Nos politiciens dans des montagnes russes

Une pétition réclamant la démission du premier ministre... (Photothèque Le Soleil)

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Une pétition réclamant la démission du premier ministre Jean Charest mise en ligne le 15 novembre 2010 a été signée par plus de 100 000 personnes en moins de 48 heures, du jamais-vu sur le site Web de l'Assemblée nationale.

Photothèque Le Soleil

Jean-Marc Salvet
Le Soleil

(Québec) Vingt et un élus - sur les 125 que compte l'Assemblée nationale - ont choisi de tourner le dos à la politique ou de changer d'allégeance depuis le dernier scrutin général, en décembre 2008. Près de 17%! Un record en aussi peu de temps.

Le Québec n'est pas unique. Mais disons que, chez nous, la politique évolue comme des montagnes russes dont les crêtes sont de plus en plus accentuées et rapprochées.

Les 24 derniers mois peuvent à eux seuls servir de démonstration. Bien des élus en ont le tournis!

Mais tout aussi grave et sérieux que soit chaque sujet abordé, l'ensemble paraît ingérable - ingouvernable - aux yeux de nos politiciens. C'est ainsi que la plupart d'entre eux le perçoivent. C'est ce que l'on peut comprendre en revisitant ce qu'ils ont dit, fait ou dû faire durant ces derniers mois.

Vrai qu'il est difficile de voir une direction ou une tendance générale lorsque les citoyens sont si divisés entre eux; lorsqu'ils sont si nombreux à être en colère ou exaspérés pour des raisons non seulement diverses, mais opposées.

Les citoyens de gauche veulent qu'on les écoute. Ceux de droite réclament qu'on les entende.

Cela, c'est sans compter la question nationale, toujours omniprésente.

Ce que libéraux, péquistes, caquistes et solidaires savent, mais ne disent jamais ouvertement, c'est qu'aucun enjeu ne recueille l'adhésion claire et forte de la majorité de la population.

Les citoyens sont divisés en blocs importants.

Pour gagner des élections, un parti n'a besoin désormais de s'appuyer que sur 30% des électeurs.

Les formations politiques n'ont plus à rallier une majorité de gens; à tempérer leurs positions. Voilà pourquoi elles s'adressent de plus en plus exclusivement à leurs sympathisants.

Cela n'est pas étranger au grand schisme qui s'est créé entre le monde politique et un très grand nombre de citoyens. Et à l'impression générale voulant que ce qui fonctionnait ne fonctionne plus.

Des élus s'interrogent: grand rejet ou grande incompréhension? Que faire quand la confiance s'est évadée?

S'accrocher

Dans ces super montagnes russes, nos politiciens doivent s'accrocher pour éviter d'être éjectés.

D'autant que les frontières entre les différents courants de pensée sont davantage floues, de plus en plus difficiles à saisir.

On peut être de gauche et être en faveur de la hausse des droits de scolarité, par exemple - estimer que c'est en investissant dans les écoles primaires et secondaires des quartiers défavorisés qu'on favorisera l'accessibilité aux études supérieures.

On peut être de droite et être contre le développement des gaz de schiste. Ou exiger la disparition des abris fiscaux.

De très nombreuses personnes affirment que le Québec vient de prendre une nouvelle direction avec les manifestations de rue auxquelles nous assistons. Vrai? Faux?

Ce qui est sûr, c'est que des citoyens de gauche et de droite se manifestent de plus en plus dans l'espace public. Ils sortent de leur réserve.

Sous pression constante d'un électorat fragmenté, le jeu politique va dans tous les sens. Les événements se télescopent toujours plus rapidement.

C'est la politique en montagnes russes.

Des mois électriques

La pétition

Mise en ligne le 15 novembre 2010, une pétition réclamant la démission du premier ministre Jean Charest franchit le cap des 100 000 signatures en moins de 48 heures! Du jamais-vu sur le site Web de l'Assemblée nationale.

La pétition est parrainée par l'élu de Québec solidaire, Amir Khadir. Au 15 février, elle atteint 247 379 signatures.

Un peu comme ces dernières semaines avec les manifestations étudiantes (élargies à la «société civile»), Amir Khadir demande à Jean Charest d'«écouter» les Québécois. Le ministre Pierre Moreau fait valoir que la démocratie s'exprime dans les urnes, dans le «cadre d'élections».

Gauche-droite, droite-gauche...

Ce printemps 2012, des manifestations géantes à Montréal, et des «mobilisations citoyennes» dans plusieurs villes, font dire aux leaders syndicaux et à bon nombre de Québécois que le Québec est ancré à gauche.

Le 13 novembre 2010, il y a 18 mois, un sondage Léger Marketing commandé par Le Devoir indiquait qu'une majorité de Québécois penchent du côté d'idées généralement associées à la droite.

