Mais il reconnaît du même souffle que l'inconnu lui pend au bout du nez. «Entrer en politique, c'est comme faire un saut dans le vide.»
S'il est bien rompu à la joute médiatique, l'ancien leader étudiant devra apprivoiser un terrain de jeu tout nouveau au cours des prochains mois: l'arène politique. Les règles y sont très différentes de celles qu'il a connues dans le mouvement étudiant, souligne André Boisclair, ancien président de la Fédération des associations étudiantes collégiales, l'ancêtre de la FECQ, d'où vient Léo Bureau-Blouin.
«Il n'y a pas de code Morin au caucus. Quand on est habitué de travailler avec des procédures, c'est très différent. Dans le mouvement étudiant, on pouvait passer une heure à discuter d'un ordre du jour. C'est pas comme ça que ça fonctionne en politique. Il y a une série de règles non écrites, de règles informelles. Il y a des choses qu'on apprend à faire et d'autres qu'on apprend à ne pas faire», se rappelle l'ancien chef du Parti québécois, élu pour la première fois en 1989, à 23 ans.
Jouer l'équipe
Il lui aura d'ailleurs fallu faire ses preuves au sein du caucus péquiste. Pas toujours facile de se tailler une place parmi les ténors du parti. Le «trio de l'époque» était composé de Guy Chevrette, de Jacques Brassard et de François Gendron. «Je me rappelle de certains d'entre eux, qui étaient à la fois généreux de leurs conseils, mais qui, du même souffle, me faisaient comprendre qu'ils avaient plus d'expérience que moi et qu'il faudrait... attendre un peu», lance-t-il en riant.
Le jeune Boisclair a donc attendu. Et surtout, observé. Studieux, il s'est concentré sur les dossiers qu'on lui avait confiés. Peut-être même un peu trop, admet-il avec le recul. «Je me souviens jeune d'avoir un peu négligé les rapports humains. J'ai vite compris avec le temps qu'un parti politique est performant à l'Assemblée nationale dans la mesure où il sait jouer l'équipe. J'ai compris qu'il fallait à l'intérieur du caucus développer les coalitions, renforcer ses présences, mais aussi être capable de bien jouer.»
Même si son entrée à l'Assemblée nationale remonte à une vingtaine d'années, André Boisclair se rappelle très bien ses premiers mois comme député fraîchement élu.
Il a encore en tête les images de citoyens au chômage, qui défilaient la mine basse dans son bureau de circonscription pendant une période particulièrement difficile sur le plan économique. Un plongeon dans la vie pour ce jeune homme de 23 ans.
«De voir des gens plus âgés que soi aux prises avec de vrais problèmes... Je me souviendrai d'avoir été très touché par ces gens qui s'ouvraient à nous, parfois sans aucune gêne et avec beaucoup de désespoir, et qui avaient besoin d'un véritable coup de pouce».
Au cours de ces premiers mois, André Boisclair a aussi pu compter sur les bons conseils de ses collègues. À commencer par Louise Harel, avec qui il a partagé plusieurs aller-retour entre Québec et Montréal. «Elle m'a tout appris de la vie de député», dit-il.
Les conseils d'Harel
Celle que Bernard Landry a déjà qualifiée de «mère Teresa» avait manifestement le coeur tendre envers les jeunes élus, même envers ceux du camp adverse. Simon-Pierre Diamond, qui a fait son entrée comme député de l'Action démocratique du Québec en 2007 à l'âge de 22 ans, a lui aussi pu compter sur elle.
«J'affichais une très belle naïveté et je recevais des conseils de tous les partis politiques. Louise Harel me donnait des conseils sur comment faire des discours», se rappelle celui qui a posé sa première pancarte électorale à 15 ans.
Pour M. Diamond, il n'est jamais trop tôt pour faire son entrée en politique. «Je n'ai jamais vu l'âge que j'avais comme étant un frein. Lorsqu'on est jeune, de toute façon il faut faire nos preuves, que ce soit à l'Assemblée nationale ou dans n'importe quel milieu de travail. Et la vie parlementaire est bien particulière. Que l'on ait 22 ans ou 40 ans, c'est un apprentissage quand même. Il n'y a personne qui arrive en politique et qui dit que c'était facile et qu'il était préparé à ça.»
Au nouveau député péquiste, Simon-Pierre Diamond lui conseille d'abord d'apprendre... à être patient. «Le choc de la réalité, c'est surtout le fait que les décisions sont longues à prendre. Le processus parlementaire est parfois laborieux. Il y a beaucoup de projets de loi sur lesquels j'ai travaillé qui n'ont jamais vu le jour. Quand on est jeune, on est parfois plus impatient. En tout cas, moi, je l'ai été!»
Il y a aussi des moments où l'âge fait sourire plutôt que rouspéter. M. Diamond se rappelle encore très bien de sa première question posée à l'Assemblée nationale. Il a voulu adopter un ton agressif en interpellant la ministre de l'Environnement de l'époque, Line Beauchamp. Mais son visage trahissait davantage son immense fierté que son indignation. «Visiblement, j'avais un sourire dans le visage que je ne contrôlais pas, parce que j'étais fier de poser ma première question. Ç'a fait rire tout le monde! Pour Léo Bureau-Blouin aussi, sa première question à l'Assemblée nationale sera certainement un moment mémorable.»
À 20 ans, Léo Bureau-Blouin devient le plus jeune député de l'histoire du Québec. Mardi soir, il a battu le record de Simon-Pierre Diamond, élu à 22 ans en 2007, lui-même précédé par André Boisclair, devenu député à 23 ans, en 1989. Pas toujours facile d'être le «p'tit jeune d'la gang» à l'Assemblée nationale.
Concilier études et vie parlementaire: entre le parlement et l'université
Il l'a répété pendant la campagne et entend bien tenir promesse. Même si ses fonctions de député l'empêcheront d'entrer à l'université à temps plein cet automne, Léo Bureau-Blouin veut concilier études et vie parlementaire.
«Je vais m'informer pour voir de quelle façon, que ce soit maintenant ou à l'hiver, je peux prendre un cours ou deux pour continuer de m'améliorer. Il y a de plus en plus de métiers qui exigent de la formation continue, alors j'essaie d'appliquer ça aux élus», affirme-t-il.
Au cours des dernières semaines, certains ont reproché à l'ancien leader étudiant de mettre de côté ses études pour se lancer en politique. André Boisclair, qui n'avait pas de diplôme universitaire en poche lorsqu'il a fait son entrée à l'Assemblée nationale, a connu les mêmes critiques. «Ce n'est pas le diplôme qui m'aurait aidé à l'époque à mieux performer à l'Assemblée nationale», tranche-t-il.
Néanmoins, André Boisclair a décidé de quitter la politique en 2005 pour effectuer des études en administration publique à l'Université de Harvard avant de devenir chef du Parti québécois, deux ans plus tard. «Considérant l'importance que j'accordais à l'éducation, il fallait que je sois conséquent», dit-il.
Les plus jeunes députés à l'Assemblée nationale
Claude Charron: élu à 23 ans le 29 avril 1970
André Boisclair: élu à 23 ans le 25 septembre 1989
Simon-Pierre Diamond: élu à 22 ans le 26 mars 2007
Léo Bureau-Blouin: élu à 20 ans, le 4 septembre 2012