Partis politiques: s'acheter des amis Facebook pour pas cher

Twitter s'est emballé depuis qu'une vidéo  a...

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Twitter s'est emballé depuis qu'une vidéo a suggéré que l'équipe Marois a acheté des adeptes sur Facebook.

Pierre-Olivier Fortin

Pierre-Olivier Fortin
Le Soleil

(Québec) Que vaut l'amitié? Sur Facebook : 5 ¢. Quarante-huit dollars pour 1000 amis, pour être plus précis. Les entreprises et les partis politiques rêvent tous d'avoir une belle page Facebook, populaire à souhait et dynamique au possible. Et des firmes spécialisées l'ont bien compris en offrant une multitude de forfaits pour faire le plein, instantanément, de fans et de «j'aime». Si les bons comptes font les bons amis, est-ce que ce sont de bons amis qui se retrouvent sur ces comptes Facebook? Pas vraiment.

Pas besoin d'être un virtuose du 2.0 pour devenir soudainement plus populaire que son voisin. On s'abonne, on paie, on pointe une page Facebook, et voilà! En moins d'une semaine, les 1000 amis s'ajoutent. Et pour ceux dont la popularité monterait à la tête, le site australien usocial.net - peut-être le plus populaire dans le domaine - peut vous en promettre 20 millions!

Dans ce marché lucratif de l'amitié pas chère, on dégage deux façons de faire. À 48 $ les 1000 «j'aime», ce sera un peu n'importe qui. Un magazine d'informatique américain raconte sur le Web l'histoire d'un salon de beauté pour hommes de Miami qui a récolté plus de 10 000 amitiés de belles blondes et de types musclés en quelques jours à peine. Mais il se trouve que ces prestigieux fans provenaient de comptes Facebook bidon créés... au Bangladesh! Ça fait un peu loin la séance de bronzage! De la même façon, des blogueurs ont eu tôt fait de remarquer la surreprésentation d'adolescents philippins et israéliens, dont une impressionnante délégation de 6500 individus s'est mise, tout à coup, à soutenir la campagne d'un candidat démocrate de 60 ans dans l'État du Michigan.

Ces firmes spécialisées ont recours à des individus un peu partout dans le monde, explique Martin Lessard, conseiller et spécialiste en stratégie Web et en médias sociaux. «Ils peuvent donner [quelques cents], un coût tellement faible que c'est toujours des gens du Bangladesh ou d'Inde, parce que pour eux, c'est beaucoup d'argent. Ils vont passer leur journée à faire ça», administrer des comptes et «aimer» des pages pour le compte de ces compagnies.

Mais, pour trois fois le prix, on peut être plus raffiné et surtout plus subtil, avec des amis «profilés». Usocial.net assure qu'il déniche pour ses clients «de vraies personnes avec de vrais comptes» qui correspondent aux champs d'intérêt et aux zones géographiques spécifiés. Mais celui qui s'affiche comme un Québécois sur Facebook peut tout aussi bien être un Indien qui parle un peu français, répond Martin Lessard.

Acheter des likes

Ce genre de tactique donne des boutons - d'une autre sorte que les boutons «j'aime» - à Facebook. Dans un courriel au Soleil, un porte-parole confirme que «solliciter des gens à aimer une page est une violation de nos conditions d'utilisation».

Le tout-Twitter s'emballe depuis le début de la semaine, après la publication d'une vidéo suggérant que l'équipe de Pauline Marois avait, comme ce politicien du Michigan, acheté des adeptes sur Facebook. Effectivement, sur la page de la chef du Parti québécois (PQ), on voit que, dans les deux dernières semaines de juin, le nombre moyen de «j'aime» par semaine est passé de 150 à environ 1000, pour ensuite revenir à une cinquantaine. La liste des admirateurs est masquée sur la page, alors impossible de vérifier si ces derniers sont du Québec, d'Israël ou des Philippines. De toute façon, le PQ réfute ces allégations d'achat d'amis. «On ne s'est pas acheté des amis, on s'est acheté de la publicité», nuance, au Soleil, le porte-parole du Parti, Éric Gamache, pour expliquer la hausse soudaine de popularité de la chef de l'opposition.

