Toute la journée, mardi, le ministre des Finances, Nicolas Marceau, a insisté sur deux éléments : son gouvernement a bel et bien l'intention d'abolir la taxe santé de 200 $ le 1er avril prochain, ainsi que de «demander aux contribuables les plus fortunés» de faire leur part pour combler le trou d'un milliard ainsi créé.
«Ce sont deux éléments fondamentaux sur lesquels nous ne dévierons pas», a-t-il déclaré au Soleil.
Gouvernement minoritaire oblige, M. Marceau a aussi dit vouloir être «souple» sur les «moyens» à mettre de l'avant pour y parvenir - pour donner de «l'oxygène» aux familles de la classe moyenne, selon son mot.
Quelle souplesse, pour être plus clair? La rétroactivité des hausses d'impôt pourrait-elle être mise de côté? «La rétroactivité fait partie des choses ouvertes» à la discussion, a répondu le ministre.
Et les hausses d'impôt touchant les contribuables gagnant plus de 130 000 $? «Ça relève également de l'ordre des moyens», a-t-il commencé par dire, laissant entendre que cet aspect était aussi «ouvert» à la discussion avec les partis d'opposition. Mais le ministre a rapidement ajouté qu'il voit «difficilement» comment son gouvernement pourrait ne pas passer par là.
Marge de manoeuvre
Dans cette affaire, la marge de manoeuvre du gouvernement du Parti québécois (PQ) est très étroite. Ce que le ministre suggère, c'est que les hausses d'impôt prévues pourraient être différentes de celles annoncées par son parti et que la date où elles entreraient en vigueur pourrait ne pas être le 1er janvier 2012. Voilà ce qui sera sur la table d'évaluation.
Durant l'entrevue, Nicolas Marceau a en effet confirmé que ces hausses pourraient être modulées différemment et précisé qu'elles pourraient être en vigueur seulement à partir du moment où il déposerait un «énoncé budgétaire» à l'Assemblée nationale, début novembre.
«C'est tout à fait possible», a-t-il dit, sans cependant se prononcer formellement sur ce scénario.
Jusqu'ici, le gouvernement Marois prévoyait ajouter les deux paliers d'imposition suivants : l'un de 28 % pour les revenus supérieurs à 130 000 $; l'autre de 31 % pour ceux au-delà de 250 000 $.
Un volet du plan ne sera vraisemblablement pas «rétroactif», peut-on déjà affirmer : celui sur la hausse de l'imposition sur les gains en capital. Le ministre juge aujourd'hui «difficile» d'appliquer une telle mesure pour des mois déjà écoulés. Avant de présenter quoi que ce soit de précis, Nicolas Marceau attendra d'avoir en main un portrait exact des finances publiques du Québec. Il le croit moins bon que ce qu'en a dit son prédécesseur, Raymond Bachand.
Ce qui est sûr, pour lui, à ce stade-ci, c'est que les modifications à venir nécessiteront un vote des élus du Parlement. «Ça va en prendre un», a-t-il soutenu sur le ton de celui qui y tient. Il veut que chaque formation politique se mouille devant les Québécois.
Partie corsée
La partie s'annonce corsée avec les élus de l'opposition, y compris avec ceux de la Coalition avenir Québec (CAQ).
Au Soleil, le critique caquiste Christian Dubé a explicité les positions de son parti. Il prône d'abord une abolition graduelle de la taxe santé. «En deux ans», stipulaient les documents de campagne électorale de la CAQ.
Ensuite, il ne saurait être question d'augmenter les impôts de qui que ce soit, selon lui. Il faudrait plutôt réduire les dépenses de l'État pour compenser le manque à gagner. «On ne peut pas remplacer une taxe qui n'est pas acceptable par une autre qui ne l'est pas plus», a affirmé Christian Dubé.
Contrairement aux autres, le chef libéral par intérim, Jean-Marc Fournier, a défendu bec et ongles la taxe santé instituée par son gouvernement.
À l'instar de la CAQ, cependant, il a invité le gouvernement à faire «des choix budgétaires» plutôt qu'à «aller dans la poche des Québécois».
Le libéral a dit ne pas vouloir d'un «autre mois d'angoisse fiscale. Nous demandons que le couple Marois-Marceau cesse de jouer aux apprentis sorciers et dévoile son plan dès la semaine prochaine. On est, en ce moment, dans un chaos fiscal».
Jean-Marc Fournier se cabre en entendant parler de taxe «régressive». «Avec le Crédit solidarité, la contribution santé est modulée; elle est progressive, a-t-il fait valoir. Au total, 2,6 millions de ménages ne la paient pas en totalité ou ne la paient pas du tout.»
Il a souligné que «Mme Marois n'a pas dit la vérité. Elle n'a pas dévoilé ses intentions sur la rétroactivité pendant la campagne électorale».
Implicite
Pour Nicolas Marceau, la «rétroactivité» allait de soi dès lors que le PQ a annoncé qu'il abolirait la taxe santé en avril et qu'il la remplacerait par une augmentation des impôts des contribuables gagnant plus de 130 000 $. C'était implicite, faut-il comprendre.
Le ministre a refusé de commenter le fait que cet aspect des choses ait surpris plusieurs de ses collègues péquistes.