Hier, à Ottawa, le député néo-démocrate François Lapointe (Montmagny-L'Islet-Kamouraska-Rivière-du-Loup) est revenu sur un cas de harcèlement téléphonique d'un genre inédit.
Jusqu'à hier, l'opposition à la Chambre des communes accusait les conservateurs d'utilisation frauduleuse de robots téléphoniques, en vue du scrutin du 2 mai dernier. Elle dénonçait des coups de fil pour inciter les citoyens à se présenter à une mauvaise adresse pour voter ou encore pour les indisposer avec des appels tard le soir, ou tôt le matin, en usurpant l'identité de candidats adversaires.
En Chambre, le député Lapointe a réclamé des explications au sujet de la sollicitation inconvenante par téléphone et par la poste dont a fait l'objet un homme âgé de 89 ans, demeurant à Montmagny. Dans une entrevue au quotidien Le Devoir, Fernand Coulombe s'est plaint qu'une dame du Parti conservateur lui a parlé à «trois ou quatre» reprises pour exiger qu'il remplisse un pseudo-engagement de verser 200 $ à la formation de Stephen Harper.
M. Coulombe nie catégoriquement avoir promis quoi que ce soit. Le Soleil a pu prendre connaissance d'une missive qui lui a été expédiée par l'organisation conservatrice. Elle lui dit «merci pour votre généreuse promesse de don de 200 $».
Au Parlement, l'élu néo-démocrate a demandé si «la sollicitation agressive [de fonds] est une pratique connue des conservateurs. Nos aînés méritent du respect».
François Lapointe en a profité pour soulever le fait qu'une firme utilisée par le parti de M. Harper - RMG - est située très «exactement dans le même bureau» que le «bureau des appels de levée de fonds par téléphone du Parti conservateur. RMG a-t-elle le mandat de faire ses propres levées de fonds sous le nom du Parti conservateur?»
Chargé de donner la réplique pour le gouvernement Harper, le député Pierre Poilievre (Nepean-Carleton) a soutenu qu'en matière de «transparence, pendant les élections, les Canadiens ont participé aux élections de façon très transparente en nous donnant un mandat très fort. [...] L'opposition essaie maintenant d'expliquer sa défaite historique en faisant des allégations fausses et non prouvées». Selon le conservateur, «il faut célébrer la démocratie et non l'attaquer».
L'affaire des robots téléphoniques a éclaté il y a deux semaines. Des dizaines de milliers de Canadiens ont depuis manifesté leur inquiétude à Élections Canada. Le dossier a alimenté les échanges entre parlementaires.
Hier, l'élu conservateur Dean Del Mastro (Peterborough) a catégoriquement refusé de dévoiler les documents ayant trait aux relevés téléphoniques de sa formation. Il a néanmoins exigé que les libéraux le fassent, eux.
Argument «ridicule»
Selon lui, c'est «non, car ce n'est pas notre parti qui est derrière ces appels», s'est-il contenté d'expliquer. Il a allégué que ce sont les libéraux qui doivent rendre leurs relevés publics puisque les appels, a-t-il mentionné, proviennent du Parti libéral du Canada.Le chef intérimaire des libéraux, Bob Rae, a rétorqué que «moi, je pense que c'est difficile de dire que [les libéraux doivent] être ouverts avec l'information qu'ils ont et de dire que nous [les conservateurs], nous ne serons pas ouverts. [...] Tout le monde doit le faire», a tranché M. Rae.
Le porte-parole du Nouveau Parti démocratique dans cette bataille, Pat Martin, a qualifié de «ridicule» l'argument des conservateurs pour ne pas dévoiler leurs relevés téléphoniques. «Ils ne se comportent pas comme des gens qui n'ont rien à cacher», a-t-il déclaré.