Presque un an jour pour jour après l'accident nucléaire de Fukushima, au Japon, l'organisation écologiste a réussi un coup d'éclat embarrassant pour les services de protection du premier ministre. Ce dernier était toutefois à Toronto, lundi.
Arrivés aux alentours de 8h45, les environnementalistes se sont joués des constables spéciaux qui surveillent l'édifice Honoré-Mercier. Entrés par la porte ouest, ils ont emprunté l'ascenseur jusqu'au troisième étage, où se trouve le bureau de Jean Charest. Ils se sont enchaînés les uns aux autres. Les quatre militants font maintenant face à des accusations de trouble de la paix, entrave, introduction dans un édifice public et attroupement illégal. Ils ont reçu une citation à comparaître pour le mois de mai. L'affaire s'est terminée vers 11h30.
«On fait la démonstration que, s'il est possible de déjouer la sécurité du bureau du premier ministre, il n'y a pas de raison qu'on ne puisse pas faire la même chose dans une centrale nucléaire», a commenté au Soleil Shawn-Patrick Stensil, analyste nucléaire chez Greenpeace.
L'organisme s'inquiète du «préjugé favorable» du gouvernement Charest envers la réfection de la centrale de Bécancour au coût de quelque 2 milliards $.
«On pense que la réfection pose un risque pour la société québécoise et on veut avoir un débat là-dessus», dit M. Stensil.
Les agents responsables de la sécurité au Honoré-Mercier, tout juste à côté de l'Assemblée nationale, dont la façade donne sur le boulevard René-Lévesque, relèvent du ministère de la Sécurité publique. Lundi, une porte-parole du ministère, Valérie Simard, s'est limitée à confirmer l'événement. Elle a toutefois refusé d'expliquer comment quatre militants de Greenpeace ont pu passer sous le nez de la sécurité et se rendre au bureau du premier ministre sans être embêtés. Le président du syndicat des constables spéciaux du gouvernement, Serge Lefrançois, explique la situation. Un constable doit surveiller l'entrée ouest, et un gardien doit inspecter le courrier pour le premier ministre. Le responsable du courrier était absent et n'a pas été remplacé. Le constable de service, qui effectuait une double tâche, vérifiait le courrier lorsque les militants se sont faufilés après l'entrée d'un fonctionnaire qui a ouvert la porte avec sa carte magnétique. Vêtus de façon à se confondre avec des fonctionnaires, les militants n'ont pas demandé d'indication et se sont rendus directement au bureau de Jean Charest.
«On n'est pas fiers de ce qui s'est passé, mais ce n'est pas notre responsabilité de ne pas avoir remplacé l'autre gardien, déplore M. Lefrançois. [...] C'est certain que c'est quelqu'un du ministère de la Sécurité publique qui a pris la décision. Mais je ne sais pas qui.»