Le gouvernement conservateur de Stephen Harper a averti, lors du dépôt de son plus récent budget, que l'État canadien devrait se serrer la ceinture. Quelque 19 200 emplois sont en jeu. Mercredi, les Forces canadiennes ont ouvert le bal.
«À Valcartier, il y a à peu près 160 personnes qui sont coupées», déplore vivement l'agent de communication et d'action politique québécois de l'Alliance de la fonction publique, Patrick Leblanc. Le Syndicat a reçu une liste nominative des employés visés. «À la base militaire de Valcartier, il y en a une centaine, et une soixantaine au centre de recherche de la Défense. [...] C'est énorme! Ce n'est pas drôle. Ce sont des services de moins pour la population, et ce sont des emplois de qualité en moins.»
D'autres employés civils de l'armée perdront aussi leur emploi ailleurs sur le territoire québécois, selon les données obtenues par le syndicat. La base de Saint-Jean-sur-Richelieu perdrait ainsi quelque 150 postes, tandis qu'une trentaine d'autres seraient éliminés dans la région de Montréal. Gatineau et Farnham seraient moins affectées. Aucune abolition n'est toutefois planifiée du côté de l'aviation à Bagotville.
«Pourquoi ils ont coupé plus de monde à Québec, à Valcartier?» lance le vice-président régional pour l'Union des employés de la Défense nationale, Philippe Turcq. «C'est parce que c'est là qu'il y a un des plus gros bassins d'employés civils. C'est la plus grosse base au Québec. C'est au-dessus de 1000 employés.»
L'armée refuse de confirmer, ou d'infirmer, les compressions «avant d'avoir informé comme il se doit les employés touchés».
«Depuis 2005, plus de 5400 civils ont été embauchés par le ministère de la Défense nationale, ce qui équivaut à une augmentation de 25%. Ces postes étaient nécessaires pour maintenir le rythme opérationnel plus élevé», indique le service des communications, par courriel.
«Maintenant que les opérations de combat ont pris fin et que le rythme opérationnel des Forces canadiennes est pour ainsi dire revenu à la normale, les Canadiens s'attendent à ce que le ministère de la Défense nationale continue de veiller à ce que l'argent des contribuables soit utilisé à bon escient.»
Effets sur la région
Le Nouveau Parti démocratique redoute le ricochet pour l'économie régionale, pour les familles des travailleurs qui seront licenciés. «Ça pourrait avoir des conséquences désastreuses», appréhende la députée de Portneuf-Jacques-Cartier, Élaine Michaud. «C'est un employeur important dans la région. Les pertes d'emploi auront des effets concrets.»
«Ce sont des coupes de conservateurs! Des coupures complètement illogiques faites par le gouvernement sans consultation», critique Philippe Turcq de l'Union des employés de la Défense nationale. Excédé, il se demande même si le Québec écope plus que les autres parce qu'un grand nombre de néo-démocrates ont été élus aux dernières élections fédérales.
«Sur les 1093 coupures qu'on a, il y en a 350 au Québec, ce qui veut dire que nous avons 32 % des coupures, fait-il remarquer. Tous les métiers sont touchés, des mécaniciens, des électriciens, des peintres, des maçons, des cuisiniers...»
Patrick Leblanc, de l'Alliance de la fonction publique, s'inquiète maintenant des annonces que feront les autres ministères. La région de la capitale sera probablement touchée encore, selon lui, puisque de nombreux fonctionnaires fédéraux y travaillent: Garde côtière, Pêches et Océans, Travaux publics, Service Canada... «C'est assez important, la fonction publique fédérale à Québec.»
Le ministère des Travaux publics et Services gouvernementaux Canada a d'ailleurs deux projets immobiliers dans la capitale pour loger les fonctionnaires. La construction du premier immeuble est terminée sur l'avenue D'Estimauville. Les travaux pour le second sont toutefois retardés depuis déjà plusieurs mois... La mairie est dans l'expectative.
La maison mère de l'Alliance de la fonction publique craint que les coupes dévoilées mercredi ne représentent que la pointe de l'iceberg. «Les chiffres rendus publics par le gouvernement concernant les emplois ne comprennent pas les 6300 postes qui devront être abolis d'ici 2015 en raison des "examens stratégiques" de 2007-2010, ni les 9700 emplois disparus à cause du gel de l'embauche de 2010», fait valoir le syndicat dans un communiqué de presse. «Ces chiffres ne tiennent pas compte non plus des milliers d'emplois temporaires qui seront probablement abolis, des coupes à Radio-Canada/CBC et aux autres agences financées par le fédéral et de l'effet domino des compressions sur le secteur privé.»
L'Alliance de la fonction publique du Canada est le principal syndicat représentant les fonctionnaires fédéraux. Il compte 190 000 membres, dont 150 000 dans la fonction publique. Autour de Québec, il représente environ 3000 travailleurs.