Un candidat péquiste dénonce les «incohérences flagrantes» du ministre Bolduc

Le Dr Réjean Hébert, ici en compagnie de... (Photothèque Le Soleil)

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Le Dr Réjean Hébert, ici en compagnie de Pauline Marois, est très sceptique à l'effet que l'amiante puisse être utilisé sans danger.

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Michel Corbeil
Le Soleil

(Québec) Candidat pour le Parti québécois (PQ), le Dr Réjean Hébert ne peut comprendre qu'un autre médecin cautionne le prêt de 58 millions $ avancé par Québec pour relancer la mine d'amiante Jeffrey.

Ce médecin, c'est le ministre Yves Bolduc, solidaire de la décision prise par son gouvernement même s'il a écrit à son collègue Jean-Marc Fournier, le 1er mars, quatre mois avant d'accorder les fonds aux promoteurs de la mine, que l'amiante est un cancérigène aussi dangereux que le tabac.

Vendredi, Le Soleil a rendu publique la lettre où M. Bolduc cite une étude internationale affirmant que «les appareils de bronzage à émissions UV» tombent «dans la catégorie des risques de cancer les plus élevés pour l'humain, au même titre que la cigarette ou l'amiante».

Lors d'un entretien téléphonique, Réjean Hébert s'est dit découragé par les «incohérences flagrantes» du ministre. «C'est ce qui m'inquiète d'un ministre de la Santé qui est aussi médecin. Il est médecin et il est capable d'interpréter, comme moi, les rapports et les données de la science. C'est inexcusable.»

Celui qui se présentera dans la circonscription de Saint-François ne croit pas qu'un protocole peut être imposé aux acheteurs de l'étranger pour manipuler de façon sécuritaire l'amiante chrysotile.

Bannir l'amiante?

Réjean Hébert a convenu que le PQ n'a pas décidé de bannir l'amiante. Son parti fait de la tenue d'une commission parlementaire «sur la production, l'utilisation et l'exportation» du minerai une condition sine qua non à la poursuite des activités. Personnellement, il est très sceptique que l'amiante puisse être utilisé sans danger, comme le défendent Québec et l'industrie.

M. Hébert a lancé qu'il est «déçu» par le Collège des médecins du Québec. Son président Charles Bernard a déclaré que tout ce que son organisation «confirme, c'est que l'amiante forme une substance dangereuse pour la santé quand ce n'est pas utilisé ou encadré adéquatement». Le président a mentionné que deux camps s'affrontent. «Des médecins ont plaidé en sa faveur [de relancer l'exploitation du minerai] et d'autres s'y sont opposés.»

Le candidat péquiste ne croit pas que les membres de sa profession favorables à l'amiante soient plus qu'une poignée. «Écoutez, il y a des médecins qui prétendent que la cigarette n'est pas si nocive...»

Lors d'une rencontre de presse, vendredi, à Québec, le ministre de la Santé a réitéré qu'il est possible «de contrôler le risque», y compris à l'étranger.

«Deux écoles»

Les scientifiques de l'Institut national pour la santé publique sont d'avis que l'amiante devrait être banni. M. Bolduc a signalé qu'en tant «que ministre, je dois tenir compte de leurs avis. Mais ce n'est pas nécessairement garant de ce que le gouvernement fera. Ce n'est pas la Santé publique qui gère le gouvernement du Québec».

Yves Bolduc a évoqué l'idée que l'amiante est le champ de bataille où s'affrontent deux «écoles. [...] Il y a beaucoup de lobbyistes dans ce dossier», a-t-il avancé.

«Ce qu'il faut faire attention, ce sont les extrémistes. Ceux qui sont dans une position 100 % blanc ou 100 % noir. Il faut apporter des nuances. Sinon, il n'y aura plus de cigarettes sur la terre. Il n'y aura plus de viande rouge, non plus, parce que ça peut donner le cancer du côlon.»

Une annonce en santé, l'ombre d'une élection

Yves Bolduc a annoncé l'octroi de 30 millions $ à l'Institut de réadaptation en déficience physique, ce qui rend le projet d'agrandissement «irréversible», a dit le ministre de la Santé, à l'abri de tout résultat électoral.

Impossible de sortir un membre du gouvernement sans voir l'ombre d'un scrutin se profiler derrière lui. Le titulaire du portefeuille de la Santé s'est chargé de la faire apparaître en dévoilant les sommes consacrées au pavillon situé sur le chemin Saint-Louis, à Québec, un des neuf points de service de l'institution.

Lors de la conférence devant une partie du personnel de l'établissement, M. Bolduc a rappelé que les dirigeants de l'endroit planchent depuis des années sur le réaménagement de l'endroit. En entrevue, il a confirmé que le soutien qu'il accorde place le projet au-delà de toute saute d'humeur postélectorale.

Déjà planifié...

Par contre, il s'est défendu d'avoir procédé à une annonce électoraliste. Le dévoilement de cet investissement «était déjà planifié. Depuis décembre, je savais que je l'annoncerais. En fin d'année, on en règle plusieurs plutôt que d'attendre à l'année prochaine.»

Yves Bolduc a fait valoir qu'en été, «nous avons plus de disponibilité». Il a dit avoir participé, durant la période estivale 2011, à un grand nombre d'apparitions, même si le bruit d'élections ne courait pas.

Ceux qui voudraient y voir une adéquation avec les rumeurs d'appel au peuple se trompent, a-t-il suggéré. «En santé, nous avons énormément de projets à annoncer. Mais, quand on vérifie, on remarque que je fais des annonces à l'année longue.»

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