Le premier ministre grave son sceau sur une promesse faite en juin 2011 par l'ex-ministre Nathalie Normandeau, qui avait annoncé que 700 MW de projets abandonnés ou non attribués lors des précédents appels d'offres (les MW «orphelins») seraient remis en jeu.
«L'effet immédiat, a dit M. Charest, c'est un signal à toute la filière pour la pérennisation de vos opérations et de vos entreprises.»
Les obligations de contenu régional seront maintenues, a réitéré M. Charest, tel qu'il l'avait promis le 30 mars à Gaspé. Au moins 30 % du coût des éoliennes doit être dépensé en Gaspésie et dans la MRC de Matane et 60 % des coûts globaux au Québec.
L'attribution de 250 MW aux autochtones est la seule nouveauté. Et les Micmacs de la Gaspésie, présents lors de l'annonce, ont bien l'intention de saisir leur chance avec un projet de 150 MW. «Ultimement, il n'y a pas de garantie pour qui que ce soit, a averti Jean Charest. Les projets sont évalués au mérite, mais le degré d'expertise et de rigueur chez les Micmacs est élevé.»
«Ce sont des bonnes nouvelles. Ça va être premier arrivé, premier servi», évalue Claude Jeannotte, chef de Gespeg. «Nous, on est déjà avancés.» Les Micmacs seraient propriétaires à 60 % d'un parc réalisé avec Innergex, qui coûterait 300 millions $ et serait situé dans l'arrière-pays d'Escuminac, dans la Baie-des-Chaleurs. Selon M. Jeannotte, seule la question des coûts de raccordement au réseau reste à régler.
Goulot d'étranglement
Des leaders régionaux dénoncent un goulot d'étranglement dans les lignes de transport d'électricité, qui compromettrait de nouveaux parcs sur la péninsule. «Ça fait partie des défis que nous avons. Hydro-Québec devra trouver des solutions», a affirmé M. Charest.
Le premier ministre n'a pas été en mesure de dire si les 450 mégawatts de projets non autochtones seraient privés ou communautaires. «On se réserve le droit d'en faire une partie communautaire. Il y a une question de coûts qui va jouer.»
Les municipalités gaspésiennes empocheront 20 fois plus par MW avec le parc communautaire qu'avec le plus généreux des parcs privés.
Toutefois, Hydro-Québec paiera 11,3 ¢ du kilowattheure pour l'énergie des parcs communautaires, comparativement à 8,7 ¢ pour celle des parcs du deuxième appel d'offres.
Le gouvernement adoptera les décrets à l'automne, a affirmé M. Charest, et l'appel d'offres sera lancé au printemps. Au mieux, la construction des premiers parcs pourrait commencer en 2015.
Frédéric Côté, directeur général du Technocentre éolien, se réjouit d'une annonce «qui consolide l'industrie. On vient éviter un trou dans la livraison des 4000 MW prévus dans la stratégie énergétique du Québec. Ça répond à notre préoccupation.»
À ce jour, la puissance des parcs éoliens du Québec totalise 1057,2 MW. Une fois livrés le quatrième appel d'offres et les précédents, cette capacité atteindra 4000 MW.
Promotion du Plan Nord
Le premier ministre Charest a poursuivi sa visite de l'est du Québec aux Îles-de-la-Madeleine, où il a continué de vendre son Plan Nord. Il a assuré aux acteurs socioéconomiques qu'ils pourront profiter de diverses retombées.
Le député des Îles-de-la-Madeleine, Germain Chevarie, a soutenu que les Madelinots doivent voir le Plan Nord comme une occasion.
Il n'a pas hésité à affirmer que le développement du Nord-du-Québec contribuera à maintenir la «vitalité économique de l'archipel».
Après avoir vanté son Plan Nord sur de nombreuses tribunes, incluant plusieurs pays sur la scène internationale, le premier ministre continue de vendre son projet d'investissements de plus de 90 milliards $ sur 25 ans dans la province.
Certains Madelinots ont choisi de servir leur version du Plan Nord au premier ministre.
À son arrivée à un déjeuner organisé par le Centre local de développement à Cap-aux-Meules, près de 150 manifestants ont accueilli Jean Charest en scandant le slogan «On va te trouver une job dans le Nord».
Des appels d'offres dans les limbes...
Les trois premiers appels d'offres d'Hydro-Québec ont laissé quelques projets dans les limbes. Un seul parc autochtone de 24 MW a été retenu à la suite de l'appel d'offres pour 250 MW de projets des Premières nations en 2010. Un projet de 150 MW aux Méchins, accordé à Cartier Énergie éolienne, a été abandonné.
La firme Sky Power a renoncé à remplir un contrat de gré à gré de 167 MW, et la firme 3Ci n'a jamais construit un projet de 54 MW à Murdochville.
Ces MW doivent être comblés par l'appel d'offres de 700 MW si Québec veut atteindre sa cible de 4000 MW d'énergie éolienne.