Parce qu'acheter des admirateurs, ça paraît plutôt mal, à en juger par le tollé soulevé sur Twitter par la diffusion de cette vidéo. Et non seulement ça paraît mal, ce serait aussi totalement inefficace, selon les experts consultés.

«Le fait d'acheter des likes, on se retrouve avec des adeptes de Chine, d'Inde, qui ne sont pas vraiment intéressés par ce que t'as à offrir», indique Diane Bourque, spécialiste et consultante en marketing Web. «On ne se retrouve pas avec une communauté réelle. Dans Facebook, aujourd'hui, la popularité de ta page va être liée à l'engagement de tes adeptes. Si tes adeptes ne sont pas intéressés par ce que t'as à dire, ils ne vont pas commenter, partager tes articles.»

«La valeur [d'une page Facebook], c'est d'avoir des gens avec qui échanger», renchérit son confrère Martin Lessard. En ajoutant des adeptes de façon artificielle, «on est dans l'apparence». Il admet que la tactique d'achat d'amis peut être rentable quand il s'agit d'impressionner.

Campagne 2.0? Pas vraiment!

Moins de la moitié des élus provinciaux sont représentés sur Twitter, alors que la proportion dépasse les trois quarts à Ottawa. Pauline Marois et Jean Charest en sont absents. Sur Facebook, ces deux chefs n'interagissent que très peu avec les électeurs. Si la tendance se maintient, la prochaine campagne électorale ne sera peut-être pas si branchée qu'on l'attend.

Lorsqu'elle est appelée à commenter la performance des politiciens sur les médias sociaux, la consultante Michelle Blanc n'y va pas par quatre chemins : «Je trouve ça triste. À chaque élection, on se sert du média social de l'heure, mais toujours d'une façon poche.» En fait, elle ne peut plus supporter de voir un trop grand nombre de politiciens négliger l'interaction avec les électeurs et se contenter de remâcher les contenus produits par les médias traditionnels. Et lorsqu'elle voit le Parti québécois dépenser sur Facebook, que ce soit pour acheter des amis comme le prétend la vidéo ou simplement pour acheter de la publicité, elle est découragée. «J'ai 30 000 abonnés sur Twitter, et je n'ai jamais rien payé à personne!»

Elle aimerait voir davantage de candidats s'exprimer librement. «C'est la même citation qu'ils mettent partout! Faites un blogue, parlez avec vos tripes, dites des choses vraies, humanisez!» enjoint-elle.

Elle tient toutefois à noter les efforts du chef de la Coalition avenir Québec, François Legault. Même si ses déclarations récentes sur l'importance du salaire chez les femmes ont fait des remous, au moins, dit-elle, dans l'ensemble, il a eu le courage d'exprimer ses opinions et d'interagir.

Présence des élus sur Twitter

QS: 1/1 - 100 %

CAQ: 5/9 - 56 %

PQ: 24/47 - 51 %

PLQ: 23/64 - 36 %

Total: 54/124 ou 44 % du total des élus siégeant actuellement à l'Assemblée nationale. Cette proportion est de 79 % au fédéral.

Facebook

La majorité des élus sont sur Facebook.

- Pauline Marois

La chef péquiste n'a pas de compte Twitter. Par contre, sur Facebook, 23 900 personnes «aiment» sa page.

- Jean Charest

Le chef libéral n'a pas de compte Twitter, contrairement à son homologue fédéral Stephen Harper. Sur Facebook, 7700 personnes «aiment» sa page.

- Amir Khadir

Selon la compilation du site spécialisé Politwitter.ca, Amir Khadir est le politicien québécois qui récolte le plus haut indice de popularité sur Twitter, avec 25 000 abonnés. Le péquiste Bernard Drainville arrive deuxième avec 14 000.

- François Legault

Le chef François Legault, qui n'est pas compté ci-dessus parce qu'il n'est pas élu, est sur Twitter depuis mars 2011. Il a tweeté au moins 50 fois, à ses 8400 abonnés, uniquement mardi.

- Jean-Martin Aussant

Le chef du nouveau parti Option nationale a 7600 abonnés sur Twitter. M. Aussant, admettant qu'il ne pouvait rivaliser avec les machines de financement des autres partis, a souligné qu'il miserait grandement sur les médias sociaux lors de la prochaine campagne électorale.

Sources : politwitter.ca, sites Web des partis, Twitter, Assemblée nationale

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