C'est tout un bras de fer politique qui se profile à l'Assemblée nationale, puisque le gouvernement minoritaire du Parti québécois (PQ) aura besoin soit de l'appui des libéraux, soit de celui des caquistes pour faire adopter son projet.
Or, il ne pourra pas compter sur ces derniers, comme il l'espérait. «On ne remplacera pas une mauvaise taxe par une autre sorte d'impôt», a déclaré François Legault au Soleil, en fin de journée. Le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ) soutient que le gouvernement du PQ a «deux choix devant lui s'il ne veut pas d'élections à court terme : soit reculer sur la hausse d'impôt, soit s'entendre avec le Parti libéral du Québec».
Le gouvernement de Pauline Marois entend hausser les impôts des contribuables les plus aisés pour combler le manque à gagner d'un milliard de dollars créé par l'élimination de la taxe santé générale de 200 $.
Nicolas Marceau a assuré, mercredi, que les «deux principes» suivants seront «respectés» par son gouvernement, qu'il n'en dérogera pas : «abolition de la taxe santé de 200 $» et «transfert du fardeau fiscal d'un milliard de dollars vers les contribuables les plus nantis».
Ce qui fera l'objet de discussions avec les partis d'opposition, a-t-il laissé entendre, portera sur les catégories de contribuables visés, la hauteur des hausses d'impôt à venir et la date de leur entrée en vigueur. La «rétroactivité» sera-t-elle fixée au 1er janvier dernier ou à une date plus rapprochée? À voir aussi.
Cela dit, les augmentations qu'a en tête Nicolas Marceau ne suffiront pas à combler le manque à gagner d'un milliard de dollars. D'autant qu'il est acquis que les dividendes et les gains en capital ne seront pas frappés par un impôt rétroactif.
Le gouvernement devra aussi jouer sur des mesures budgétaires pour combler «une partie du trou», disent des péquistes.
Faux espoir?
Mercredi, le ministre des Finances a estimé pouvoir s'entendre avec la CAQ. «François Legault a dit qu'il ne voulait pas de hausses d'impôt. Or, le fardeau fiscal total des particuliers du Québec n'augmente pas avec notre proposition, a fait valoir Nicolas Marceau. On fait un transfert de fardeau de la classe moyenne vers les mieux nantis.»
Le ministre est-il trop optimiste? François Legault le croit. «Nous, on n'appuiera aucune mesure fiscale augmentant directement ou indirectement les impôts des Québécois, et ce, pour quelque groupe de contribuables que ce soit.»
Le chef caquiste souhaite toujours la disparition de la taxe santé, mais somme le gouvernement de réduire les dépenses de l'État pour combler le manque à gagner qui en résultera.
Ce seraient donc les libéraux qui, privés de chef, devraient sauver le gouvernement du PQ lorsqu'il y aura un vote à l'Assemblée nationale en novembre sur cette question - les libéraux qui ont eux-mêmes créé la taxe santé!
«Plus clair»
En fait, le seul véritable appui du PQ au Parlement se trouve chez les deux élus de Québec solidaire, Françoise David et Amir Khadir - ce qui ne suffira pas à faire adopter quelque changement que ce soit dans ce dossier.
Françoise David pense que ces hausses ne seraient que justice : «Depuis une dizaine d'années, les contribuables gagnant autour de 150 000 $ au Québec ont reçu des baisses d'impôts qui font que maintenant, cette année, ils paient 5500 $ de moins qu'avant.»
Malgré son appui, la nouvelle députée de Gouin glisse que le PQ aurait pu être «plus clair» en campagne électorale sur l'aspect «rétroactivité» des mesures de compensation. «Honnêtement, je ne suis pas certaine qu'on avait tout compris ça.»