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Pourquoi Michaëlle Jean veut diriger la Francophonie

Michaëlle Jean soutient qu'elle a l'expérience nécessaire pour... (Photo Le Soleil, Yan Doublet)

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Michaëlle Jean soutient qu'elle a l'expérience nécessaire pour être élue à la tête de l'Organisation internationale de la Francophonie.

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(Québec) Michaëlle Jean veut succéder à Abdou Diouf à la tête de la Francophonie. Et si elle est élue en novembre, elle entend diriger une Organisation tournée vers le développement économique, surtout celui des pays africains. Mais, pour l'instant, elle répond à ses détracteurs. Non, elle n'a pas occupé des fonctions de «potiche», réplique-t-elle à ceux qui lui reprochent de ne jamais avoir dirigé de gouvernement.

«Pendant mon mandat comme gouverneure générale du Canada, j'ai agi en femme d'État. J'ai été reçue en femme d'État et j'ai été respectée aussi comme une femme d'État», lance Michaëlle Jean au Soleil à qui elle a accordé vendredi sa première entrevue en tant que candidate officielle au poste de secrétaire générale de l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF).

L'affirmation est sans détour. Assise à l'hôtel Château Laurier après une rencontre avec le premier ministre Philippe Couillard, Michaëlle Jean aborde d'elle-même les critiques à son endroit. 

Celles voulant que le fait de ne jamais avoir été présidente ou ministre soit un handicap. «Le secrétaire général de l'OIF doit savoir réagir en situation de crise et se faire entendre des chefs d'État, particulièrement africains», avait confié un observateur proche de l'OIF au Devoir en novembre alors que s'accéléraient les rumeurs de la candidature de la femme de 56 ans.

«Il y a déficit de compréhension par rapport à tout ce que j'ai accompli», réplique celle qui a été gouverneure générale de 2005 à 2010. «On dit ça parce que gouverneure générale n'était pas une fonction élective. Avec tout ce qu'on peut colporter comme préjugés, des mots comme potiche», déplore Mme Jean. 

Or, les réalités des 77 États membres ou observateurs de la Francophonie, elle connaît. «J'ai dû établir des relations de confiance, de dialogue avec des chefs d'État. Pendant mon mandat, j'ai fait plus de 40 visites d'États, dont 10 en Afrique. J'ai abordé des questions cruciales, comme le soutien au développement, à la stabilité et à la sécurité. C'est pas banal.»

Son travail comme envoyée spéciale de l'UNESCO pour Haïti depuis 2010 a aussi tracé le chemin de l'ex-journaliste vers sa candidature à l'OIF. Partout, dit-elle, elle a provoqué des rencontres, trouvé des solutions et impliqué les citoyens.

Contrer «l'exode des cerveaux»

Si elle est élue lors du Sommet de l'OIF qui se tiendra au Sénégal les 28 et 29 novembre, Michaëlle Jean entend miser sur ce côté terrain, citoyen. «Je suis une femme d'action», dit celle qui veut faire de l'économie une priorité. 

«Abdou Diouf a établi des fondations solides du point de vue de la Francophonie politique. Maintenant, ce que j'entends des chefs d'État depuis un an, c'est qu'ils veulent une Francophonie économique.»

Cela se traduirait par l'investissement dans la formation dans des domaines de pointe, la diversification de l'économie et l'aide aux pays africains émergents.

«Ce sont des pays de jeunesse. Il faut créer des opportunités. C'est bien beau d'avoir des diplômés, mais si on a des diplômés chômeurs, on va où?» demande-t-elle. 

«On ne veut pas participer à l'exode des cerveaux. Il faut des citoyens, des experts compétents qui contribuent à l'essor de leur société.»

Des sociétés toutes bien différentes, d'ailleurs. Les 890 millions de citoyens des pays de l'OIF n'ont pas toutes les mêmes chances de se développer, de s'exprimer, de rêver.

La Francophonie, reconnaît Mme Jean, est composée de pays à «démocratie à géométrie variable». Mais elle assure ne pas craindre d'aborder le sujet des droits de la personne parfois bafoués.

