François Hollande donne satisfaction à Pauline Marois

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(Paris) Il faut dire ce qui est: le président français, François Hollande, a fait plaisir à Pauline Marois sans trop en faire, aujourd'hui.

Il n'a pas employé comme tels les mots «non-ingérence, non-indifférence». Mais il a tout de même trouvé le moyen de reprendre la formule à son compte.

Il a assuré à la première ministre du Québec, Pauline Marois, que la France revenait à la «continuité» dans les relations franco-québécoises. Il a ainsi, en quelque sorte, effacé la rupture provoquée par son prédécesseur, Nicolas Sarkozy.

Pauline Marois et François Hollande ont eu un entretien d'une cinquantaine de minutes à l'Élysée ce midi.

Le président est venu accueillir son invitée à son arrivée et l'a raccompagnée à la sortie, en plus de se présenter avec elle devant les journalistes, ce qui est inusité et n'était pas prévu.

François Hollande a d'abord évoqué la «fraternité» des liens unissant le Québec et la France.

Aux journalistes qui lui ont rappelé que Pauline Marois avait émis le souhait, tout juste avant son départ de Québec, qu'il revienne à la formule de «non-ingérence, non-indifférence», il a répondu ceci: «Ça fait 30 ans que cette formule existe. Elle a été portée par tous les gouvernements successivement. Cette formule prévaut encore aujourd'hui.»

«Moi, je suis pour la continuité», a-t-il encore dit à l'évocation de la rupture créée par son prédécesseur.

En 2009, le président Nicolas Sarkozy avait indigné le mouvement souverainiste québécois en parlant de «sectarisme» et d'«enfermement sur soi» pour le décrire.

Rayonnante

Aux côtés de François Hollande, Pauline Marois était rayonnante dans la cour de l'Élysée, elle qui venait tout juste d'avoir droit aux honneurs de la Garde républicaine.

«Le président a choisi ses mots à lui pour dire qu'il était toujours à nos côtés et que cette relation de solidarité allait se perpétuer», a-t-elle déclaré, satisfaite.

Une précision: en notant que cette formule avait été «portée par tous les gouvernements» de l'Hexagone, François Hollande a voulu souligner que les positions de Nicolas Sarkozy n'avaient engagé que lui; qu'elles ne relevaient pas de «l'institution France», si l'on peut dire.

S'il a tout de même évité de répéter lui-même les fameux mots, c'est qu'il n'est pas question pour la France, en 2012, de heurter de quelque façon que ce soit le gouvernement canadien.

Voilà sans doute aussi pourquoi François Hollande n'a pas été jusqu'à dire, comme l'ancien président Jacques Chirac en d'autres temps, que la France «accompagnerait le Québec quel que soit le chemin qu'il choisira». La sympathie diplomatique a des limites.

Surtout que l'actuel président sait parfaitement que le gouvernement péquiste est sérieusement entravé par son statut de gouvernement minoritaire.

Les jeunes

Lors de la rencontre entre le président français et la première ministre québécoise, il a notamment été question des échanges entre Québécois et Français de part et d'autre de l'Atlantique. Ils seront élargis.

«L'avenue que nous souhaiterions maintenant développer, c'est celle des jeunes en formation professionnelle et en formation technique, qui souvent n'ont pas la chance de participer à des échanges.»

«Je crois que c'est une avenue très intéressante pour permettre que ces jeunes s'ouvrent sur autre chose que leur univers immédiat.»

Pauline Marois a présenté à son hôte son projet de «gouvernance souverainiste». «J'ai expliqué à M. Hollande quelle était l'action que nous allions mener, étant donné que nous sommes un gouvernement minoritaire; que nous allions défendre nos champs de compétence - que nous allions rapatrier au moins les sommes qui concernent nos champs de compétence - et ouvrir sur des rapatriements de certains pouvoirs.»

Pauline Marois a confirmé que le premier ministre français, Jean-Marc Ayrault, effectuera un voyage officiel au Québec au printemps.

Les mots sur un fil

Pour des initiés du cercle franco-québécois, François Hollande n'aura fait que le service minimum, aujourd'hui, même si la première ministre et son ministre des Relations internationales, Jean-François Lisée, s'en réjouissent.

Pour beaucoup d'autres, lassés par cette industrie des mots diplomatiques, l'actuel gouvernement du Québec ne devrait jamais pousser l'hôte de l'Élysée à s'avancer sur ce terrain. Pour eux, il y a beaucoup mieux et beaucoup plus urgent à faire au Québec.

Née dans les années 70, la «non-ingérence, non-indifférence» est une formule de neutralité officielle et de sympathie officieuse.

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Une arrivée discrète

La première ministre du Québec est arrivée très discrètement dans la capitale française lundi matin. Ni tapis rouge, ni ministre pour l'accueillir après son vol depuis Kinshasa, via Bruxelles. Le contraste était saisissant avec l'arrivée de l'un de ses prédécesseurs, Lucien Bouchard, en 2000. L'ancien premier ministre du Parti québécois avait été accueilli à l'aéroport Charles de Gaulle par Claude Bartolone, alors ministre socialiste de la Ville. M. Bouchard avait eu droit au tapis rouge et même aux honneurs militaires. La Garde républicaine avait joué pour lui la Marche consulaire. Mais les spécialistes des questions diplomatiques ont soumis que cette arrivée discrète de Mme Marois à l'aéroport du Bourget s'explique par le fait que son déplacement à Paris est une «visite de travail» et non un «voyage officiel». Et ils notent que pour une «visite de travail», Mme Marois a été reçue avec les plus grands honneurs à l'Élysée. L'accueil de François Hollande a été chaleureux.

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La galanterie...

La scène s'est déroulée lundi après-midi devant une plaque apposée dans l'Assemblée nationale française en 1995 en l'honneur de René Lévesque.

Pauline Marois: «M. Lévesque est le fondateur de notre parti et je suis bien consciente d'en être l'héritière, et qu'il n'est pas évident d'en être à la hauteur. Cependant, je ferai tout ce qu'il faut pour y arriver.»

Claude Bartolone, l'actuel président de l'Assemblée nationale française: «Comme vous êtes première ministre, vous ne pouvez pas être comparée à un premier ministre. Je sais que vous serez à la hauteur.»

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La gangrène de la mafia...

Sans surprise, les médias français ne parlent pas - ou presque pas - du voyage de la première ministre du Québec en France. En revanche, au moins l'un d'entre eux s'est intéressé à la «gangrène de la mafia» sévissant dans la «Belle Province». Le Journal du Dimanche se penche sur «le plus gros scandale de l'histoire moderne du Québec». Il étale sur deux pages «l'incroyable mainmise de la mafia sicilienne sur la Belle Province». Il évoque les contrats détournés dans la construction de routes, de ponts, d'universités, d'hôpitaux, de trottoirs et d'égouts. Conclusion du Journal du Dimanche: «La mafia engraisse des partis et des syndicats.» Il y a quelques jours, Le Monde, lui, y était allé d'un portrait plutôt élogieux de Pauline Marois: «Les rouages de la machine étatique n'ont plus de secrets pour elle, les turpitudes de son parti non plus, volontiers divisé en courants antagonistes. Elle a dû batailler ferme pour y faire sa place.»

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