

Le Soleil, Patrice Laroche

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(Québec) «Vire-capot», «antidémocrate», «corrompu». La Société Saint-Jean-Baptiste ne manque pas d'épithètes peu élogieuses à l'endroit de George-Étienne Cartier, cet ex-patriote devenu un des pères de la Confédération et dont le bicentenaire sera souligné à grands traits par le gouvernement conservateur le mois prochain à Québec et à Montréal.

Des rumeurs persistantes veulent que le premier ministre se déplace dans la capitale nationale le 6 septembre, date de la naissance de l'avocat, homme d'affaires et politicien. Il s'agit également d'une occasion pour Stephen Harper de marquer le 150e de la Conférence de Québec à laquelle a participé George-Étienne Cartier. 

«Notre gouvernement célébrera le 200e anniversaire de ce grand Québécois et grand conservateur comme il se doit», indique le porte-parole de l'attaché de presse de Stephen Harper, Carl Vallée. Il est toutefois incapable de confirmer la présence du premier ministre aux événements prévus à Québec, dont l'accostage de sept grands voiliers au port. 

Peu importe la venue ou non du dirigeant du pays dans la province, le président de la Société Saint-Jean-Baptiste (SSJB), Maxime Laporte, juge qu'Ottawa doit ranger ses confettis pour fêter un homme qui s'est, selon lui, servi de la cause des patriotes pour faire avancer sa carrière. «Il est assez navrant de voir qu'après avoir retiré le prix Thérèse-Casgrain, Harper se lance dans la commémoration d'aussi sombres personnages que George-Étienne Cartier et John A. MacDonald», fait valoir M. Laporte.  

Puisqu'avant d'afficher son allégeance indéfectible à la Couronne britannique, Cartier a contribué à la naissance des «Fils de la liberté» et de la SSJB. Âgé de 23 ans en 1837 et membre des patriotes, il participe même à la bataille de Saint-Denis. Lorsque sa tête est mise à prix, il s'exile aux États-Unis. 

C'est à son retour au pays que l'avocat change son fusil d'épaule. Élu député de Verchères en 1848, il devient par la suite un partisan de l'union des deux Canada et farouche opposant à l'annexion aux États-Unis. L'homme de droit a aussi occupé la fonction de procureur général du Bas-Canada et codifié les lois civiles du Bas-Canada, à l'origine de notre Code civil québécois. 

Mais c'est lorsqu'il forme le gouvernement avec John A. Macdonald que George-Étienne Cartier acquiert le titre de «père de la Confédération» puisque les conservateurs accepteront une alliance avec les Clear Grits du Canada-Ouest qui mèneront à formation de la «Grande Coalition». Celle-ci jettera les bases de la Confédération, un projet qui se concrétisera en 1867, à la suite des conférences de Charlottetown et de Québec tenues trois ans plus tôt. 

Antidémocrate et corrompu

Or, en plus d'être «vire-capot», George-Étienne Cartier a milité contre la démocratie, affirme M. Laporte, qui cite en preuve une déclaration incriminante du politicien. «Nous travaillons à notre tour à fonder ici une grande confédération, mais notre objet n'est point de le faire par la création d'institutions démocratiques; non, c'est plutôt d'aider l'élément monarchique à prendre parmi nous de plus profondes racines», aurait dit Cartier à Montréal en 1864. 

La carrière de ce dernier a par ailleurs été entachée par le scandale du chemin de fer du Pacifique alors qu'il avait donné le contrat à un de ses amis, un industriel qui a largement contribué à la caisse électorale du parti.

«Il était un personnage corrompu», dénonce le président de la SSJB, qui promet tout au long des commémorations entourant le 150e de la Confédération de déconstruire les «mythes véhiculés par les conservateurs» et de montrer qui sont réellement ses soi-disant «pères».

Maxime Laporte se garde bien de détailler le plan d'action de la SSJB, mais soutient qu'il s'alliera avec des historiens pour des événements en marge des ceux officiellement organisés par Ottawa. Le jeune président réclame par ailleurs au gouvernement fédéral de dévoiler sans plus tarder les sommes qu'il compte investir jusqu'en 2017 pour le 150e du pays. 

Le gouvernement semble loin d'ignorer le passé de George-Étienne Cartier, qui a par ailleurs laissé tomber le «s» de George à l'honneur du roi en plus de nommer une de ses filles Reine-Victoria. Au début du mois de juillet, Stephen Harper avait affirmé dans un discours au Stampede de Calgary que les Canadiens devraient être fiers du déclin du sentiment séparatiste au Québec à la suite du plus important verdict en faveur du fédéralisme depuis plusieurs décennies aux élections d'avril, et ce, au moment où l'on commémore la vision de Cartier.  

Le porte-parole du premier ministre, Carl Vallée, souligne de son côté que «ça fait partie de notre histoire». «George-Étienne Cartier a été un grand défenseur des droits des Canadiens français et il a compris que le fédéralisme donnait les outils nécessaires aux Québécois pour s'épanouir en Amérique du Nord en conservant la langue française et en protégeant l'autonomie des provinces. Ce sont tous des principes qui sont appliqués encore aujourd'hui, presque 150 ans plus tard», conclut-il.

