Les coulisses d'un changement de garde au Parlement

Jean Charest, qui vient d'annoncer son départ de... (La Presse Canadienne)

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Jean Charest, qui vient d'annoncer son départ de la vie politique.

La Presse Canadienne

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(Québec) Plus de 10 ans séparent les deux scènes, mais un fil invisible les relie.

16h30, mercredi 10 janvier 2001: un avion décolle de Dorval en direction de Québec. Le premier ministre Lucien Bouchard et ses plus proches collaborateurs sont à bord. Ils volent vers l'aéroport Jean-Lesage pour une mission particulière: le chef du gouvernement du Parti québécois a décidé d'annoncer sa démission le lendemain.

Dans l'avion, il y a, à côté de Lucien Bouchard, ses gardes du corps, un de ses principaux conseillers, Jean-Roch Boivin, son chef de cabinet, Hubert Thibault, l'adjoint de celui-ci, Pierre-Luc Desgagné, son attachée de presse, Christiane Miville-Deschênes.

19 minutes

Mercredi 5 septembre 2012: un Challenger du Service aérien gouvernemental décolle de Sherbrooke. Direction: l'aéroport de Québec.

Le vol sera court. Il durera 19 minutes.

À bord: le premier ministre libéral Jean Charest, battu quelques heures plus tôt dans sa circonscription. Son gouvernement vient de mordre la poussière.

À ses côtés, son attaché de presse, Hugo D'Amours, une proche collaboratrice, Brigitte Fortier, son fidèle conseiller, Mario Lavoie, son chef de cabinet, Daniel Gagnier, sa femme, Michèle Dionne, et des gardes du corps.

Témoins directs

Jean Charest s'est couché aux petites heures du matin, bien après l'attentat perpétré à l'arrière du Métropolis, à Montréal.

L'état-major libéral a vu, à la télé, la nouvelle première ministre, Pauline Marois, être évacuée de la scène par son majordome et des gardes du corps. Inquiets, les agents affectés à la protection de Jean Charest ont suivi les événements de près.

Le chef libéral s'est couché très tard - très tôt mercredi, devrait-on dire. Pareil chez François Legault, et plus encore du côté de Pauline Marois, où l'on a été heurté et secoué par l'attentat.

Des proches de la première ministre élue ont été des témoins directs des scènes dramatiques à l'arrière du Métropolis. Ils ne dormiront pratiquement pas cette nuit-là. Un père de famille a été tué.

Sérénité

La décision de Jean Charest est prise lorsqu'il finit par aller se coucher. Il sait qu'il démissionnera quelques heures plus tard.

À bord du Challenger gouvernemental, tout le monde est fatigué. L'atmosphère est sereine. On juge la défaite plus qu'honorable, compte tenu des neuf années de pouvoir.

On se renseigne sur des résultats électoraux qu'on n'a pu suivre la veille. Henri-François Gautrin? Oui, il a été réélu. Et lui? Non. Et elle? Non.

Un fil relie les deux scènes. En même temps, tout est différent. À l'exception de sa garde rapprochée, personne ne savait ce que s'apprêtait à faire Lucien Bouchard ce jour de janvier 2001. Le secret n'avait pas été éventé.

Mercredi, tout le monde savait que Jean Charest allait démissionner. Sur le tarmac de l'aéroport, alors que l'avion venait de s'immobiliser, l'agente de bord n'a pu contenir ses larmes. Les pilotes étaient émus. «Merci, merci. Au revoir», a-t-on répété de part et d'autre.

Claude Ryan

Au Conseil des ministres convoqué par Jean Charest ce mercredi, les sentiments étaient à fleur de peau. Les yeux étaient rougis autour de la grande table ovale.

Dans le huis clos de la réunion, le ministre délégué aux Finances, Alain Paquet, battu dans Laval-des-Rapides par le péquiste Léo Bureau-Blouin, a cherché à rassurer ses collègues. Il a évoqué l'ouvrage de Claude Ryan sur les «valeurs libérales», publié en 2002.

Alain Paquet a puisé dans le dernier chapitre du livre de l'ancien chef pour insister sur l'enracinement du Parti libéral du Québec, a-t-on relaté au Soleil. Le chapitre s'intitule : «Des valeurs toujours actuelles».

Tranches de vie

Mercredi et jeudi, la politique - ses stratégies et ses tactiques - avait cédé le pas à des tranches de vie.

Sur la colline parlementaire, dans la rue, des libéraux défaits se faisaient l'accolade, se consolaient.

Au pied de l'hôtel Hilton, les députés Patrick Huot et Raymond Bernier, battus dans Vanier-Les Rivières et Montmorency, se sont encouragés mutuellement. Ils ne savent pas trop de quoi leur avenir sera fait.

Près du parlement, les députés Georges Mamelonet et Damien Arsenault, défaits dans Gaspé et Bonaventure, marchaient ensemble sans rien dire.

Les indemnités que toucheront les élus battus dans leur circonscription leur permettront de se reposer quelque temps. «On a besoin d'une cure de désintox», a lâché un libéral.

Pour chaque élu battu qui se verra offrir un ou des emplois - pensons au ministre sortant Clément Gignac -, deux ou trois devront prendre leur bâton de pèlerin pour se retrouver un gagne-pain.

La situation sera encore plus difficile pour des attachés politiques et de presse. «On va voir beaucoup de libéraux derrière les comptoirs des Tim Hortons», a lancé l'un d'eux pour s'amuser.

Derrière le parlement, on a aperçu Pierre Reid, d'Orford, faire signe à ses collègues Pierre Marsan, de Robert-Baldwin, et Henri-François Gautrin, de Verdun. Il leur a montré une photo où l'on voit la ministre démissionnaire Monique Gagnon-Tremblay aux côtés de feu le député Gérard D. Lévesque, élu et réélu dans Bonaventure de 1956 à 1989. Des souvenirs. Le trio avait du plaisir. L'opposition? Pourquoi pas!

Soulagement aussi

De l'émotion pour tous, de l'inquiétude pour plusieurs, mais aussi une forme de soulagement.

Le stress qui accompagne les responsabilités gouvernementales est désormais pour les péquistes, a-t-on beaucoup entendu ces dernières heures. «Moi, maintenant, je vais pouvoir dormir tranquillement. À eux les problèmes!» a commenté un proche de Jean Charest.

Au Parti québécois, on prépare minutieusement les prochains mois. Ce parti de gouvernement n'ignore rien de la complexité de la tâche.

Pauline Marois l'a glissé dans un communiqué de presse dans lequel elle salue le travail de Jean Charest. Elle y parle de «l'exigeante fonction de premier ministre du Québec».

Elle sait ce qu'ont vécu ses prédécesseurs. Elle veut miser sur les compétences que lui reconnaissent nombre de Québécois et la force de son équipe pour tenter de tirer son épingle du jeu.

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