Le ministre responsable des Institutions démocratiques, Bernard Drainville, déclarait jeudi au Soleil qu'il est ouvert à étudier l'option d'un financement complètement public des partis politiques municipaux, comme l'avait souhaité le maire de Québec, Régis Labeaume, au lendemain du témoignage-choc de l'entrepreneur Lino Zambito à la commission Charbonneau.
M. Labeaume est «content de voir que le message a bien été entendu» et se réjouit de la réponse rapide du ministre, déclare l'attaché de presse du maire, Paul-Christian Nolin.
À Québec, les trois partis souhaitent discuter d'un financement entièrement public, sauf que les deux nouvelles formations insistent pour conserver une part de financement populaire, un geste foncièrement démocratique.
Le chef de Québec autrement, David Lemelin, est un «partisan du financement public, [...] le meilleur moyen de s'assurer que le financement n'est pas intéressé». À la tête de Démocratie Québec, Anne Guérette va dans le même sens.
«Moi, je pense que si les citoyens veulent avoir des élus qui travaillent librement à leur service, il va falloir sérieusement repenser au mode de financement» et augmenter la part publique de manière à se «détacher des retours d'ascenseur» que des donateurs pourraient souhaiter.
Division à Montréal
Dans la métropole, les partis sont plus divisés, mais s'entendent sur la nécessité de maintenir le financement populaire, quitte à mieux l'encadrer. Chez Union Montréal, le parti du maire Gérald Tremblay qui aurait, selon M. Zambito, profité d'un système de ristourne sur les contrats publics, le directeur général, Richard Mimeau, n'est pas fermé à l'idée d'un financement public, mais se pose plusieurs questions.
Que faire si un parti extrémiste demande des fonds? Comment déterminer l'allocation pour un nouveau parti, s'il ne peut solliciter des dons?
Dans le même ordre d'idées, le conseiller municipal Alex Norris, représentant le parti Projet Montréal de Richard Bergeron, croit qu'un système public «donnerait un avantage aux partis qui sont au pouvoir» puisque les allocations seraient vraisemblablement déterminées en fonction du nombre de votes. Il propose plutôt d'abaisser les dépenses autorisées ainsi que le plafond pour les dons.
À Vision Montréal, Louise Harel déplore que le gouvernement ait «négligé» la démocratie municipale lorsqu'il a remis à jour les règles de financement en 2010. En effet, l'allocation annuelle versée par le Directeur général des élections est passée de 50 ¢ à 85 ¢ par vote, alors que l'allocation de Québec et de Montréal à leurs partis est demeurée à 35 ¢. Elle plaide, d'abord, pour un ajustement similaire au municipal, mais elle est «certainement» d'accord pour une plus grande contribution des fonds publics.
«On est dû pour une bonne réflexion!» lance le président de la Fédération québécoise des municipalités, Bernard Généreux.
«L'ambiguïté» sur la bonne foi des donateurs «est malsaine pour la démocratie». Le financement public lui semble une option intéressante, même si elle entraîne des coûts. «L'État n'a pas à jouer là-dedans? Peut-être qu'on se crée ainsi des situations plus coûteuses que l'économie qu'on a voulu faire.»
Les témoignages à la commission Charbonneau sont suffisamment inquiétants pour revoir le financement des partis, affirme le maire de Rimouski et président de l'Union des municipalités, Éric Forest. «On se doit de ne négliger aucune option.» Il faudrait toutefois, dit-il, trouver une façon d'être équitable avec les villes qui n'ont pas de partis.