«J'ai souvent pris la parole sur des questions épineuses. La façon de le faire est en s'appuyant sur ce qui se fait dans ces pays pour lutter contre ça. Contre l'impunité, contre la violence faite aux femmes, contre les mutilations génitales», énumère-t-elle. «Il y a un art de la diplomatie qui permet de nommer les choses sans être donneur de leçons. C'est peut-être idéaliste, mais il faut aussi cette force de conviction. Appuyer la démocratisation, c'est un long processus.»

Pluralisme linguistique

Économie, éducation, démocratie. Et la langue dans tout ça? Elle est au coeur de la Francophonie, le lien entre sa soixantaine de pays membres.

Mais Michaëlle Jean insiste sur le fait que l'OIF ne voit pas la défense du français comme incompatible avec d'autres langues. La Francophonie pourrait-elle, par exemple, prendre position sur la croissance de l'anglais à Montréal? L'aspirante candidate ne commentera pas ce cas précis.

«La Francophonie travaille beaucoup sur la pérennité de la langue française et du fait français qui s'inscrit dans un processus historique, mais ne s'inscrit pas en faux face à d'autres langues», dit-elle. La Francophonie défend le pluralisme linguistique. Cela dit, il y a une forte demande du français. Il y a un désir pour le français dans le monde. Il faut saisir cette occasion.»

***

Pas de tandem du Nord à la tête de l'OIF

Si Michaëlle Jean est élue secrétaire générale de la Francophonie, le numéro deux de l'organisation, le Québécois Clément Duhaime, devra partir afin d'éviter une surreprésentation du Nord à la tête de l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF). «Il va falloir que ce soit quelqu'un du Sud», confirme Mme Jean en entrevue au Soleil à propos de l'administrateur général de l'OIF depuis 2006. «Et pour les gens du Sud, ce serait une belle opportunité de se défaire d'une stigmatisation qui voudrait que quelqu'un du Sud ne peut pas être un administrateur compétent, imputable, transparent», estime Mme Jean. Elle salue le travail de M. Duhaime et assure que la personne qui le remplacerait ne serait pas désignée dans la précipitation. «Il faut ce souci de trouver la bonne personne et d'établir la transition», dit -elle. 

***

Au revoir, Haïti

Michaëlle Jean terminera en octobre un mandat de quatre ans comme envoyée spéciale de l'UNESCO pour Haïti. Elle partira avec le sentiment d'avoir contribué à garder son pays natal «présent dans les esprits», malgré tous les défis de reconstruction auquel il fait toujours face quatre ans après le tremblement de terre meurtrier de 2010. Mais Michaëlle Jean se réjouit de voir qu'elle a pu parler de sa terre natale sur toutes les tribunes et utiliser son «pouvoir d'influence» pour créer des partenariats. «Je sors remplie de fierté d'avoir joué ce rôle de facilitatrice», dit-elle. 

***

Soutien de la ministre St-Pierre 

La ministre des Relations internationales et de la Francophonie du Québec, Christine St-Pierre moussera la candidature de Michaëlle Jean à l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF) auprès de son homologue français Laurent Fabius, a appris Le Soleil. Mme St-Pierre rencontrera le ministre français des Affaires étrangères lors d'un séjour en France ces jours-ci. La ministre, qui a rencontré Michaëlle Jean avec le premier ministre Philippe Couillard vendredi, devrait profiter du voyage pour rencontrer l'actuel numéro un de l'OIF, Abdou Diouf. 

***

Michaëlle Jean en quelques dates

6 sept. 1957 : Michaëlle Jean naît à Port-au-Prince en Haïti.

1968 : Elle fuit le régime de François Duvalier en Haïti en 1968. Sa famille s'établit à Thetford Mines.

1988 : Elle amorce sa carrière comme journaliste à Radio-Canada et à son volet anglophone, CBC.

2005 : Elle devient le 20e gouverneur général du Canada. Son mandat se termine en 2010.

2010 : Elle est nommée comme envoyée spéciale de l'UNESCO pour Haïti. Son mandat prendra fin en octobre 2014.

2012 : Elle devient chancelière de l'Université d'Ottawa.

Juin 2014  : Confirme sa candidature au poste de secrétaire générale de l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF). Elle tentera ainsi de succéder à Abdou Diouf, qui occupe ce poste depuis 2003. Le Sommet de l'OIF aura lieu à Dakar au Sénégal les 28 et 29 novembre.  

Avec Jean-Marc Salvet

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