Alain Juppé se montre réservé et diplomate devant la politique québécoise. Même le retour des souverainistes au pouvoir ne lui délie pas la langue. «Je ne me mêle pas des affaires politiques intérieures. J'ai des amis dans toutes les formations politiques. Je connaissais très bien Jean Charest, que j'apprécie beaucoup. Je connais aussi Pauline Marois», répond brièvement le maire de Bordeaux.
L'arène politique française? Il plonge dedans sans hésiter une seule seconde. «Ça, c'est d'autre chose! Je m'en mêle encore», lance-t-il avec un enthousiasme peu dissimulé.
Sa cible favorite : le président socialiste François Hollande, qui selon lui n'a jamais voulu voir l'état réel des finances publiques de la France. «C'est une situation très difficile, parce qu'on a l'impression que notre nouveau président de la République et notre nouveau gouvernement viennent de découvrir qu'il y avait une crise d'une gravité exceptionnelle! Ce qu'ils avaient plus ou moins nié durant la campagne présidentielle.»
La précarité des finances françaises inquiète en Europe, un continent fragilisé depuis les déroutes de la Grèce et de l'Espagne. «Aujourd'hui, ils [les socialistes] y sont confrontés. Donc, la situation est compliquée. La croissance n'est pas au rendez-vous, il y a un climat d'inquiétude et même de défiance qui s'est développé dans le pays.»
Mission d'équilibriste
Le président de gauche aura comme mandat ces prochaines années de jouer aux équilibristes, estime l'ancien premier ministre. «Nous avons un exercice extrêmement difficile qui consiste à réduire nos déficits, parce qu'il faut maîtriser notre endettement, sans pour autant casser la croissance. Et ça, c'est très compliqué!»
Alain Juppé ne détonne pas en critiquant les socialistes de François Hollande. Premier ministre associé à la droite sous Jacques Chirac en 1995, il a également repris du service aux côtés de Nicolas Sarkozy. Le maire de Bordeaux a ainsi occupé différents ministères de 2007 à 2012. En France, rien n'empêche un maire local d'occuper des fonctions ministérielles de haut niveau.
Alain Juppé reprendra-t-il du service pour relancer la droite au pays? La mairie de Bordeaux semble à court terme sa priorité. «Nous avons un rendez-vous électoral important qui s'en vient en 2014... et je suis déjà en train de le préparer», dit-il.
Il ne faut pas écarter pour autant l'ancien premier ministre de la prochaine présidentielle, prévue pour 2017. «On verra! Pour l'instant, je me consacre à fond à ma ville de Bordeaux, qui s'est complètement transformée depuis 15 ans. Mais j'ai encore beaucoup de projets pour les 10 ou 15 ans qui viennent...»