Mouvement Idle No More: une alliée de Wendake avec Theresa Spence

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Theresa Spence peut compter sur l'appui de son amie et présidente de l'Association des femmes autochtones du Canada, Michèle Audette (photo). Bien qu'elle endosse le combat de la chef d'Attawapiskat, Mme Audette a tenté de convaincre Mme Spence, sans succès, d'abandonner sa grève de la faim, craignant pour sa santé.

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Résidante de Wendake, la présidente de l'Association des femmes autochtones du Canada (AFAC), Michèle Audette, côtoie régulièrement depuis décembre la chef crie Theresa Spence dans le campement qu'elle a établi à l'île Victoria, près d'Ottawa, où elle mène une grève de la faim pour que le premier ministre Stephen Harper et le gouverneur général David Johnston acceptent de rencontrer les chefs des nations autochtones.

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Theresa Spence

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«Je passe deux ou trois jours là-bas chaque semaine et je reviens dans ma famille à Wendake. Je fais ça à mes frais, car je considère ça comme un investissement. Ce n'est pas grave si je dois sortir l'argent de ma poche pour cette situation qui sort de l'ordinaire», a déclaré Mme Audette en entrevue téléphonique au Soleil alors qu'elle se trouvait dans le tipi érigé par la chef Spence.

«Ici, il y a de l'humour, de la vision, de l'espoir, mais aussi de la peine et de la frustration. On propose des actions, des stratégies, quoi faire, qui rencontrer. Mme Spence est toujours aussi déterminée et elle garde le moral», commente Mme Audette, une Innue originaire de Maliotenam qui a fondé une famille avec un Huron-Wendat.

«Je la connaissais depuis plusieurs années, mais j'ai appris à la connaître davantage, à l'aimer. On vit ensemble, on parle d'enfants, on parle du passé, de politique. J'écoute et j'apprends beaucoup d'elle», poursuit-elle.

Inquiète pour son amie

Inquiète pour la santé de son amie, Michèle Audette avoue qu'elle a tenté de convaincre Theresa Spence de recommencer à s'alimenter normalement. «Je lui ai dit que je lui parlais comme une maman, je lui ai dit que je rêvais qu'elle retourne chez elle près de ses enfants et de ses petits-enfants, car son message avait passé et qu'on avait besoin d'elle.»

La chef de la communauté d'Attawapiskat a toutefois gardé le cap. «Elle m'a calmement répondu avec un beau sourire qu'elle avait entendu mon message, mais que je devais respecter ses convictions et les raisons pour quoi elle faisait ça. J'ai alors remis mon chapeau de présidente de l'AFAC et je lui ai dit que je serais côte à côte avec elle dans son combat.»

Dernière munition

Mme Audette considère que le mouvement Idle No More est peut-être la dernière munition des peuples autochtones du Canada, dont les conditions de vie sont souvent très difficiles.

«Je n'accepte pas que les communautés soient prises en otages. Par exemple, il y a une communauté au Manitoba dont la population est passée de 2500 à 7000 personnes depuis 1982, mais qui reçoit encore le même financement!» signale-t-elle, rappelant également que les femmes autochtones sont cinq fois plus à risque d'être victimes d'un crime violent que les femmes non autochtones.

Elle déplore cependant que ce qu'elle considère comme un geste pacifique ait malheureusement été dépeint par une menace par certains. «Vous savez, une femme autochtone a été violée et laissée pour morte à Thunder Bay il y a quelques semaines par deux agresseurs non autochtones qui lui ont dit qu'elle n'était pas la première ni la dernière et qui ont ajouté qu'ils en avaient assez d'Idle No More», conclut-elle, mentionnant cette agression, qui est traitée comme un crime haineux par la police locale.

Les problèmes sociaux moins visibles à Wendake

Selon Michèle Audette, les problèmes sociaux dénoncés par les autochtones du Canada existent aussi à Wendake, où elle habite depuis plusieurs années, mais ils sont davantage cachés.

«Je suis originaire de Maliotenam et je suis arrivée à Wendake, comme plusieurs autochtones de l'extérieur, avec plein de préjugés sur les Hurons-Wendat : ils sont rendus blonds, ils n'ont pas la peau brune comme nous, ils ne parlent plus notre langue. J'y ai plutôt découvert un peuple vivant, fier de ses traditions et qui a une grande connaissance de son territoire», avoue celle qui a épousé un Huron-Wendat avec qui elle a eu trois enfants.

«Je ne pensais pas qu'il y avait des problèmes sociaux ici, mais, quand j'étais présidente de l'Association des femmes autochtones du Québec, j'ai pu m'asseoir avec le directeur de la sécurité publique de Wendake et j'ai vu les statistiques. Comme à Maliotenam, la violence existe à Wendake, mais elle est plus cachée, plus taboue. Les conseils de bande font beaucoup d'efforts pour faire la promotion de la non-violence», poursuit-elle.

Racisme

Mme Audette explique que la pauvreté et le racisme existent aussi chez les Hurons-Wendat. «La pauvreté est moins frappante, mais elle existe pareil et, comme je mentionnais plus tôt, il y a du racisme de la part des non-autochtones, mais aussi de la part d'autres nations autochtones.»

La présidente de l'Association des femmes autochtones du Canada raconte d'ailleurs une anecdote survenue cette semaine à Neufchâtel alors qu'elle revenait d'Ottawa. «J'avais mes mocassins, c'était évident que je venais du Nord et un policier m'a dit : "Vous avez juste à boire comme du monde, vous autres!" Je lui ai demandé pourquoi il me parlait comme ça, qu'on devrait plutôt être solidaires, et il m'a envoyé promener», commente-t-elle.

Elle ajoute qu'une altercation serait survenue vendredi entre deux non-autochtones et un Huron-Wendat. «Malheureusement, on sent que la tension augmente, car j'ai senti de l'impatience dans ces deux événements. Peut-être parce qu'on parle beaucoup des autochtones par les temps qui courent. En plus de la mobilisation, il faudra aussi faire de l'éducation populaire», conclut-elle.

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