En 1989, les élections avaient été déclenchées le 9 août pour un scrutin le 25 septembre. Cette journée-là, 74,96 % de la population québécoise avait inscrit un «X» sur un bulletin de vote pour choisir son prochain gouvernement. Cinq ans plus tard, soit le 24 juillet 1994, les Québécois étaient une nouvelle fois appelés aux urnes pour le 12 septembre. Cette fois, c'est 81,58 % d'entre eux qui ont répondu présent.
Depuis 1867, une seule fois les citoyens de la Belle Province ont été plus nombreux à participer aux élections qu'au milieu des années 1990, soit en 1976. Le vote a eu lieu le 15 novembre et le taux de participation a rejoint un sommet de 85,27 %.
«Je ne suis pas certain que la période va avoir un effet sur la participation puisque à l'époque, il y avait eu des taux assez importants», souligne le Directeur général des élections (DGE), Jacques Drouin.
Pas de lien clair
Une opinion partagée par le professeur titulaire en science politique de l'Université Laval, Louis Massicotte. «Je ne vois pas d'association très nette entre le taux de participation et le moment du scrutin», souligne-t-il, évoquant lui aussi ceux de 1989 et de 1994.
Celui-ci rappelle par ailleurs qu'au mois de septembre, les vacanciers seront de retour au boulot. Et si certains veulent étendre leur congé de la fête du Travail, la participation électorale ne devrait pas trop en souffrir en raison des possibilités de vote par anticipation.
Punir le gouvernement?
Les Québécois risquent-ils alors d'en vouloir au gouvernement de Jean Charest pour les avoir dérangés avec une campagne électorale pendant leurs vacances? «Il peut y avoir un certain nombre d'électeurs qui veulent punir un gouvernement pour faire une élection à un moment inopportun, mais je pense que l'effet est certainement marginal, les gens vont voter pour toutes sortes de raisons beaucoup plus importantes que celle-là», fait valoir le titulaire de la Chaire de recherche du Canada en études électorales de l'Université de Montréal, André Blais. Ainsi, le seul cas où selon lui cela pourrait faire une différence est si le résultat est excessivement serré.
Louis Massicotte estime également qu'il n'y a pas de corrélation entre la réélection d'un gouvernement et le moment du déclenchement des élections. Il souligne par ailleurs qu'en 1984, le gouvernement libéral à Ottawa avait également tenu un scrutin le 4 septembre. Le chef du parti, John Turner, avait été défait alors qu'il menait dans les sondages d'opinion avec 10 points d'avance. Les progressistes-conservateurs de Brian Mulroney s'étaient emparés du pouvoir et Jean Charest avait été élu député de Sherbrooke.
«C'est le débat télévisé qui a fait toute la différence. Il a eu lieu en plein été et semble-t-il que les gens ont regardé cela comme il le faut», souligne le politologue pour illustrer que l'intérêt pour la politique n'est pas nécessairement moins important même lorsque le mercure est au plus haut.
TAUX DE PARTICIPATION ET ÉLECTIONS ESTIVALES
12 septembre 1994 : 81,58%
Le Parti québécois (PQ) de Jacques Parizeau est élu majoritaire avec 77 députés, défaisant ainsi le Parti libéral du Québec (PLQ) dirigé par Daniel Johnson (photo, 47 députés élus). Selon le professeur de sciences politiques de l'Université Laval Louis Massicotte, il est peu étonnant que le taux de participation à ces élections ait atteint 82 %. «On savait que le PQ déclencherait un référendum. C'était un enjeu assez mobilisateur. Les électeurs anglophones, qui comptent pour beaucoup dans le taux de participation électorale au Québec, s'étaient rendus aux urnes cette fois-là», raconte-t-il. Près d'un an plus tard, le 30 octobre 1995, les Québécois ont été appelés à se prononcer sur la souveraineté du Québec.
25 septembre 1989 : 74,96%
Le Parti libéral du Québec (PLQ) dirigé par Robert Bourassa est réélu pour la quatrième fois avec 92 députés, contre 29 pour le Parti québécois (PQ) de Jacques Parizeau. Ces élections sont surtout marquées par la nomination de quatre candidats du Parti égalité dans l'ouest de Montréal, qui milite pour l'égalité entre le français et l'anglais dans la province.
23 juin 1919 : 27,3%
Le plus faible taux jamais enregistré dans l'histoire du Québec a été celui de 1919 lorsque seulement des Québécois ont fait leur devoir démocratique. Annie Mathieu
57,43% : Le taux de participation au dernier scrutin provincial, le 8 décembre 2008