George-Étienne Cartier... (Illustration archives Le Soleil) - image 2.0

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George-Étienne Cartier

Illustration archives Le Soleil

«Complexe», mais pas «controversé»

Des scientifiques québécois se pencheront sur les tenants et les aboutissants de la Conférence de Québec de 1864 lors d'un important colloque qui se tiendra au Musée de la civilisation à Québec en octobre. 

«Il s'agit d'un moment fondateur, mais surtout d'un moment définisseur qu'il importe de revisiter afin de mieux comprendre l'évolution des rapports entre les deux principales communautés politiques au Canada. Cette période de l'histoire politique canadienne est au coeur même de l'institutionnalisation du caractère distinct du Québec», indiquent les organisateurs de l'événement dans sa présentation. 

«Nous voulons faire en sorte que le réseau universitaire québécois joue un rôle important dans l'interprétation historique, politique et constitutionnelle de ces événements-là», souligne le politologue de l'Université Laval Guy Laforest qui, avec la doyenne de la Faculté de droit de l'établissement, Eugénie Brouillet, et Alain G. Gagnon, professeur titulaire en science politique à l'UQAM, a mis sur pied le programme du colloque. 

Les trois universitaires font partie du Groupe de recherches sur les sociétés plurinationales qui planche sur le projet depuis deux ans. D'autres activités sont prévues d'ici 2017, date du 150e anniversaire de la Confédération canadienne. «On travaille dans l'indépendance -politico-bureaucratique totale», assure par ailleurs Guy Laforest, qui avait invité des représentants du gouvernement du Parti québécois à participer au colloque qui aura lieu du 16 au 18 octobre. Après la défaite de ce dernier aux élections du printemps, le carton d'invitation a été redirigé vers la nouvelle formation au pouvoir, qui n'a pas confirmé sa présence. 

Une quinzaine de conférenciers, qui présenteront des points de vue divers et parfois même opposés, sont déjà à l'horaire. Ils discuteront des principaux protagonistes de la Conférence de Québec, de ses opposants, des raisons de s'y opposer et des conséquences constitutionnelles, énumère Guy Laforest. Ce dernier animera pour sa part une conférence intitulée Georges-Étienne Cartier et la renaissance de l'autonomie au Québec

Selon le politologue, le personnage de Cartier est certes «complexe», mais pas «controversé». S'il a mis de côté son passé patriote, l'avocat l'a fait au profit de ce que deviendra la province, notamment en jetant les bases du Code civil. «On doit reconnaître que Cartier et sa génération ont assis les bases du Québec jouissant d'une autonomie politique forte et ayant maintenu son identité distincte jusqu'à aujourd'hui», fait valoir M. Laforest, tout en reconnaissant que d'autres collègues ne partagent pas du tout son point de vue. 

Quelques activités organisées par Parcs Canada

À QUÉBEC

Lieu historique national du parc Montmorency (où a été érigé le premier parlement du Canada), côte de la Montagne, Vieux-Québec. 

› Tous les samedis du 19 juillet au 30 août 2014 

Animation en après-midi sur le thème de la Conférence de Québec 

› 20 août

Cérémonie de citoyenneté de 25 nouveaux Canadiens organisée par Citoyenneté et Immigration Canada 

› 5 au 7 septembre 

Venue de sept grands voiliers dans le port de Québec pour commémorer les conférences de Québec et de Charlottetown. Animation sur les quais, spectacles, musique.

(Cet événement est organisé par le Rendez-vous naval en collaboration avec 3E événements et différents partenaires, dont Patrimoine Canada.)

› 6 septembre

Programmation à déterminer

Visite du premier ministre Stephen Harper?

Lieu historique national des Fortifications-de-Québec, secteur du Parc-de-l'Artillerie 

› 27 septembre 

Causerie sur la Conférence de Québec de 1864 ponctuée de musique du 19e siècle 

***

À MONTRÉAL

Lieu historique national de Sir--George-Étienne-Cartier, situé coin Berry et Notre-Dame 

› 5 au 7 septembre 

Cartier à la Conférence de Charlottetown, en route vers la Confédération: conférence et animations spéciales qui soulignent le rôle joué par Cartier en 1864

› 6 septembre

Concert spécial pour souligner le 200e anniversaire de Cartier. «Ce sera un rappel de l'importance de la musique dans la vie de Cartier, de son implication dans le mouvement patriote et la musique comme expression nationale dans le Québec d'il y a 150 ans», indique la porte-parole de Parcs Canada, Marie-Josée Bissonnette. 

› 11 et 12 octobre 

Cartier à la Conférence de Québec, l'architecte d'un pays: conférence et animations spéciales qui soulignent le rôle de Cartier dans l'établissement de la Confédération.

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