À l'entrée du caucus libéral, le chef du gouvernement s'est emporté contre la participation du groupe musical anarchiste aux activités de la fête nationale. Avant que la controverse ait raison de l'engagement de la formation.
«On dirait qu'il y a une habitude qui se prend et que c'est devenu acceptable de faire n'importe quoi et de dire n'importe quoi, a déclaré M. Charest. [...] Il y a une minorité qui est en train d'imposer ce discours sous prétexte qu'il y a une liberté de parole.»
Dans une de ses compositions, sur l'air de Ah! vous dirais-je, maman, Mise en demeure chante «Ah vous dirais-je, scie à chaîne, m'as te présenter Courchesne. [...] M'as te la geler, ce sera pas ben long, d'un coup de masse dret à dret du front.»
Invitant à la réflexion ceux qui ont songé à convier le groupe, le premier ministre a enjoint de se mettre dans la peau de la ministre Michelle Courchesne. Une «menace directe» qui est «inacceptable». «Ces gens-là pensent qu'on n'a pas de famille? a-t-il lancé. Que nous ne sommes pas des êtres humains? C'est comme si on vient déshumaniser la politique, déshumaniser la vie pour [...] s'attaquer à n'importe qui, de n'importe quelle façon.»
Lui-même impliqué dans les mouvements étudiants à une certaine époque, M. Charest soutient que les actions violentes étaient à ce moment «impensables». Le premier ministre, qui n'exclut pas la possibilité de poursuite contre le groupe, insiste sur le caractère non partisan que doit revêtir la fête nationale. «Si c'est ça, rassembler les Québécois autour d'un projet [que de] chanter la violence contre un ministre du gouvernement, ce n'est pas le Québec que je vois», a dit M. Charest.
La ministre Christine St-Pierre est allée dans le même sens. L'ironie ne peut justifier les écarts dans les chansons du groupe, croit-elle. «Il n'y a rien de drôle quand on parle de tuer quelqu'un [comme] des policiers, des journalistes, des élus, quelque être humain que ce soit, a-t-elle remarqué. Il n'y a rien de drôle là-dedans.»
Décision «triste et déplorable»
Le groupe Mise en demeure est aussi derrière le controversé pastiche de l'oeuvre d'Eugène Delacroix illustrant le député Amir Khadir en révolutionnaire, et Jean Charest mort. Jeudi, le représentant de Québec solidaire a qualifié de «tristes et déplorables» les pressions pour l'annulation de la prestation du groupe.
D'après le député de Mercier, le débat ne devrait pas porter sur un groupe musical marginal, mais sur la mainmise de la mafia et du milieu des affaires sur le financement du Parti libéral du Québec.
«C'est de la liberté de parole, affirme M. Khadir. On a eu des débats incroyables depuis 50 ans à propos de ça. C'est quoi, notre problème collectif? Comment ça se fait qu'on glisse sur n'importe quelle pelure de banane médiatique?»
Un avis que ne partage pas le chef parlementaire de la Coalition avenir Québec, Gérard Deltell. Selon lui, les paroles du groupe vont trop loin. «Il y a des limites à la liberté d'expression, dit-il. Ce n'est pas vrai qu'on peut tout dire. On ne peut pas tolérer des actes de violence et des incitations à agir de la sorte.»