Un suspense électoral à 3 millions $

Le directeur général des élections, Jacques Drouin, admet... (Photo archives Le Soleil)

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Le directeur général des élections, Jacques Drouin, admet que les rumeurs d'élections pour le 4 septembre lui ont donné un «petit choc».

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(Québec) Les tergiversations électorales du Parti libéral du Québec ont coûté, depuis l'automne dernier, 3 millions $ au Directeur général des élections (DGE). Et si d'aventure Jean Charest décidait de ne pas tenir un scrutin à court terme, la moitié de cette somme serait irrécupérable.

Le bureau du DGE, Jacques Drouin, n'est pas dans le secret des dieux et doit, tout comme les citoyens, se fier aux rumeurs d'élections véhiculées dans les médias. Et lorsque les bruits sont plus persistants, il fixe des dates cibles et accélère sa préparation en fonction de celles-ci.

Ainsi, depuis l'automne, le DGE a prédit à trois reprises un déclenchement d'élections, soit à la mi-mars, à la mi-juin et plus récemment, à la mi-août. «Depuis l'automne, on a 3 millions $ de dépensé dont la moitié ne serait pas récupérable. C'est comme si on avait fait des choses pour rien», explique M. Drouin.

L'essentiel de ces sommes va à l'embauche du personnel temporaire ainsi qu'à sa formation. «On a formé 60 personnes au mois de mars dont on n'a pas eu besoin tout de suite», cite le DGE en exemple.

Celui-ci estime toutefois que la majorité d'entre eux travailleraient lors d'un scrutin en septembre, mais ils auront besoin d'un rafraîchissement de leurs connaissances. Cela entraînera inévitablement des coûts supplémentaires, souligne Jacques Drouin. De nombreux baux conditionnels ont aussi été signés pour des locaux jusqu'au 31 décembre. Et si des élections n'avaient pas lieu d'ici cette date, le personnel aurait une nouvelle fois travaillé et été payé inutilement.

Un scrutin à date fixe

La multiplication des dépenses s'ajoute à la liste des raisons pour lesquelles le bureau du DGE milite depuis de nombreuses années pour un scrutin à date fixe. «On saurait à l'avance quand il faut se préparer!» souligne M. Drouin.

«On pourrait faire des campagnes plus longtemps à l'avance pour préparer les électeurs, aller faire des interventions dans les écoles pour favoriser l'exercice du droit de vote chez les jeunes», illustre le DGE. «On est à la dernière minute, on a 33 jours pour faire tout cela», déplore-t-il.

En plus de favoriser une meilleure préparation, Jacques Drouin croit qu'un scrutin à date fixe favoriserait le taux de participation. «On aurait plus de facilité, plus de temps pour convaincre les gens d'aller voter», fait-il valoir, ajoutant qu'il en va de même avec l'idée de tenir le vote le dimanche plutôt que le lundi.

Pas l'idéal

Par ailleurs, le DGE dit avoir été surpris mercredi matin lorsque la nouvelle selon laquelle les élections pourraient être déclenchées le 1er août, entraînant ainsi un scrutin le 4 septembre, a été avancée par La Presse. «Ça nous a donné un petit choc», témoigne-t-il.

«Notre date cible était le 15 août pour un scrutin le 17 septembre, ce qui fait que la période de la fête du Travail n'était pas incluse comme telle», affirme Jacques Drouin. «On va être prêt, mais je vous dis que ce ne sera pas facile de mobiliser autant de monde pour travailler l'été», explique-t-il.

Le personnel permanent du bureau du DGE avait reçu la consigne de prendre ses vacances pour revenir avant le 15 août et non le 1er. «Je fais partie du lot de ceux qui devront écourter leurs vacances pour revenir d'ici le 31 juillet», admet M. Drouin. De plus, celui-ci estime qu'il sera difficile de joindre les propriétaires de locaux où les scrutins se tiennent, notamment les directions d'école. «On va y arriver mais ce n'est vraiment pas idéal», laisse tomber celui qui croit que des élections à date fixe éviteraient aussi un déclenchement de campagne électoral au beau milieu de l'été.

Commission Charbonneau et carré rouge

Si Jean Charest décide de tenir un scrutin le 4 septembre, c'est que le premier ministre a pris en considération la date de reprise des cours au cégep et celle des travaux de la commission Charbonneau, estiment des politologues.

S'ils ne reconduisent pas la grève, une majorité de cégépiens doivent retourner sur les bancs d'école le 15 août, mais certains d'entre eux pourraient franchir les portes de leur établissement dès le 10. Selon le titulaire de la Chaire de recherche du Canada en études électorales de l'Université de Montréal, André Blais, la décision du Parti libéral du Québec de déclencher une campagne électorale le 1er août ne serait pas étrangère à cette date. «Je suppose que la question clé qu'il se pose est : est-ce qu'on déclenche des élections avant ou après la rentrée des cégeps?» fait valoir le politologue.

Le professeur en science politique de l'Université Laval Louis Massicotte abonde dans le même sens et rappelle que le gouvernement en place a l'appui de la population dans le conflit étudiant. Il croit que M. Charest souhaite en quelque sorte couper l'herbe sous le pied des associations étudiantes puisque si elles «s'activent» au cours de cette période, elles joueront alors le jeu du premier ministre. «Il pourrait dire à la population : vous voyez, il n'y a rien à faire avec les étudiants, ils font juste perturber le processus électoral», souligne le politologue.

Louis Massicotte et André Blais estiment par ailleurs que Jean Charest et sa troupe voudraient également éviter à tout prix la reprise des travaux de la Commission d'enquête sur la corruption dans l'industrie de la construction le 17 septembre avant la tenue d'élections.

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