En fait, alors que les électeurs résidant en France s'exprimeront dimanche, on connaît déjà les résultats du vote des Français de Québec, qui étaient 7700 sur la liste électorale. Ils ont voté pour François Hollande à 29% et pour Nicolas Sarkozy à 27,7%. Le taux de participation s'est élevé à 41%.
Dès le début de la journée, on sentait l'importance qu'accordaient les expatriés français à cette élection, peu importe depuis combien de temps ils étaient installés dans la capitale. «C'est important de voter pour un changement radical!» lance Éléonore Duchemin, 27 ans, qui ne cachait pas son appui au chef du Front de gauche, Jean-Luc Mélenchon.
Même à des kilomètres de la France, Éléonore et son conjoint Baptiste Créseuil, établis dans la capitale depuis un an, tenaient à voter. «Ça nous préoccupe même si nous ne sommes pas en France, parce que nous pourrions y retourner et pour notre famille qui est là-bas», enchaîne Baptiste.
Établis à Québec depuis 19 ans, Rémy Weber et Véronique Dupont accordent la même importance à leur vote, mais ne souhaitent pas de changement. «J'espère la continuité dans la gouvernance du pays. Sarkozy n'est pas parfait, mais ça pourrait être pire. Dans le contexte actuel, ce n'est pas le moment de changer», déclare cet informaticien.
Plutôt désabusés de la politique française, d'autres avaient des opinions moins tranchées. «Je n'espère pas grand-chose de cette élection. Je n'ai pas confiance au gouvernement», lance Guy Argenty, qui est à Québec depuis près d'un demi-siècle. «Nous allons voter davantage contre que pour, nous allons aller au moins pire», affirment pour leur part Émilie, Clémence et Karine, qui ont trouvé plutôt compliqué de suivre la campagne à distance.
Quant à Arnaud Roger, qui a décidé de s'établir ici après des études au Québec, il se préoccupait beaucoup d'emploi. «Je suis resté au Québec, car je n'avais pas autant d'opportunités de travail en France. Le travail est un enjeu majeur de cette élection, car il y a beaucoup trop de chômage en France.»
«En pétard» de ne pas pouvoir voter
Empêchée de voter hier à l'élection présidentielle française parce que son pays d'origine l'a exclue par erreur de la liste électorale, une professeure de droit de l'Université Laval estimait que les organisateurs des scrutins français auraient beaucoup à apprendre de ceux des élections québécoises en matière d'accès au vote.
«Ah, là je suis vraiment en pétard!» lançait Sylvette Guillemard, qui n'a pas été capable de voter hier dans les locaux d'Espace France sur l'avenue des Laurentides. Celle qui a été engagée dans l'organisation de nombreuses élections au Québec en raison de son expertise en droit en avait long à dire sur la façon dont son dossier a été traité.
«Le problème, c'est que j'ai été avertie seulement il y a trois semaines que je n'étais pas inscrite sur la liste des électeurs. J'ai écrit au consulat, et on m'a demandé de remplir un formulaire le 10 avril», explique-t-elle.
Le document en question était une «attestation d'erreur matérielle». «C'est là qu'ils m'ont avoué qu'ils m'avaient par erreur radiée de la liste électorale, et c'est moi qui dois faire des démarches afin de pouvoir y être inscrite de nouveau», déplore Mme Guillemard. Le document en question a été envoyé au consulat de France, qui en a rempli la seconde partie.
Nouvelle demande
Malgré ses démarches, Mme Guillemard n'avait pas encore reçu de nouvelles, et son nom n'était toujours pas sur la liste électorale hier. «Je me suis présentée ici en espérant qu'on trouverait une façon de me faire voter, mais non! Pourtant, au Québec, quand quelqu'un n'est pas inscrit sur la liste, on peut quand même le faire voter s'il présente une preuve de citoyenneté et qu'il fait une déclaration solennelle», déplore-t-elle.
L'enseignante a plutôt dû faire une nouvelle demande hier, cette fois au tribunal d'instance de Paris. «Avec les six heures de décalage et les délais administratifs, je me demande bien si je vais pouvoir voter à cette élection», s'interrogeait-elle hier, ne comprenant pas pourquoi son nom avait été retiré des listes.
Les informations obtenues par Mme Guillemard auprès du consulat et du gouvernement français pointent toutefois vers un bogue informatique qui serait survenu en... 2007. «C'est ce qu'on m'a dit. La consule m'a dit qu'en raison de ce bogue et du fait que je ne m'étais pas réinscrite au consulat, mon nom avait été radié. Je m'étais toutefois réinscrite l'an passé et, normalement, j'aurais aussi dû être réinscrite en même temps sur les listes électorales», conclut-elle.