Dans ce sondage, la réduction de la taille de l'État arrive largement en tête des quatre priorités identifiées par les sondés. Viennent ensuite «une plus grande place au secteur privé en santé» et le projet de diminuer les impôts, «quitte à réduire les services des programmes sociaux».

Seule l'augmentation des budgets consacrés à l'éducation, un objectif associé à la gauche, selon certains, se glisse dans le palmarès.

Un ras-le-bol

Le 12 avril 2010, moins de deux semaines après la présentation du premier budget du ministre Raymond Bachand, plusieurs dizaines de milliers de Québécois prennent part à une manifestation inédite dans la capitale. Elle est lancée par l'animateur de radio Sylvain Bouchard, du FM93. Les «cols rouges», des citoyens de la classe moyenne, exigent que le gouvernement fasse le ménage dans ses dépenses et coupe dans des programmes gouvernementaux, plutôt que d'imposer de nouvelles taxes aux contribuables.

En tenaille

Du dossier des gaz de schiste à celui de la crise étudiante, en passant par la création d'une commission indépendante sur la corruption et la collusion, le gouvernement de Jean Charest est pris en tenaille.

Il passe d'une crise à l'autre, chacune paraissant pire que les précédentes.

Rien n'a aussi bien illustré l'effet de cette tenaille que le mois d'octobre 2011. Après plus de deux ans de refus obstiné, Jean Charest se résigne à instituer une commission d'enquête sur la construction.

Trois jours plus tard, il accorde aussi à la juge France Charbonneau le pouvoir de contraindre tout témoin ou suspect à témoigner à sa commission d'enquête sur la collusion et la corruption - ce qu'il lui avait refusé.

Autre volte-face du chef libéral le surlendemain: la commission Charbonneau pourra opérer sous l'égide de la Loi sur les commissions d'enquête.

«Écoutes» et reculs

Le gouvernement Charest assure, au printemps 2010, qu'il fait sa part pour rétablir l'équilibre des finances publiques, prévu en 2013-2014. Sous forte pression, il présente, en mai 2010, la loi 100 suspendant les «bonis» pour l'ensemble des gestionnaires de l'État. Il affirme être «attentif» aux préoccupations de la population.

Un autre exemple d'«écoute»: en mai 2011, pour faire baisser la chaleur dans le dossier des gaz de schiste, Québec annonce la tenue d'une vaste «évaluation environnementale stratégique». Elle doit se pencher sur les impacts environnementaux, sociaux et économiques de cette industrie.

Au Parti québécois

Pour apaiser la grogne interne, la chef du Parti québécois a été contrainte d'assouplir la «ligne de parti» et d'accepter la tenue de «votes libres» au sein de sa députation. Elle a également consenti à la tenue «de référendums d'initiative populaire, notamment sur la question de la souveraineté».

Pressée par des militants, Pauline Marois a, de plus, donné son accord à la participation de son parti aux états généraux sur la souveraineté.

Démission de deux «numéros 2»

C'est probablement unique, mais c'est arrivé chez nous. Deux «numéros 2» du gouvernement ont démissionné en moins de 10 mois.

Début septembre, Nathalie Normandeau, 43 ans, ministre des Ressources naturelles et vice-première ministre, annonce qu'elle quitte la vie politique. Elle est partie du jour au lendemain.

Le 14 mai, celle qui lui a succédé, Line Beauchamp, 49 ans, abandonne toutes ses fonctions après 13 semaines de conflit avec les fédérations étudiantes.

Depuis les dernières élections générales, en décembre 2008, cinq ministres ont décidé de quitter le Conseil des ministres, et un, Tony Tomassi, en a été expulsé. Six départs de ministre en tout.

Quasi-implosion

Au Parti québécois, la crise interne a duré près de neuf mois. Elle s'est étirée de mai 2011 à janvier dernier.

Étrangement, les mois de calvaire de Pauline Marois ont commencé tout juste après le congrès de son parti, lors duquel elle a obtenu l'appui de 93% de ses militants. Un record de tous les temps au Parti québécois.

En tout, sept députés ont claqué la porte (seule Louise Beaudoin est rentrée au bercail depuis). Des militants et organisateurs sont aussi partis.

On se saborde

En janvier, les membres de l'Action démocratique du Québec sabordent leur formation politique. Ils donnent leur bénédiction au mariage avec le tout nouveau parti de François Legault dans une proportion de 70,4%.

Devant l'humeur des électeurs

Portée pendant des mois par l'opinion publique, la Coalition avenir Québec de François Legault a dévissé dans les intentions de vote. Elle est passée de 39% d'appuis en décembre à moins de 25% aujourd'hui. Le nouveau parti fait à son tour les frais de l'humeur des électeurs.

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